Brahmajala
Sutta (2ème
partie)
Les 62 sortes de vues fausses
Il
y a, ô moines, des ascètes et des brahmanes qui
spéculent sur le passé, ont des opinions toutes
faites
sur le passé, qui proclament diverses théories
sur le
passé, et cela de 18 façons
différentes. Sur
quelles bases fondent-ils leurs opinions ?
Il
y a des ascètes et des brahmanes qui sont
éternalistes,
qui affirment l'éternité du soi et du monde de 4
façons. Sur quelles bases ?
Première
vue fausse : Ici, moines, un ascète ou un brahmane a, par
les
moyens de l'effort, de l'entraînement, de la
persévérance,
des mérites et de l'attention juste atteint un tel
état
de concentration qu'il se remémore ses existences
passées
: une naissance, deux naissances, trois, quatre, cinq, dix
naissances, cent, mille, plusieurs milliers, cent mille, plusieurs
centaines de milliers de naissances.
"Dans
cette existence, mon nom était ceci, mon clan
était
cela, ma caste était ceci, ma nourriture était
cela,
j'ai expérimenté telles et telles situations
plaisantes
et déplaisantes, j'ai vécu tant
d'années. Ayant
quitté cette existence là, je suis
arrivé dans
celle-ci. Dans cette existence, mon nom était ceci, mon clan
était cela, ma caste était ceci, ma nourriture
était
cela, j'ai expérimenté telles et telles
situations
plaisantes et déplaisantes, j'ai vécu tant
d'années
[...]"
Ainsi,
il se souvient de plusieurs existences passées, de leurs
conditions, et de leurs détails. Et il dit : "le soi et
le monde sont éternels, stériles comme un piton
rocheux
et aussi fermement établis qu'un pieu. Les êtres
s'agitent, circulent d'une existence à une autre, meurent et
renaissent, et cet état est eternel. Comment le sais-je ?
J'ai
par les moyens de l'effort, de l'entraînement, de la
persévérance, atteint un tel état de
concentration que je me remémore mes existences
passées.
C'est ainsi que je sais que le soi et le monde sont
éternels".
Ceci
est la première façon dont certains
ascètes et
brahmanes affirment l'éternité du soi et du monde.
Deuxième
vue fausse : Et quelle est la seconde vue fausse ? Ici, moines, un
ascète ou un brahmane a, par les moyens de l'effort, de
l'entraînement, de la persévérance, des
mérites
et de l'attention juste atteint un tel état de concentration
qu'il se remémore un kappa (période de
contraction et
d'expansion d'un univers), deux kappas, trois, quatre, cinq, dix
kappas [...] "Dans cette existence, mon nom était ceci
[...] C'est ainsi que je sais que le soi et le monde sont
éternels".
Ceci
est la seconde façon dont certains ascètes et
brahmanes
affirment l'éternité du soi et du
monde.Troisième
vue fausse : Et quelle est la troisième vue fausse ? Ici,
moines, un ascète ou un brahmane a, par les moyens de
l'effort, de l'entraînement, de la
persévérance,
des mérites et de l'attention juste atteint un tel
état
de concentration qu'il se remémore dix éon ,
vingt
éons, trente, quarante éons [...] "Dans cette
existence, mon nom était ceci [...] C'est ainsi que je sais
que le soi et le monde sont éternels".
Ceci
est la troisième façon dont certains
ascètes et
brahmanes affirment l'éternité du soi et du monde.
Quatrième
vue fausse : Et quelle est la quatrième vue fausse ? Ici,
moines, un ascète ou un brahmane est un logicien, un
philosophe. Se forgeant une opinion par l'intellect, suivant sa
propre argumentation, il argue : "le soi et le monde sont
éternels, stériles comme un piton rocheux et
aussi
fermement établis qu'un pieu. Les êtres s'agitent,
circulent d'une existence à une autre, meurent et
renaissent,
et cet état est eternel."
Ceci
est la quatrième façon dont certains
ascètes et
brahmanes affirment l'éternité du soi et du monde.
Voici
donc les 4 façons par lesquelles ces ascètes et
brahmanes sont éternalistes, et affirment
l'éternité
du soi et du monde. Quels que soient les ascètes et
brahmanes
affirmant l'éternité du soi et du monde, ils le
font
sur l'une ou l'autre de ces quatre bases. Il n'y a pas d'autre
façon.
Et
le Tathágata comprend : Ces opinions que l'on saisit et
auxquelles on adhère mèneront vers telles ou
telles
existences. Ceci, le Tathágata le sait, et bien plus encore,
mais il n'est pas attaché à ce savoir. Etant
libre
d'attachement, il a expérimenté la paix parfaite,
et
ayant compris l'apparition, la cessation, le pouvoir d'attraction, la
dangerosité, et la libération des sensations, le
Tathágata est totalement libéré.
Il
y a ainsi ô moines, des dhammas (choses) profonds, difficiles
à
voir et à comprendre, tranquilles, nobles, au
delà de
la pensée discursive, subtils, et
expérimentés
seulement par les sages. Le Tathágata, ayant par la sagesse
omnisciente lui-même réalisé ces
dhammas, les a
exposés. Que ceux qui désirent
véritablement
honorer le Tathágata en parlent sans déformer son
enseignement. Et quels sont ces dhammas ?
Il
y a, ô moines, des ascètes et des brahmanes qui
sont à
la fois éternalistes et non-éternalistes, qui
proclament l'éternité partielle et la
non-éternité
partielle du soi et de monde, de quatre façon
différentes.
Sur quelles bases fondent-ils leurs opinions ?
Il
vient un temps, moines, où après une plus ou
moins
longue période, ce monde se contracte. Durant cette
période,
les êtres renaissent principalement dans le monde dit
"Abhassara Brahma". Nés spontanément par le
biais de l'absorption mentale (jhana), ils y résident, se
nourrissant de joie, émanant de lumière,
glorieux,
volant à travers les airs. Et ils résident en ce
monde
pendant une très longue période.
Cinquième
vue fausse : Arrive un temps où après une plus ou
moins
longue période, ce monde connaît une expansion.
Dans ce
monde en expansion, une sphère d'existence
appelée
"demeure de Brahma", vide de toute vie, apparaît.
Alors, un être mort dans le monde Abhassara Brahma du fait de
son âge, ou de l'épuisement de ses
mérites,
renaît dans cette demeure de Brahma vide. Et, né
spontanément par le biais de l'absorption mentale (jhana),
il
y réside, se nourrissant de joie, émanant de
lumière,
glorieux, volant à travers les airs. Et il y
réside
comme cela pendant une très longue période.
En
cet être, qui a été si longtemps seul,
s'élèvent
alors l'insatisfaction et la lassitude. Il pense : "Si seulement
d'autres êtres pouvaient être présents
ici !".
Alors d'autres êtres, morts dans le monde Abhassara Brahma du
fait de leur âge, ou de l'épuisement de leurs
mérites,
renaissent également dans cette demeure de Brahma.
Nés
spontanément [...], ils y résident, se
nourrissant de
joie [...] pendant une très longue période.
Alors,
moines, cet être qui fut le premier à
naître dans
cette demeure de Brahma se met à penser : "Je suis
Brahma, le Grand Brahma, le Conquérant, l'Inconquis,
l'Omniscient, l'Omnipotent, le Tout-Puissant, le Seigneur Brahma, le
Créateur, le Père de tout ce qui a
été et
qui sera. Ces êtres, c'est moi qui les ai creés.
Et
comment ? Parce que j'ai eu cette pensé : "Si seulement
d'autres êtres pouvaient être présents
ici !"
C'était mon souhait, et ces êtres sont alors venus
à
l'existence !
Les
autres êtres de la demeure de Brahma pensent à
leur tour
: "Cette personne, mes amis, est Brahma, le Grand Brahma, le
Conquérant, [...] le Père de tout ce qui a
été
et qui sera. Comment le savons-nous ? Nous avons vu qu'il
était
le premier, et que nous ne sommes apparus qu'après lui."
Cet
être, qui est né en premier dans la demeure de
Brahma
vit plus longtemps qu'eux, est plus beau, et plus puissant. Les
autres ont une vie plus courte, sont moins beaux, et moins puissants.
Il
arrive alors qu'un de ces êtres, étant mort dans
cette
demeure de Brahma, renaisse dans le monde humain. Etant né
dans ce monde, il abandonne la vie de foyer pour la vie
d'ascète
errant. Ayant par les moyens de l'effort, de l'entraînement,
de
la persévérance, des mérites et de
l'attention
juste atteint un tel état de concentration qu'il se
remémore
son existence précédente, mais pas les autres, il
pense
: "Brahma, le Grand Brahma, le Conquérant [...] est notre
Créateur, il est permanent, stable, éternel, non
sujet
au changement. Mais nous, ses créatures, sommes
impermanents,
instables, mortels, sujets à la chute, et c'est ainsi que
nous
naissons en ce monde".
Ceci
est la première façon dont certains
ascètes et
brahmanes affirment l'éternité partielle et la
non-éternité partielle du soi et de monde.
Sixième
vue fausse : Et quelle est la seconde façon ? Il y a,
moines,
des devas corrompus par le plaisir. Ils consacrent leur temps
à
l'amusement et aux festivités, négligeant
l'attention,
oubliant même de se nourrir, jusqu'à en mourir.
Il
arrive alors qu'un de ces devas, renaisse dans le monde humain. Etant
né dans ce monde, il abandonne la vie de foyer pour la vie
d'ascète errant. Ayant par les moyens de l'effort, de
l'entraînement, de la persévérance, des
mérites
et de l'attention juste atteint un tel état de concentration
qu'il se remémore son existence
précédente, mais
pas les autres, il pense : "Ces devas vénérables,
qui ne sont pas corrompus par le plaisir, ne gaspillent pas leur
temps dans l'amusement et les festivités, conservent leur
attention. Conservant leur attention, n'oubliant pas de se nourrir,
ils ne tombent pas de ce domaine d'existence. Ils sont permanents,
stables, éternels, non sujets au changement. Mais nous, qui
sommes corrompus par le plaisir, sommes impermanents, instables,
mortels, sujets à la chute, et c'est ainsi que nous naissons
en ce monde". Ceci est la seconde façon.
Septième
vue fausse : Et quelle est la troisième façon ?
Il y a,
moines, des devas corrompus par l'esprit. Ils passent leur temps
à
jalouser les autres. Trop occupés à jalouser les
autres, ils épuisent leur corps et leur esprit
jusqu'à
en mourir.
Il
arrive alors qu'un de ces devas, renaisse dans le monde humain. Etant
né dans ce monde, il abandonne la vie de foyer pour la vie
d'ascète errant. Ayant par les moyens de l'effort, de
l'entraînement, de la persévérance, des
mérites
et de l'attention juste atteint un tel état de concentration
qu'il se remémore son existence
précédente, mais
pas les autres, il pense : "Ces devas vénérables,
qui ne sont pas corrompus par l'esprit, ne passent pas leur temps
à
jalouser les autres. Ne perdant pas leur temps à jalouser
les
autres, ils n'épuisent pas leur corps et leur esprit.
N'épuisant pas leur corps et leur esprit, ils ne tombent pas
de ce domaine d'existence. Ils sont permanents, stables,
éternels,
non sujets au changement. Mais nous, qui sommes corrompus par
l'esprit, sommes impermanents, instables, mortels, sujets à
la
chute, et c'est ainsi que nous naissons en ce monde". Ceci est
la troisième façon.
Huitième
vue fausse : Et quelle est la quatrième façon ?
Ici,
moines, un ascète ou un brahmane est un logicien, un
philosophe. Se forgeant une opinion par l'intellect, suivant sa
propre argumentation, il argue : "Ce qui est appelé oeil,
oreille, nez, langue, ou corps, cela est un soi impermanent,
instable, non éternel, sujet au changement. Mais ce qui est
appelé pensée, esprit, ou conscience, c'est un
soi qui
est permanent, stable, éternel, non sujet au changement !"
Ceci est la quatrième façon.
Voici
donc les 4 façons par lesquelles ces ascètes et
brahmanes sont à la fois éternalistes et
non-éternalistes. Quels que soient les ascètes et
brahmanes affirmant l'éternité partielle et la
non-éternité partielle du soi et de monde, ils le
font
sur l'une ou l'autre de ces quatre bases. Il n'y a pas d'autre
façon.
Et
le Tathágata comprend : Ces opinions que l'on saisit et
auxquelles on adhère mèneront vers telles ou
telles
existences. Ceci, le Tathágata le sait, et bien plus encore,
mais il n'est pas attaché à ce savoir. Etant
libre
d'attachement, il a expérimenté la paix parfaite,
et
ayant compris l'apparition, la cessation, le pouvoir d'attraction, la
dangerosité, et la libération des sensations, le
Tathágata est totalement libéré.
Il
y a ainsi ô moines, des dhammas (choses) profonds, difficiles
à
voir et à comprendre, tranquilles, nobles, au
delà de
la pensée discursive, subtils, et
expérimentés
seulement par les sages. Le Tathágata, ayant par la sagesse
omnisciente lui-même réalisé ces
dhammas, les a
exposés. Que ceux qui désirent
véritablement
honorer le Tathágata en parlent sans déformer son
enseignement. Et quels sont ces dhammas ?
Il
y a, ô moines, des ascètes et des brahmanes qui
affirment que le monde est fini, d'autres qui affirment que le monde
est infini, et cela, de quatre façons
différentes. Sur
quelles bases fondent-ils leurs opinions ?
Neuvième
vue fausse : Ici, moines, un ascète ou un brahmane a, par
les
moyens de l'effort, de l'entraînement, de la
persévérance,
des mérites et de l'attention juste atteint un tel
état
de concentration qu'il demeure percevant le monde comme fini. Il
pense : "Ce monde est fini et contenu dans un cercle. Comment le
sais-je ? J'ai par les moyens de l'effort [...] atteint un tel
état
de concentration que je demeure percevant le monde comme fini. Je
sais donc que ce monde est fini et contenu dans un cercle." Ceci
est la première façon.
Dixième
vue fausse : Et quelle est la seconde façon ? Ici, un
ascète
ou un brahmane a [...] atteint un tel état de concentration
qu'il demeure percevant le monde comme infini. Il pense : "Le
monde est infini et sans aucune limite. Ces ascètes et
brahmanes qui disent le monde fini sont dans l'erreur. Comment le
sais-je ? J'ai par les moyens de l'effort [...] atteint un tel
état
de concentration que je demeure percevant le monde comme infini. Je
sais donc que le monde est infini." Ceci est la seconde
façon.
traduction :
Sébastien Billard

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