Digha
Nikaya 2
Samaññaphala
Sutta
Les
fruits de la vie contemplative
D'après
la traduction du Pâli à l'Anglais par Thanissaro
Bhikkhu.
Introduction
du traducteur (du pâli à l'anglais).
Ce
discours est l'un des chefs-d'oeuvre du Canon pâli. Au fond,
c'est un portrait d'ensemble de la voie bouddhiste
d'entraînement,
qui illustre chaque étape de l'entraînement avec
des
paraboles brillantes. Ce portrait est placé en juxtaposition
à
la conception bouddhiste des enseignements des enseignants
philosophiques rivaux de l'époque, qui montre comment le
Bouddha - par opposition à l'inflexible approche de style
ligne du parti de ses contemporains - présentait son
enseignement d'une façon qui était pertinente et
sensible aux besoins de ses auditeurs. Ce grand portrait du paysage
intellectuel de l'Inde bouddhiste antique est ensuite
présenté
dans un cadre narratif émouvant: la triste histoire du roi
Ajatasattu.
Ajatasattu
était le fils du roi Bimbisara du Magadha, l'un des tout
premiers disciples du Bouddha. Poussé par Devadatta - le
cousin du Bouddha, qui souhaitait se servir du soutien d'Ajatasattu
dans sa tentative de renverser le Bouddha à la
tête du
Sangha - Ajatasattu s'arrangea pour faire mourir son père
afin
d'assurer sa propre position sur le trône. A la suite de
cette
mauvaise action, il fut destiné, non seulement à
être
assassiné par son propre fils - Udayibhadda
(mentionné
dans le discours) - mais aussi à renaître
immédiatement
dans l'une des plus basses régions de l'enfer.
Dans
ce discours, Ajatasattu rend visite au Bouddha dans l'espoir que ce
dernier lui apporte un peu de paix de l'esprit. La question qu'il
pose au Bouddha montre le niveau limité de son propre
entendement, le Bouddha lui décrit donc patiemment les
étapes
de l'entraînement, commençant au niveau le plus
élémentaire et montant graduellement, afin de
rehausser
l'horizon spirituel du roi. A la fin de l'entretien, Ajatasattu prend
refuge dans le Triple Joyau. Bien que ses agissements
antérieurs
aient été si lourds que cette profession de foi
ne
pouvait avoir de conséquences que limitées
à
l'immédiat présent, le Commentaire nous assure
que
l'histoire du roi aurait au bout du compte, une fin heureuse.
Après
la mort du Bouddha, il patronna le Premier Concile, au cours duquel
un congrès de disciples arahant produisit le premier
compte-rendu standardisé des enseignements du Bouddha. En
vertu des mérites provenant de cet acte, Ajatasattu est
destiné - après sa libération de
l'enfer - à
obtenir l'éveil en tant que Bouddha-pour-soi.
J'ai
entendu qu'à une occasion le Béni du Ciel
demeurait à
Rajagaha, dans le Parc des Manguiers de Jivaka Komarabhacca, avec une
grande communauté des moines - 1,250 moines en tout. Or
à
cette époque - comme c'était le jour
d'observance, la
nuit de pleine lune de la saison des lys d'eau, le quatrième
mois des pluies - le roi Ajatasattu du Magadha, le fils de la reine
Videha, était assis sur la terrasse du toit de son palais
entouré par ses ministres. Alors il se sentit
inspiré
de s'exclamer: "Qu'elle est merveilleuse cette nuit de plein
lune! Qu'elle est belle... Qu'elle est plaisante... Qu'elle est
inspirante... Qu'elle est auspicieuse cette nuit de pleine lune! Quel
prêtre ou contemplatif devrions-nous visiter ce soir qui
pourrait alléger et apporter paix à notre esprit
?"
Lorsque
ceci fut dit, l'un des ministres dit au roi: "Votre majesté,
il y a Purana Kassapa, le chef d'une communauté, le chef
d'un
groupe, le maître d'un groupe, honoré et
célèbre,
estimé comme étant saint par la masse des gens.
Il est
âgé, depuis longtemps il a quitté le
foyer, il
est avancé en années, dans la dernière
phase de
sa vie. Votre majesté devrait lui rendre visite.
Peut-être
que si vous lui rendiez visite, il allégerait et apporterait
la paix à votre esprit."
Lorsque
ceci fut dit, le roi resta silencieux.
Alors
un autre ministre dit au roi: "Votre majesté, il y a
Makkhali Gosala..."... "Votre majesté, il y a Ajita
Kesakambalin..."... "Votre majesté, il y a Pakudha
Kaccayana..."... "Votre majesté, il y a Sañjaya
Belatthaputta..."... "Votre majesté, il y a Nigantha
Nataputta, le chef d'une communauté, le chef d'un groupe, le
maître d'un groupe, honoré et
célèbre,
estimé comme étant saint par la masse des gens.
Il est
âgé, depuis longtemps il a quitté le
foyer, il
est avancé en années, dans la dernière
phase de
sa vie. Votre majesté devrait lui rendre visite.
Peut-être
que si vous lui rendiez visite, il allégerait et apporterait
la paix à votre esprit."
Lorsque
ceci fut dit, le roi resta silencieux.
Tout
ce temps Jivaka Komarabhacca était assis en silence pas loin
du roi. Le roi lui dit donc, "Ami Jivaka, pourquoi es-tu
silencieux?"
"Votre
majesté, il y a le Béni du Ciel, digne et
à
juste titre auto-éveillé, qui demeure dans mon
parc des
manguiers avec une grande communauté des moines - 1,250
moines
en tout. En ce qui concerne ce Béni du Ciel, cet admirable
témoignage s'est répandu: 'Certes, le
Béni du
Ciel est digne et à juste titre
auto-éveillé,
accompli en claire connaissance et conduite, bien allé,
expert
par rapport au cosmos, entraîneur
inégalé des
personnes apprivoisables, enseignant des êtres humains et
divins, éveillé, béni.' Votre
majesté
devrait lui rendre visite. Peut-être que si vous lui rendiez
visite, il allégerait et apporterait la paix à
votre
esprit."
"Alors
en ce cas, ami Jivaka, fais préparer les
éléphants
pour la promenade."
Après
avoir répondu, "Comme vous le voudrez, votre
majesté,"
après avoir fait préparer cinq cents
éléphants
de même que le porte-défenses personnel du roi,
Jivaka
annonça au roi: "Votre majesté, vos
éléphants
de promenade sont préparés. Faites ce que vous
croyez
qu'il est maintenant temps de faire."
Alors
le roi, ayant fait monter cinq cents de ses femmes sur les cinq cents
éléphants - une sur chaque - et étant
monté
sur son propre porte-défenses, sortit de la capitale en
pleine
pompe royale, avec des serviteurs portant des torches, et se dirigea
vers le parc des manguiers de Jivaka Komarabhacca. Mais quand le roi
ne fut plus loin du parc des manguiers, il fut saisi par la peur, des
tremblements, ses cheveux hérissés. Craintif,
agité,
ses cheveux hérissés, il dit à Jivaka
Komarabhacca: "Ami Jivaka, Tu n'es pas en train de me tromper,
n'est-ce pas Tu
n'est pas en train de me donner à mes ennemis, n'est-ce pas?
Comment peut-il y avoir une aussi grande communauté des
moines
- 1,250 en tout - sans qu'on entende éternuer, sans qu'on
entende tousser, sans qu'on entende une seule voix?"
"N'ayez
pas peur, grand roi. N'ayez pas peur. Je ne suis pas en train de vous
tromper, vous trahir ou vous donner à vos ennemis. Avancez,
grand roi, avancez! Ce sont là des lampes qui
brûlent
dans la salle du pavillon."
Alors
le roi, s'avançant aussi loin sur son
porte-défenses
que le sol le permettait, descendit de sa monture et s'approcha de la
porte du pavillon à pied. En arrivant, il demanda
à
Jivaka: "Où donc, ami Jivaka, est le Béni du
Ciel?"
"Voilà
le Béni du Ciel, grand roi, assis contre le pilier du
milieu,
face à l'est, entouré par la
communauté des
moines."
Alors
le roi s'approcha du Béni du Ciel et, en l'atteignant, se
tint
d'un côté. Comme il se tenait là -
observant la
communauté des moines assis dans un silence absolu, calme
comme un lac - il se sentit inspiré de s'exclamer: "Puisse
mon fils, le prince Udayibhadda, jouir de la même paix dont
cette communauté de moines jouit maintenant!"
[Le
Béni du Ciel dit:] "êtes-vous venu, grand roi, en
compagnie de vos affections?"
"Seigneur,
mon fils, le prince Udayibhadda, m'est très cher.
Puisse-t-il
jouir de la même paix dont cette communauté de
moines
jouit maintenant!"
Alors,
s'inclinant devant le Béni du Ciel, et saluant la
communauté
des moines avec les mains paume contre paume sur son coeur, il
s'assit d'un côté. Comme il était assis
là,
il dit au Béni du Ciel: "J'aimerais interroger le
Béni
du Ciel sur un certain sujet, s'il veut bien me donner la
possibilité
d'expliquer ma question."
"Demandez,
grand roi, tout ce que vous voudrez."
(La
question du roi)
"Seigneur,
il y a ces artisans ordinaires: dompteurs
d'éléphants,
dompteurs de chevaux, charretiers, archers, porte-drapeaux,
maréchaux
de camp, officiers d'intendance, grands officiers royaux, commandos,
héros militaires, guerriers en armure, guerriers
cuirassés,
esclaves domestiques, pâtissiers, barbiers, serviteurs des
bains, cuisiniers, guirlandiers, buandiers, tisserands, vanniers,
potiers, calculateurs, comptables, et tous autres artisans du
même
genre. Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers,
visibles dans l'ici et maintenant. Ils apportent bonheur et plaisir
à
eux-mêmes, à leurs parents, épouses, et
enfants,
à leurs amis et collègues. Ils mettent en place
une
excellente présentation d'offrandes aux prêtres et
contemplatifs, qui mène au ciel, qui résulte en
bonheur, qui entraîne une renaissance céleste.
Est-il
possible, seigneur, de faire voir un pareil fruit de la vie
contemplative, visible dans l'ici et maintenant?"
"Vous
rappelez-vous, grand roi, avoir jamais posé cette question
à
d'autres prêtres et contemplatifs?"
"Oui,
effectivement."
"Si
si ça ne vous ennuie pas, comment ont-ils
répondu?"
"Non,
ça ne m'ennuie pas où que soit assis le
Béni du
Ciel - ou quelqu'un comme le Béni du Ciel."
"Alors
parlez, grand roi."
(Non-action)
"Une
fois, seigneur, je m'approchai de Purana Kassapa et, en arrivant,
j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après
un échange d'amicales salutations et courtoisies, je m'assis
d'un côté. Comme j'étais assis
là je lui
demandai: 'Vénérable Kassapa, il y a ces artisans
ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible,
vénérable monsieur, de faire voir un pareil fruit
de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, Purana Kassapa me dit, 'Grand roi, en agissant ou
faisant agir d'autres personnes, en mutilant ou en obligeant d'autres
personnes à mutiler, en torturant ou en obligeant d'autres
personnes à torturer, en infligeant du chagrin ou en
obligeant
d'autres personnes à infliger du chagrin, en tourmentant ou
obligeant d'autres personnes à tourmenter, en intimidant ou
obligeant d'autres personnes à intimider, en prenant la vie,
en prenant ce qui n'est pas donné, en cambriolant des
maisons,
en pillant la richesse, en commettant des vols, en brigandant sur les
chemins, en commettant l'adultère, en disant des
faussetés
- on ne fait pas de mal. Si avec un disque au bord tranchant on
devait transformer tous les êtres vivants sur cette terre en
un
seul tas de viande, en une seule pile de chair, cela
n'entraînerait
aucun mal, aucun effet de mal. Même si on devait aller tout
au
long de la rive droite du Gange, en tuant et en obligeant d'autres
à
tuer, en mutilant et en obligeant d'autres personnes à
mutiler, en torturant et en obligeant d'autres personnes à
torturer, cela n'entraînerait aucun mal, aucun effet de mal.
Même si on devait aller tout au long de la rive gauche du
Gange, en donnant et en obligeant d'autres à donner, en
offrant des sacrifices et en obligeant d'autres à offrir des
sacrifices, cela n'entraînerait aucun mérite ,
aucun
effet de mérite. La
générosité, le
contrôle de soi, la mesure, et la parole vraie
n'entraînent
aucun mérite, aucun effet de mérite.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Purana Kassapa a répondu par la non-action.
C'est
comme si une personne, interrogée à propos d'une
mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre à
pain;
ou, interrogée à propos d'un fruit de l'arbre
à
pain, devait répondre par une mangue: de la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Purana Kassapa a répondu par la non-action.
L'idée
alors m'est venue: 'Comment quelqu'un comme moi pourrait-il imaginer
de de me montrer désobligeant envers un prêtre ou
un
contemplatif vivant en son royaume?' Et pourtant je
n'appréciai
pas plus les paroles de Purana Kassapa que je ne protestai contre
elles. N'appréciant ni ne protestant, j'étais
insatisfait. Sans exprimer d'insatisfaction, sans accepter son
enseignement, sans l'adopter, je me levai de mon siège et
partis.
(Purification
par l'errance)
"Une
autre fois je m'approchai deMakkhali Gosala et, en arrivant,
j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après
un échange d'amicales salutations et courtoisies, je m'assis
d'un côté. Comme j'étais assis
là je lui
demandai: 'Vénérable Gosala, il y a ces artisans
ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible,
vénérable monsieur, de faire voir un pareil fruit
de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, Makkhali Gosala me dit, 'Grand roi, il n'y a aucune
cause, aucune condition nécessaire, pour souiller les
êtres.
Les êtres sont souillés sans cause, sans condition
nécessaire. Il n'y a ni cause, ni condition
nécessaire,
pour la purification des êtres. Les êtres sont
purifiés
sans cause, sans condition nécessaire. Rien n'est
auto-causé,
rien n'a de cause extérieure, rien n'est causé
par
l'homme. Il n'y a ni force, ni effort, ni énergie humaine,
ni
entreprise humaine. Tous les êtres vivants, toute la vie,
tous
les êtres, toutes les âmes sont impuissants,
privés
de force, dépourvus d'effort. Sujets aux changements du
destin, au don de faire des trouvailles, et à la nature, ils
sont sensibles au plaisir et à la douleur dans les six
grandes
classes de naissance.
'Il
y a 1,406,600 modes principaux d'origine. Il y a 500 sortes de kamma,
cinq sortes, et trois sortes; plein kamma et demi kamma. Il y a 62
pistes, 62 sous-éons, six grandes classes de naissance, huit
classes d'hommes, 4,900 modes de gagne-pain, 4,900 sortes d'errants,
4,900 demeures de Nagas, 2,000 facultés, 3,000 enfers, 36
domaines de poussière, sept sphères
d'êtres
perceptifs, sept sphères d'êtres non-perceptifs,
sept
sortes de plantes jointées, sept sortes de devas, sept
sortes
d'êtres humains, sept sortes de démons, sept
grands
lacs, sept noeuds majeurs, sept noeuds mineurs, 700
précipices
majeurs, 700 précipices mineurs, 700 rêves
majeurs, 700
rêves mineurs, 84,000 grands éons.
Après avoir
transmigré et erré à travers tous
ceux-là,
les sages et les fous tout pareil mettront fin à la
souffrance.
"'Quoiqu'on
pourrait imaginer, "Par cette moralité, cette pratique,
cette austérité, ou cette vie sainte je porterai
à
maturité le kamma qui n'est pas mûr et
éliminerai
le kamma mûr chaque fois que je serai touché par
lui"
- c'est impossible. Le plaisir et la douleur sont mesurés,
l'errance est déterminée en ses limites. Il n'y a
ni
raccourcissement ni allongement, ni accélération
ni
décélération. Tout comme une pelote de
fil,
quand on la jette, arrive à sa fin simplement par son
dévidement, de la même manière,
après
avoir transmigré et erré, les sages et les fous
tout
pareil mettront fin à la souffrance.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Makkhali Gosala a répondu par la purification au
moyen de l'errance. C'est comme si une personne, interrogée
à
propos d'une mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre
à
pain; ou, interrogée à propos d'un fruit de
l'arbre à
pain, devait répondre par une mangue. De la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Makkhali Gosala a répondu par la purification
par
l'errance. L'idée m'est venue: 'Comment quelqu'un comme moi
pourrait-il imaginer de de me montrer désobligeant envers un
prêtre ou un contemplatif vivant en son royaume?' Et pourtant
je n'appréciai pas plus les paroles de Makkhali Gosala que
je
ne protestai contre elles. N'appréciant ni ne protestant,
j'étais insatisfait. Sans exprimer d'insatisfaction, sans
accepter son enseignement, sans l'adopter, je me levai de mon
siège
et partis.
(Annihilation)
"Une
autre fois je m'approchai d'Ajita Kesakambalin et, en arrivant,
j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après
un échange d'amicales salutations et courtoisies, je m'assis
d'un côté. Comme j'étais assis
là je lui
demandai: 'Vénérable Ajita, il y a ces artisans
ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible,
vénérable monsieur, de faire voir un pareil fruit
de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, Ajita Kesakambalin me dit, 'Grand roi, rien n'est
donné, rien n'est offert, rien n'est sacrifié. Il
n'y a
ni fruit ni résultat des bonnes ou des mauvaises actions. Il
n'y a ni ce monde, ni le monde à venir, ni mère,
ni
père, ni êtres renés
spontanément; ni
prêtres ni contemplatifs qui, se portant bien à
juste
titre et pratiquant à juste titre, proclament ce monde et le
prochain après l'avoir directement connu et
réalisé
par eux-mêmes. Une personne est un composé de
quatre
éléments primaires. A la mort, la terre (dans le
corps)
retourne à et se fond dans la substance-terre
(extérieure).
Le feu retourne à et se fond dans la substance-feu
extérieure.
Le liquide retourne à et se fond dans la substance-liquide
extérieure. Le vent retourne à et se fond dans la
substance-vent extérieure. Les facultés des sens
s'éparpillent dans l'espace. Quatre hommes, avec la
bière
pour cinquième, portent le cadavre. Ses éloges ne
résonnent pas plus loin que le charnier. Les os deviennent
couleur pigeon. Les offrandes finissent en cendres. La
générosité
est enseignée par des idiots. Les paroles de ceux qui
parlent
de l'existence après la mort sont fausses, bavardage vide de
sens. A la dissolution du corps, les sages et les fous tout pareil
sont annihilés, détruits. Ils n'existent pas
après
la mort.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Ajita Kesakambalin a répondu par l'annihilation.
C'est comme si une personne, interrogée à propos
d'une
mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre à
pain;
ou, interrogée à propos d'un fruit de l'arbre
à
pain, devait répondre par une mangue. De la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Ajita Kesakambalin a répondu par l'annihilation.
L'idée m'est venue: 'Comment quelqu'un comme moi pourrait-il
imaginer de de me montrer désobligeant envers un
prêtre
ou un contemplatif vivant en son royaume?' Et pourtant je
n'appréciai
pas plus les paroles d'Ajita Kesakambalin que je ne protestai contre
elles. N'appréciant ni ne protestant, j'étais
insatisfait. Sans exprimer d'insatisfaction, sans accepter son
enseignement, sans l'adopter, je me levai de mon siège et
partis.
(Non-apparentement)
"Une
autre fois je m'approchai de Pakudha Kaccayana et, en arrivant,
j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après
un échange d'amicales salutations et courtoisies, je m'assis
d'un côté. Comme j'étais assis
là je lui
demandai: 'Vénérable Kaccayana, il y a ces
artisans
ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible,
vénérable monsieur, de faire voir un pareil fruit
de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, Pakudha Kaccayana me dit, 'Grand roi, il y a ces sept
substances - non-faites, irréductibles,
incréées,
sans créateur, désolées, stables comme
un pic
montagneux, se tenant fermes comme un pilier - qui ne
s'altèrent
pas, ne changent pas, n'interfèrent pas l'une avec l'autre,
sont incapables de se causer l'une à l'autre plaisir,
douleur,
ou et plaisir et douleur. Quelles sept? La substance-terre, la
substance-liquide, la substance-feu, la substance-vent, le plaisir,
la douleur, et l'âme en tant que septième. Ce sont
là
les sept substances - non-faites, irréductibles,
incréées,
sans créateur, désolées, stables comme
un pic
montagneux, se tenant fermes comme un pilier - qui ne
s'altèrent
pas, ne changent pas, n'interfèrent pas l'une avec l'autre,
et
sont incapable de se causer l'une à l'autre plaisir,
douleur,
ou et plaisir et douleur.
'Et
parmi elles il n'y a aucun tueur ni personne qui fasse tuer, aucun
auditeur ni personne qui fasse entendre, ni connaisseur ni personne
qui cause la cognition. Lorsque l'on tranche la tête [d'une
autre personne], il n'y a personne qui prenne la vie de quiconque.
C'est simplement entre les sept substances que passe
l'épée.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Pakudha Kaccayana a répondu par le
non-apparentement. C'est comme si une personne, interrogée
à
propos d'une mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre
à
pain; ou, interrogée à propos d'un fruit de
l'arbre à
pain, devait répondre par une mangue. De la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Pakudha Kaccayana a répondu par le
non-apparentement. L'idée m'est venue: 'Comment quelqu'un
comme moi pourrait-il imaginer de de me montrer désobligeant
envers un prêtre ou un contemplatif vivant en son royaume?'
Et
pourtant je n'appréciai pas plus les paroles de Pakudha
Kaccayana que je ne protestai contre elles. N'appréciant ni
ne
protestant, j'étais insatisfait. Sans exprimer
d'insatisfaction, sans accepter son enseignement, sans l'adopter, je
me levai de mon siège et partis.
(Quadruple
modération)
"Une
autre fois je m'approchai du Nigantha Nataputta et, en arrivant,
j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après
un échange d'amicales salutations et courtoisies, je m'assis
d'un côté. Comme j'étais assis
là je lui
demandai: 'Vénérable Aggivessana, il y a ces
artisans
ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible,
vénérable monsieur, de faire voir un pareil fruit
de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, le Nigantha Nataputta me dit, 'Grand roi, il y a le cas
où le Nigantha - le sans noeuds - est
modéré par
la quadruple modération. Et comment le Nigantha est-il
modéré
par la quadruple modération? Il y a le cas où le
Nigantha est gêné par toutes les eaux, conjoint
avec
toutes les eaux, nettoyé par toutes les eaux,
compénétré
par toutes les eaux. C'est ainsi que le Nigantha est
modéré
par la quadruple modération. Lorsque le Nigantha - un sans
noeuds - est modéré par cette quadruple
modération,
il est dit être un Sans Noeuds (Nigantha), un fils de Nata
(Nataputta), et son moi est parfait, son moi est
contrôlé,
son moi est établi.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Nigantha Nataputta a répondu par la quadruple
modération. C'est comme si une personne,
interrogée à
propos d'une mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre
à
pain; ou, interrogée à propos d'un fruit de
l'arbre à
pain, devait répondre par une mangue: de la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Nigantha Nataputta a répondu par la quadruple
modération. L'idée m'est venue: 'Comment
quelqu'un
comme moi pourrait-il imaginer de de me montrer désobligeant
envers un prêtre ou un contemplatif vivant en son royaume?'
Et
pourtant je n'appréciai pas plus les paroles de Nigantha
Nataputta que je ne protestai contre elles. N'appréciant ni
ne
protestant, j'étais insatisfait. Sans exprimer
d'insatisfaction, sans accepter son enseignement, sans l'adopter, je
me levai de mon siège et partis.
(Evasion)
"Une
autre fois je m'approchai de Sañjaya Belatthaputta et, en
arrivant, j'échangeai de courtoises salutations avec lui.
Après un échange d'amicales salutations et
courtoisies,
je m'assis d'un côté. Comme j'étais
assis là
je lui demandai: 'Vénérable Sañjaya,
il y a ces
artisans ordinaires... Ils gagnent leur vie grâce aux fruits
de
leurs métiers, visibles dans l'ici et maintenant... Est-il
possible, vénérable monsieur, de faire voir un
pareil
fruit de la vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?'
"Lorsque
ceci fut dit, Sañjaya Belatthaputta me dit, 'Si vous me
demandez s'il existe un autre monde [après la mort], si je
pensais qu'il existe un autre monde, est-ce que je vous
déclarerais
cela? Je ne le pense pas. Je ne pense pas de cette façon. Je
ne pense pas autrement. Je ne pense pas que ce n'est pas. Je ne pense
pas que ce n'est pas non. Si vous deviez me demander s'il n'existe
pas un autre monde... autant c'est que ce n'est pas... ni c'est ni ce
n'est pas... s'il y a des êtres qui transmigrent... s'il n'y
en
a pas... autant il y en a et autant il n'y en a pas... ni il y en a
ni il n'y en a pas... si le Tathâgata existe après
la
mort... il n'existe pas... les deux... ni il existe ni n'existe
après
la mort, est-ce que je vous déclarerais cela? Je ne le pense
pas. Je ne pense pas de cette façon. Je ne pense pas
autrement. Je ne pense pas que ce n'est pas. Je ne pense pas que ce
n'est pas non.'
"Ainsi,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Sañjaya Belatthaputta a répondu par
l'évasion. C'est comme si une personne,
interrogée à
propos d'une mangue, devait répondre par un fruit de l'arbre
à
pain; ou, interrogée à propos d'un fruit de
l'arbre à
pain, devait répondre par une mangue: de la même
façon,
interrogé sur un fruit de la vie contemplative, visible ici
et
maintenant, Sañjaya Belatthaputta a répondu par
l'évasion. L'idée m'est venue: 'Celui-ci - parmi
ces
prêtres et contemplatifs - est le plus fou et le plus confus
de
tous. Comment peut-il, interrogé sur un fruit de la vie
contemplative, visible ici et maintenant, répondre par
l'évasion?' Et pourtant, l'idée m'est venue:
'Comment
quelqu'un comme moi pourrait-il imaginer de de me montrer
désobligeant envers un prêtre ou un contemplatif
vivant
en son royaume?' Et pourtant je n'appréciai pas plus les
paroles de Sañjaya Belatthaputta que je ne protestai contre
elles. N'appréciant ni ne protestant, j'étais
insatisfait. Sans exprimer d'insatisfaction, sans accepter son
enseignement, sans l'adopter, je me levai de mon siège et
partis.
(Premier
fruit visible de la vie contemplative)
"C'est
pourquoi, seigneur, je demande au Béni du Ciel aussi bien:
Il
y a ces artisans ordinaires: dompteurs
d'éléphants,
dompteurs de chevaux, charretiers, archers, porte-drapeaux,
maréchaux
de camp, officiers d'intendance, grands officiers royaux, commandos,
héros militaires, guerriers en armure, guerriers
cuirassés,
esclaves domestiques, pâtissiers, barbiers, serviteurs des
bains, cuisiniers, guirlandiers, buandiers, tisserands, vanniers,
potiers, calculateurs, comptables, et tous autres artisans du
même
genre. Ils gagnent leur vie grâce aux fruits de leurs
métiers,
visibles dans l'ici et maintenant. Ils apportent bonheur et plaisir
à
eux-mêmes, à leurs parents, épouses, et
enfants,
à leurs amis et collègues. Ils mettent en place
une
excellente présentation d'offrandes aux prêtres et
contemplatifs, qui mène au ciel, qui résulte en
bonheur, qui entraîne une renaissance céleste.
Est-il
possible, seigneur, de faire voir un pareil fruit de la vie
contemplative, visible dans l'ici et maintenant?"
"Oui,
c'est possible, grand roi. Mais tout d'abord, par rapport à
ça, je vais vous poser une contre-question.
Répondez si
vous le désirez. Supposons qu'il y avait un homme
à
vous: votre esclave, votre ouvrier, se levant le matin avant vous,
allant au lit le soir seulement après vous, faisant tout ce
que vous lui ordonnez, toujours faisant en sorte de vous plaire, vous
parlant poliment, observant toujours l'aspect de votre face.
L'idée
lui viendrait: 'N'est-ce pas étonnant? N'est-ce pas
stupéfiant? - la destination, les résultats,
d'actes
méritoires. Car ce roi Ajatasattu est un être
humain, et
moi aussi, je suis un être humain, et pourtant le roi
Ajatasattu s'amuse fourni et rassasié des cinq cordes de la
sensualité - comme un deva, si ça se trouve -
alors que
je suis son esclave, son ouvrier... observant toujours l'aspect de
son visage. moi aussi, je devrais faire des actes
méritoires.
Et si je rasais mes cheveux et ma barbe, endossais les robes ocre, et
quittais la vie domestique pour le sans domicile?'
"Donc
après quelque temps il rase ses cheveux et sa barbe, endosse
les robes ocre, et quitte la vie domestique pour le sans domicile.
Après être ainsi parti il vit
modéré en
corps, en paroles, et en esprit, se contentant de la nourriture et de
l'abri les plus simples, se plaisant dans la solitude. Alors
supposons que l'un de vos hommes devait vous informer que: 'Il faut
que vous sachiez, votre majesté, que cet homme à
vous -
votre esclave, votre ouvrier... qui observait toujours l'aspect de
son visage... a quitté la vie domestique pour le sans
domicile... se contentant des plus simples nourritures et abris, se
plaisant en solitude.' Diriez-vous, l'ayant appris: 'Ramenez-moi cet
homme. Faites le redevenir mon esclave, mon ouvrier... toujours
à
l'affût de l'aspect de mon visage !'?"
"Pas
du tout, seigneur. Au contraire, je suis de ceux qui s'inclineraient
devant lui, se lèveraient par respect pour lui,
l'inviteraient
à prendre un siège, l'inviteraient à
accepter
des cadeaux de robes, de nourriture d'aumônes, de logements,
et
de fournitures médicales pour les malades. Et je le
pourvoirais de juste sécurité, de
défense, et de
protection."
"Donc
qu'en pensez-vous, grand roi. Cela étant le cas, y a-t-il un
fruit visible de la vie contemplative, ou n'y en a-t-il pas?"
"Oui,
seigneur. Cela étant le cas, il y a certainement un fruit
visible de la vie contemplative."
"Ceci,
grand roi, est le premier fruit de la vie contemplative, visible dans
l'ici et maintenant, que je vous désigne."
(Second
fruit visible de la vie contemplative)
"Mais
est-il possible, seigneur, de faire voir encore un autre fruit de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?"
"Oui,
c'est possible, grand roi. Mais tout d'abord, par rapport à
ça, je vais vous poser une contre-question.
Répondez si
vous le désirez. Supposons qu'il y avait un homme
à
vous: un fermier, un chef de maison, un contribuable qui remplisse le
trésor royal. L'idée lui viendrait: 'N'est-ce pas
étonnant - la destination,
les résultats, d'actes méritoires! Car ce roi
Ajatasattu est un être humain, et moi aussi, je suis un
être
humain, et pourtant le roi Ajatasattu s'amuse fourni et
rassasié
des cinq cordes de la sensualité - comme un deva, si
ça
se trouve - alors que je suis un fermier, un chef de maison, un
contribuable qui remplit le trésor royal. moi aussi, je
devrais faire des actes méritoires. Et si je rasais mes
cheveux et ma barbe, endossais les robes ocre, et quittais la vie
domestique pour le sans domicile?'
"Donc
après quelque temps il abandonne la masse de ses richesses,
grandes ou petites; quitte le cercle de ses parents, proches ou
éloignés; rase ses cheveux et sa barbe, endosse
les
robes ocre, et quitte la vie domestique pour le sans domicile.
Après
être ainsi parti il vit modéré en
corps, en
paroles, et en esprit, se contentant de la nourriture et de l'abri
les plus simples, se plaisant dans la solitude. Alors supposons que
l'un de votre hommes devait vous informer que: 'Il faut que vous
sachiez, votre majesté, que cet homme à vous - le
fermier, le chef de maison, le contribuable qui remplissait le
trésor
royal... a quitté la vie domestique pour le sans domicile...
se contentant de la nourriture et de l'abri les plus simples, se
plaisant dans la solitude.' Diriez-vous, l'ayant appris: 'Ramenez-moi
cet homme. Faites le redevenir un fermier, un chef de maison, un
contribuable qui remplisse le trésor royal!'?"
"Pas
du tout, seigneur. Au contraire, je suis de ceux qui s'inclineraient
devant lui, se lèveraient par respect pour lui,
l'inviteraient
à prendre un siège, l'inviteraient à
accepter
des dons de robes, d'aumônes, de logement, et de fournitures
médicales pour les malades. Et je le pourvoirais de juste
sécurité, de défense, et de
protection."
"Donc
qu'en pensez-vous, grand roi. Cela étant le cas, y a-t-il un
fruit visible de la vie contemplative, ou n'y en a-t-il pas?"
"Oui,
seigneur. Cela étant le cas, il y a certainement un fruit
visible de la vie contemplative."
"Ceci,
grand roi, est le second fruit de la vie contemplative, visible dans
l'ici et maintenant, que je vous désigne."
(Fruits
supérieurs de la vie contemplative)
"Mais
est-il possible, seigneur, de faire voir encore un autre fruit de la
vie contemplative, visible dans l'ici et maintenant?"
"Oui,
c'est possible, grand roi. Ecoutez et soyez bien attentif. Je vais
parler.
"Il
y a le cas, grand roi, où un Tathâgata
apparaît
dans le monde, digne et à juste titre
auto-éveillé.
Il enseigne le Dhamma admirable en son commencement, admirable en son
milieu, admirable en sa fin. Il proclame la vie sainte autant en ses
détails qu'en son essence, entièrement parfaite,
inégalablement pure.
"Un
chef de maison ou le fils d'un chef de maison, en entendant le
Dhamma, y gagne la conviction dans le Tathâgata et se dit:
'La
vie domestique est étriquée, c'est une piste
poussiéreuse. La vie de renoncement est comme l'air libre.
Ce
n'est pas facile quant on vit chez soi de pratiquer la vie sainte
totalement parfaite, totalement pure, comme un coquillage poli. Et si
je rasais mes cheveux et ma barbe, endossais les robes ocre, et
quittais la vie domestique pour le sans domicile?'
"Donc
après quelque temps il abandonne la masse de ses richesses,
grandes ou petites; quitte le cercle de ses parents, proches ou
lointains; rase ses cheveux et sa barbe, endosse les robes ocre, et
quitte la vie domestique pour le sans domicile.
"Lorsque
il a ainsi renoncé, il vit modéré par
les règles
du code monastique, voyant du danger aux moindres fautes. Accompli
dans sa vertu, il garde les portes de ses sens, est rempli
d'attention et de vigilance, et est content.
(La
moindre section sur la vertu)
"Et
comment un moine est-il accompli en vertu? Abandonnant le fait de
prendre la vie, il s'abstient du fait de prendre la vie. Il demeure
avec son bâton posé, son couteau posé,
scrupuleux, plein de pitié, compatissant au
bien-être de
tous les êtres vivants. Cela fait partie de sa vertu.
"Abandonnant
le fait de prendre ce qui n'est pas donné, il s'abstient de
prendre ce qui n'est pas donné. Il prend seulement ce qui
est
donné, accepte seulement ce qui est donné, vit
non par
ruse mais au moyen d'un soi qui est devenu pur. Ceci aussi, fait
partie de sa vertu.
"Abandonnant
le non-célibat, il vit la vie de célibat,
distant,
s'abstenant de l'acte sexuel qui est la manière du
villageois.
Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
"Abandonnant
les paroles fausses, il s'abstient des paroles fausses. Il dit la
vérité, s'en tient à la
vérité,
est ferme, fiable, n'est pas un trompeur du monde. Ceci aussi, fait
partie de sa vertu.
"Abandonnant
les paroles qui sèment la discorde il s'abstient des paroles
qui sèment la discorde. Ce qu'il a entendu ici il ne le
raconte pas là pour séparer ces
gens-là de ces
gens-ci. Ce qu'il a entendu là il ne le raconte pas ici pour
séparer ces personnes-ci de ces personnes-là.
Ainsi
réconciliant ceux qui se sont séparés
ou
cimentant ceux qui sont unis, il aime la concorde, se plaît
à
en la concorde, profite de la concorde, dit des choses qui
créent
la concorde. Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
"Abandonnant
les paroles injurieuses, il s'abstient des paroles injurieuses. Il
dit des paroles qui sont douces à l'oreille, qui sont
affectueuses, qui vont au coeur, qui sont polies, attirantes et
plaisantes pour les gens dans leur ensemble. Ceci aussi, fait partie
de sa vertu.
"Abandonnant
le bavardage inutile, il s'abstient du bavardage inutile. Il parle en
temps voulu, dit ce qui est factuel, ce qui est en accord avec le
but, le Dhamma, et le Vinaya. Il dit des paroles dignes
d'être
préservées, à propos, raisonnables,
circonscrites, en rapport avec le but. Ceci aussi, fait partie de sa
vertu.
"Il
s'abstient d'endommager la semence et de la vie
végétale.
"Il
mange seulement une fois par jour, s'abstenant du repas du soir et de
nourriture au mauvais moment de la journée.
"Il
s'abstient de danser, de chanter, de faire de la musique
instrumentale, et d'assister à des spectacles.
"Il
s'abstient de porter des guirlandes et de s'embellir avec des parfums
et des cosmétiques.
"Il
s'abstient de lits et de sièges hauts et luxueux.
"Il
s'abstient d'accepter de l'or et de l'argent.
"Il
s'abstient d'accepter des céréales non-cuites...
de la
viande crue... des femmes et des filles... des esclaves mâles
et femelles... des chèvres et des brebis... de la volaille
et
des cochons... des éléphants, du
bétail, des
montures, et des juments... des champs et des
propriétés.
"Il
s'abstient de porter des messages... D'acheter et de vendre... De
faire affaire avec des fausses balances, de faux métaux, et
de
fausses mesures... De de la corruption, de la tromperie, et de la
fraude.
"Il
s'abstient de mutiler, d'exécuter, d'emprisonner, du
brigandage de grand chemin, du pillage, et de la violence.
"Ceci
aussi, fait partie de sa vertu.
(La
section intermédiaire sur la vertu )
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à endommager des semences et de la
vie végétale comme celles-ci - des plantes
propagées
par des racines, des tiges, des joints, des bourgeons, et des graines
- il s'abstient d'endommager la semence et la vie
végétale
comme celles-ci. Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à consommer des biens en
réserve
comme ceux-ci - de la nourriture en réserve, des boissons en
réserve, des vêtements en réserve, des
véhicules
en réserve, de la literie de réserve, des parfums
en
réserve, et de la viande en réserve - il
s'abstient de
consommer des biens en réserve comme ceux-ci. Ceci aussi,
fait
partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à assister à des
spectacles
comme ceux-ci - de la danse, du chant, de la musique instrumentale,
des pièces de théâtre, des
récitations de
balades, des battements dans les mains, des cymbales et des tambours,
des séances de lanterne magique, des trucs d'acrobatie et de
conjurations, des combats d'éléphants, des
combats de
chevaux, des combats de buffles, des combats de taureaux, des combats
de chèvres, des combats de béliers, des combats
de
coqs, des combats de cailles; des combats au bâton, de boxe,
de
lutte, des jeux de guerre, appel du rang, rangs de bataille, et
revues de parade militaire - il s'abstient d'assister à des
spectacles comme ceux-ci. Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à des jeux insouciants et oisifs
comme ceux-ci - échecs à huit cases,
échecs à
dix cases, échecs en l'air, marelle, osselets,
dés,
jeux de bâtons, images avec les mains, jeux de balle,
souffler
dans des sifflets jouets, jouer avec des charrues-jouet, faire des
sauts périlleux, jouer avec des moulins à vent
jouet,
des mesures-jouet, des chariots jouet, des arcs jouet, deviner des
lettres en l'air, deviner les pensées, mimer les
difformités
- il s'abstient de jeux insouciants et oisifs comme ceux-ci. Ceci
aussi, fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à des meubles hauts et luxueux
comme
ceux-ci - lits surdimensionnés, lits
décorés
d'animaux sculptés, couvre-lits à longs poils,
couvre-lits en patchwork multicolore, couvre-lits en laine blanche,
couvre-lits en laine brodée de fleurs ou de figures
animales,
boutis, couvre-lits à frange, couvre-lits en soie
brodée
avec des pierres précieuses; grands tapis de laine; tapis
d'éléphant, de cheval, et de chariot, tapis en
peau
d'antilope, tapis en peau de cerf; sofas à auvents, sofas
avec
des coussins rouges pour la tête et les pieds - il s'abstient
d'utiliser des meubles hauts et luxueux comme ceux-ci. Ceci aussi,
fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent aux parfums, aux cosmétiques, et
aux
moyens d'embellissement comme ceux-ci - poudres à frotter
sur
le corps, massages aux huiles, bains aux eaux parfumées,
pétrissage des membres, usage des miroirs, onguents,
guirlandes, parfums, crèmes, poudres pour le visage,
mascara,
bracelets, serre-têtes, cannes de marche
décorées,
bouteilles à eau ornementées,
épées,
ombrelles de fantaisie, sandales décorées,
turbans,
joyaux, chasse-mouches en poil de yak, robes blanches à
longues franges - il s'abstient d'utiliser des parfums, des
cosmétiques, et moyens d'embellissement comme ceux-ci. Ceci
aussi, fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à parler de sujets triviaux comme
ceux-ci - parler de rois, de voleurs, de ministres d'état;
d'armées, s'alertes, et de batailles; de nourriture et de
boisson; de vêtements, d'ameublement, de guirlandes et de
parfums; de parents; de véhicules; de villages, de
bourgades,
de villes, de la campagne; de femmes et de héros; du
commérage
de la rue et du bien; de récits sur les morts; de
récits
de diversité [ discussions philosophiques sur le
passé
et l'avenir], de la création du monde et de la mer, et de
discuter à savoir si des choses existent ou pas - il
s'abstient de parler de sujets triviaux comme ceux-ci. Ceci aussi,
fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à des débats comme
ceux-ci -
'Tu comprends cette doctrine et discipline? Je suis celui qui
comprend cette doctrine et discipline. Comment pourrais-tu comprendre
cette doctrine et discipline? Tu pratiques de façon
erronée.
je pratique à juste titre. Je suis consistant. Tu ne l'es
pas.
Ce qui devrait être dit d'abord, tu l'as dit en dernier. Ce
qui
devrait être dit en dernier, tu l'as dit en premier. Ce que
tu
comme mis si longtemps à exposer a été
réfuté.
Ta doctrine a été renversée. Tu es
battu. Va
donc, essaie de sauver ta doctrine; sors-toi de là si tu
peux!' - il s'abstient de débats comme ceux-ci. Ceci aussi,
fait partie de sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'adonnent à porter des messages et des
commissions pour des gens comme ceux-ci - rois, ministres
d'état,
nobles guerriers, prêtres, chefs de maisons, ou jeunes gens
[qui disent], 'Va ici, va là, emporte ça
là,
rapporte ça ici' - il s'abstient de porter des messages et
des
commissions pour des gens comme ceux-ci. Ceci aussi, fait partie de
sa vertu.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, s'engagent dans des intrigues, de la persuasion, de la
suggestion, de la dépréciation, et de la
poursuite du
gain avec le gain, il s'abstient de les formes d'intrigues et de
persuasion [manières inappropriées de tenter de
se
gagner un soutien matériel auprès de donateurs]
comme
ceux-ci. Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
(La
grande section sur la vertu )
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que:
lire
des marques sur les membres [c-à-d., la chiromancie];
lire
les présages et les signes;
interpréter
les événements célestes
[étoiles
filantes, comètes];
interpréter
les rêves;
lire
des marques sur le corps [c-à-d., la phrénologie];
lire
des marques sur du tissu rongé par les souris;
offrir
des oblations de feu, des oblations à la cuiller, des
oblations de cosses, de poudre de riz, de grains de riz, de beurre
clarifié, et d'huile;
offrir
des oblations de la bouche;
offrir
des sacrifices de sang;
faire
des prédictions à partir du bout des doigts;
la
géomancie;
installer
des démons dans un cimetière;
jeter
des sorts sur des esprits;
réciter
des charmes pour la protection des maison;
charmer
les serpents, [étudier] la connaissance des poisons, des
scorpions, des rats, des oiseaux, des corbeaux;
prédire
l'avenir à partir de visions;
donner
des charmes de protection;
interpréter
les cris des oiseaux et des animaux -
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que: déterminer les pierres, vêtements,
bâtons, épées, lances,
flèches, arcs, et
autres armes; femmes, garçons, filles, esclaves
mâles,
esclaves femelles; éléphants, chevaux, buffles,
taureaux, vaches, chèvres, béliers, volaille,
cailles,
lézards, rongeurs aux longues oreilles, tortues, et autres
animaux chanceux et malchanceux - il s'abstient d'avoir un mauvais
gagne-pain, par des arts aussi vils que ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que prédire que:
les
dirigeants vont s'avancer;
les
dirigeants vont s'avancer et revenir;
nos
dirigeants vont attaquer, et leurs dirigeants vont battre en
retraite;
leurs
dirigeants vont attaquer, et nos dirigeants vont battre en retraite;
là
il y aura un triomphe pour nos dirigeants et la défaite pour
leurs dirigeants;
là
il y aura un triomphe pour leurs dirigeants et la défaite
pour
nos dirigeants;
ainsi
là il y aura un triomphe, ainsi là il y aura la
défaite
-
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que prédire que:
là
il y aura une éclipse de lune;
là
il y aura une éclipse de soleil;
là
il y aura occultation d'un astérisme;
le
soleil et la lune suivront leur cours normal;
le
soleil et la lune vont s'égarer;
les
astérismes suivront leur cours normal;
les
astérismes vont s'égarer;
là
il y aura une pluie de météorites;
là
il y aura un assombrissement du ciel;
là
il y aura un tremblement de terre;
là
il y aura le tonnerre dans un ciel sans nuages;
là
il y aura un lever, un coucher, un assombrissement, un
éclaircissement du soleil, de la lune, et des
astérismes;
tel
sera le résultat de l'éclipse de lune... du
lever, du
coucher, de l'assombrissement, de l'éclaircissement du
soleil,
de la lune, et des astérismes -
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que prédire que:
là
il y aura des pluies abondantes; là il y aura une
sécheresse;
là
il y aura abondance; là il y aura famine;
là
il y aura repos et sécurité; là il y
aura
danger;
là
il y aura maladie; là il y aura absence de maladie;
ou
ils gagnent leur vie en comptant, en faisant de la
comptabilité,
en calculant, en composant de la poésie, ou en enseignant
des
arts et des doctrines hédonistes -
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que:
calculer
des dates auspicieuses pour les mariages, les fiançailles,
les
divorces; pour collecter les dettes ou faire des investissements et
des prêts; pour être attrayant ou repoussant; pour
soigner les femmes qui ont eu des fausses couches ou des avortements;
réciter
des sorts pour lier la langue d'un homme, pour paralyser ses
mâchoires, pour lui faire perdre le contrôle de ses
mains, ou pour lui amener la surdité;
obtenir
des réponses oraculaires à des questions
adressées
à un miroir, à une jeune fille, ou à
un médium;
rendre
un culte au soleil, rendre un culte au Grand Brahma, faire sortir des
flammes de la bouche, invoquer la déesse de la chance -
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci.
"Cependant
que des prêtres et contemplatifs, vivant de nourriture
donnée
en bonne foi, vivent au moyen d'un mauvais gagne-pain, par des arts
aussi vils que:
promettre
des cadeaux aux devas en retour de faveurs; tenir ces promesses;
faire
dans la démonologie;
enseigner
des sorts de protection domestique;
induire
la virilité et l'impuissance;
consacrer
des sites pour la construction;
donner
des bains de bouche cérémonials et des bains
cérémonials;
offrir
des feux sacrificiels;
préparer
des émétiques, des purgatifs, des expectorants,
des
diurétiques, des cures pour les maux de tête;
préparer
de l'huile pour les oreilles, des gouttes pour les yeux, de l'huile
pour le traitement par le nez, des collyres, et des contre-poisons;
soigner la cataracte, pratiquer la chirurgie, pratiquer comme
pédiatre, administrer des médicaments et des
traitements pour soigner leurs effets secondaires -
il
s'abstient d'avoir un mauvais gagne-pain, par des arts aussi vils que
ceux-ci. Ceci aussi, fait partie de sa vertu.
"Un
moine ainsi accompli en vertu ne voit aucun danger nulle part de par
la mesure de sa vertu. Tout comme un noble roi guerrier à la
tête ointe qui a défait ses ennemis ne voit aucun
danger
nulle part de la part de ses ennemis, de la même
manière
le moine ainsi accompli en vertu ne voit aucun danger nulle part de
par la mesure de sa vertu. Doté de ce noble
agrégat de
vertu, il est intérieurement sensible au plaisir
d'être
sans blâme. C'est ainsi qu'un moine est accompli en vertu.
(Modération
des sens)
"Et
comment un moine garde-t-il les portes de ses sens? En voyant une
forme avec l'oeil, il ne s'accroche à aucun thème
ou
détail par lequel - s'il devait demeurer sans
modération
sur la faculté de l'oeil - des aspects mauvais, maladroits,
tels que l'avidité ou l'angoisse pourraient l'assaillir. En
entendant un son avec l'oreille... En sentant une odeur avec le
nez... En goûtant une saveur avec la langue... En touchant
une
sensation tactile avec le corps... En connaissant une idée
avec l'intellect, il ne s'accroche à aucun thème
ou
détail par lequel - s'il devait demeurer sans
modération
sur la faculté de l'intellect - des aspects mauvais,
maladroits, tels que l'avidité ou l'angoisse pourraient
l'assaillir. Doté de cette noble modération sur
les
facultés des sens, il est intérieurement sensible
au
plaisir d'être sans blâme. C'est ainsi qu'un moine
garde
les portes de ses sens.
(Attention
et vigilance)
"Et
comment un moine est-il en possession de l'attention et de la
vigilance? Lorsqu'il s'avance et revient, il agit avec vigilance.
Lorsqu'il regarde de près et qu'il regarde de loin... quand
il
plie et qu'il étend ses membres... quand portant son
manteau,
sa robe de dessus, et son bol... quand il mange, qu'il boit, qu'il
mâche, et qu'il goûte... quand il urine et qu'il
défèque... quand il marche, qu'il se tient
debout,
qu'il est assis, qu'il s'endort, qu'il s'éveille, qu'il
parle,
et qu'il demeure silencieux, il agit avec vigilance. C'est ainsi
qu'un moine est en possession de l'attention et de la vigilance.
(Contentement)
"Et
comment un moine est-il content? Tout comme un oiseau, partout
où
il va, vole avec ses ailes pour seul fardeau; de même lui
aussi
se contente d'un jeu de robes pour pourvoir à son corps et
de
nourriture d'aumônes pour pourvoir à sa faim.
Partout où
il va, il n'emporte que le strict nécessaire. C'est ainsi
qu'un moine est content.
(Abandon
des obstacles)
"Doté
de ce noble agrégat de vertu, cette noble
modération
des facultés des sens, cette noble attention et vigilance,
et
ce noble contentement, il se cherche un lieu d'habitation
isolé:
une forêt, l'ombre d'un arbre, une montagne, un vallon, une
caverne a flanc de colline, un charnier, une futaie dans la jungle,
l'air libre, une meule de paille. Après son repas, de retour
de sa tournée d'aumônes, il s'assied, croise ses
jambes,
maintient son corps droit, et porte son attention devant lui.
"Abandonnant
la convoitise par rapport au monde, il demeure avec une conscience
exempte de convoitise. Il nettoie son esprit de la convoitise.
Abandonnant la mauvaise volonté et la colère, il
demeure avec une conscience exempte de mauvaise volonté,
sympathique au bien-être de tous les êtres vivants.
Il
nettoie son esprit de la mauvaise volonté et de la
colère.
Abandonnant la paresse et l'engourdissement, il demeure avec une
conscience exempte de paresse et d'engourdissement, attentif,
vigilant, perceptif à la lumière. Il nettoie son
esprit
de la paresse et de l'engourdissement. Abandonnant l'agitation et
l'anxiété, il demeure imperturbable, son esprit
intérieurement calmé. Il nettoie son esprit de
l'agitation et de l'anxiété. Abandonnant
l'incertitude,
il demeure ayant passé par-dessus l'incertitude, sans
perplexité par rapport aux qualités mentales
adroites.
Il nettoie son esprit de l'incertitude.
"Supposons
qu'un homme, faisant un prêt, l'investit dans ses affaires.
Ses
affaires réussissent. Il rembourse ses vieilles dettes et il
en reste pour entretenir son épouse. L'idée lui
viendrait, 'Auparavant, faisant un prêt, je l'ai investi dans
mes affaires. Maintenant mes affaires ont réussi. J'ai
remboursé mes vieilles dettes et il en reste pour entretenir
mon épouse.' A cause de cela il en tirerait joie et bonheur.
"Ou
supposons qu'un homme tombe malade - en souffrance et
sérieusement
malade. Il ne profite pas de ses repas, et il n'y a aucune force en
son corps. Comme le temps passe, il finit par se remettre de cette
maladie. Il profite de ses repas et il y a de la force dans son
corps. L'idée lui viendrait, 'Auparavant, j'étais
malade... Maintenant je me suis remis de cette maladie. Je profite de
mes repas et il y a de la force en mon corps.' A cause de cela il en
tirerait joie et bonheur.
"Ou
supposons qu'un homme soit jeté en prison. Comme le temps
passe, il finit par être libéré de cet
enfermement, sain et sauf, sans perte de ses
propriétés.
L'idée lui viendrait, 'Auparavant, j'étais en
prison.
Maintenant je suis libéré de cet enfermement,
sain et
sauf, sans perte de mes propriétés.' A cause de
ça
il en tirerait joie et bonheur.
"Ou
supposons qu'un homme soit un esclave, le sujet d'autres que lui, pas
son propre sujet, dans l'incapacité d'aller où il
voudrait. Comme le temps passe, il finit par être
libéré
de cet esclavage, son propre sujet, pas le sujet d'autres que lui,
libéré, pouvant aller où il veut.
L'idée
lui viendrait, 'Auparavant, j'étais un esclave... Maintenant
je suis libéré de cet esclavage, sujet
à
moi-même, pas le sujet d'autres que moi,
libéré,
pouvant aller où je veux.' A cause de cela il en tirerait
joie
et bonheur.
"Ou
supposons qu'un homme, portant de l'argent et des biens, passe par
une route dans un pays dépeuplé. Comme le temps
passe,
il finit par sortir de ce pays dépeuplé, sain et
sauf,
sans perte de ses propriétés. L'idée
lui
viendrait, 'Auparavant, portant de l'argent et des biens, je passais
par une route dans un pays dépeuplé. Maintenant
je suis
sorti de ce pays dépeuplé, sain et sauf, sans
perte de
mes propriétés.' A cause de cela il en tirerait
joie et
bonheur.
"De
la même façon, quand ces cinq obstacles ne sont
pas
abandonnés en lui, le moine le considère comme
une
dette, une maladie, une prison, un esclavage, une route dans un pays
dépeuplé. Mais quand ces cinq obstacles sont
abandonnés
en lui, il le considère comme un non-endettement, une bonne
santé, une libération de prison, la
liberté, un
place de sécurité. Voyant qu'ils ont
été
abandonnés en lui, il en est content. Content, il en est
ravi.
Ravi, son corps se tranquillise. Son corps tranquillisé, il
est sensible au plaisir. Ressentant du plaisir, son esprit se
concentre.
(Les
quatre jhanas)
"Tout
à fait retiré de la sensualité,
retiré
des aspects mentaux maladroits, il entre et demeure dans le premier
jhâna: ravissement et plaisir nés de la retraite,
accompagnés par la pensée dirigée et
l'évaluation. Il imprègne et imbibe, inonde et
remplit
ce corps même avec le ravissement et le plaisir
nés de
la retraite. C'est comme si un habile baigneur ou apprenti-baigneur
versait de la poudre de bain dans un bassin de cuivre et la
pétrissait, l'arrosant encore et encore avec de l'eau, de
sorte que sa boule de poudre de bain - saturée,
humidifiée,
imprégnée au dedans et au dehors - sans pour
autant
goutter; de même, le moine imprègne... ce corps
même
avec le ravissement et le plaisir nés de la retraite. Rien
n'est de son corps entier ne reste sans être
imprégné
par le ravissement et le plaisir nés de la retraite.
"Ceci
est un fruit de la vie contemplative, visible ici et maintenant, plus
excellent que les précédents et plus sublime.
"Qui
plus est, avec la tranquillisation de la pensée
dirigée
et de l'évaluation, il entre et demeure dans le second
jhâna:
ravissement et plaisir nés du calme, unification de la
conscience libre de la pensée dirigée et de
l'évaluation - assurance intérieure. Il
imprègne
et imbibe, inonde et remplit ce corps même avec le
ravissement
et le plaisir nés du calme. Tout comme un lac avec de l'eau
de
source qui sourd de l'intérieur, n'ayant pas d'afflux de
l'est, de l'ouest, du nord, ou du sud, et avec les cieux fournissant
des pluies abondantes très souvent, de sorte que la
fraîche
fontaine d'eau qui sourd de l'intérieur du lac
l'imprègnerait
et se répandrait dedans, l'inonderait et le remplirait avec
des eaux fraîches, aucune partie du lac n'étant
pas
imprégnée par les eaux fraîches; de
même,
le moine imprègne... ce corps même avec le
ravissement
et plaisir nés du calme. Rien de son corps tout entier qui
ne
soit compénétré par le ravissement et
le plaisir
nés du calme.
"Ceci
aussi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici et
maintenant, plus excellent que les précédents et
plus
sublime.
"Et
qui plus est, avec l'effacement du ravissement, il reste dans
l'équanimité, attentif et pleinement conscient,
et
physiquement sensible au plaisir. Il entre et demeure dans le
troisième jhâna, duquel les Personnes nobles
déclarent,
'Equanime et attentif, il a un état agréable.' Il
imprègne et imbibe, inonde et remplit ce corps
même avec
le plaisir qu'il tire du ravissement. C'est comme en un
étang
de lotus, certains des lotus, nés et croissant dans l'eau,
restent immergés dans l'eau et fleurissent sans sortir de
l'eau, de sorte qu'ils sont imprégnés et
imbibés,
inondés et remplis par l'eau fraîche de leur
racines à
leurs extrémités, et il n'y aurait rien de ces
lotus
qui ne serait compénétré d'eau
fraîche; de
même, le moine imprègne... ce corps même
avec le
plaisir qu'il tire du ravissement. Rien de son corps tout entier qui
ne soit compénétré du plaisir qu'il
tire du
ravissement.
"Ceci
aussi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici et
maintenant, plus excellent que les précédents et
plus
sublime.
"Et
qui plus est, avec l'abandon du plaisir et du dukkha - comme avec la
précédente disparition de l'euphorie et de
l'angoisse -
il entre et demeure dans le quatrième jhâna:
pureté
de l'équanimité et de l'attention, ni-plaisir ni
dukkha. Il s'assied, imprégnant le corps d'une pure et
claire
conscience. C'est comme si un homme était assis couvert de
la
tête aux pieds par un tissu blanc, de sorte qu'il n'y aurait
aucune partie de son corps à laquelle le tissu blanc ne
s'étendrait pas; de même, le moine s'assied,
imprégnant
le corps d'une pure et claire conscience. Rien de son corps tout
entier qui ne soit compénétré d'une
pure et
claire conscience.
"Ceci
aussi, grand roi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici
et maintenant, plus excellent que les précédents
et
plus sublime.
(Connaissance
pénétrante)
"Son
esprit ainsi concentré, purifié, et clair, sans
tache,
libre de défauts, souple, malléable, solide, et
entraîné à
l'imperturbabilité, il le
dirige et l'oriente vers la connaissance et la vision. Il discerne:
'Ce corps qui est mien est doté de forme, composé
des
quatre éléments primaires, nés de
mère et
de père, nourri de riz et de gruau, sujet à
l'inconstance, à la friction, à la pression,
à
la dissolution, et à la dispersion. Et cette mienne
conscience
est soutenue ici et attachée ici.' C'est comme s'il y avait
une belle gemme de béryl de l'eau la plus pure -
à huit
facettes, bien polie, claire, limpide, parfaite en tout ses aspects,
et que passant en son milieu il y avait un fil bleu, jaune, rouge,
blanc ou brun - et qu'un homme à la bonne vue, la prenant
dans
sa main, devait y réfléchir ainsi: 'Ceci est une
belle
gemme de béryl de l'eau la plus pure, à huit
facettes,
bien polie, clair, limpide, accompli en tout ses aspects. Et, passant
en son milieu, il y a un fil bleu, jaune, rouge, blanc ou brun.' de
la même façon - son esprit ainsi
concentré,
purifié, et clair, sans tache, libre de défauts,
souple, malléable, solide, et entraîné
à
l'imperturbabilité - le moine le dirige et l'oriente vers la
connaissance et la vision. Il discerne: 'Ce corps qui est mien est
doté de forme, composé des quatre
éléments
primaires, nés de mère et de père,
nourri de riz
et de gruau, sujet à l'inconstance, à la
friction, à
la pression, à la dissolution, et à la
dispersion. Et
cette mienne conscience est soutenue ici et attachée ici.'
"Ceci
aussi, grand roi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici
et maintenant, plus excellent que les précédents
et
plus sublime.
(Le
corps créé par l'esprit)
"Son
esprit ainsi concentré, purifié, et clair, sans
tache,
libre de défauts, souple, malléable, solide, et
entraîné à
l'imperturbabilité, il le
dirige et l'oriente vers la création d'un corps fait par
l'esprit. A partir de ce corps il crée un autre corps,
doté
de forme, fait d'esprit, complet en toutes ses parties, pas
inférieur
en ses facultés. C'est comme si un homme devait tirer un
roseau de sa gaine. L'idée lui viendrait: 'Ceci est la
gaine,
ça c'est le roseau. La gaine est une chose, le roseau une
autre, mais le roseau a été tiré de la
gaine.'
Ou comme si un homme devait tirer une épée de son
fourreau. L'idée lui viendrait: 'Ceci est
l'épée,
ça c'est le fourreau. L'épée est une
chose, le
fourreau une autre, mais l'épée a
été
tirée du fourreau.' Ou comme si un homme devait retirer un
serpent de sa mue. L'idée lui viendrait: 'Ceci est le
serpent,
ça c'est la mue. Le serpent est une chose, la mue une autre,
mais le serpent a été retiré de la
mue.' de la
même façon - son esprit ainsi
concentré, purifié,
et clair, sans tache, libre de défauts, souple,
malléable,
solide, et entraîné à
l'imperturbabilité,
le moine le dirige et l'oriente vers la création d'un corps
fait par l'esprit. A partir de ce corps il crée un autre
corps, doté de forme, fait d'esprit, complet en toutes ses
parties, pas inférieur en ses facultés.
"Ceci
aussi, grand roi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici
et maintenant, plus excellent que les précédents
et
plus sublime.
(Pouvoirs
supranormaux)
"Son
esprit ainsi concentré, purifié, et clair, sans
tache,
libre de défauts, souple, malléable, solide, et
entraîné à
l'imperturbabilité, il le
dirige et l'oriente vers les modes de pouvoirs supranormaux. Il manie
de multiples pouvoirs supranormaux. Après avoir
été
un il devient plusieurs; ayant été plusieurs il
devient
un. Il apparaît. Il disparaît. Il n'est pas
arrêté
par les murs, les remparts, et les montagnes comme si
c'était
de l'espace. Il plonge dans et ressort de la terre comme si
c'était
de l'eau. Il marche sur l'eau sans couler comme si c'était
la
terre ferme. Assis jambes croisées il vole en l'air comme un
oiseau ailé. Avec sa main il touche et caresse
même le
soleil et la lune, qui sont si puissants. Il exerce une influence
avec son corps aussi loin que les mondes de Brahma. Tout comme un
habile potier ou son assistant pourraient tirer d'une terre bien
préparée n'importe quelle sorte de vaisselle de
poterie, ou comme un habile sculpteur d'ivoire ou son assistant
pourraient tirer de d'un ivoire bien préparé
toute
sorte de de tabletterie d'ivoire, ou comme un habile orfèvre
ou son assistant pourraient tirer d'or bien
préparé
toute sorte d'articles en or; de la même manière -
son
esprit ainsi concentré, purifié, et clair, sans
tache,
libre de défauts, souple, malléable, solide, et
entraîné à
l'imperturbabilité - le moine
le dirige et l'oriente vers les modes de pouvoirs supranormaux... Il
exerce une influence avec son corps aussi loin que les mondes de
Brahma.
"Ceci
aussi, grand roi, est un fruit de la vie contemplative, visible ici
et maintenant, plus excellent que les précédents
et
plus sublime.
(Clairaudience)
"Son
esprit ainsi concentré, purifié, et clair, sans
tache,
libre de défauts, souple, malléable, solide, et
entraîné à
l'imperturbabilité, il le
dirige et l'oriente vers le divin élément
auditif. Il
entend - au moyen du divin él&e