Parinibbana
les dernières
paroles du Bouddha
1.
Or le Béni du Ciel s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Il se pourrait, Ananda, qu'à certains
d'entre vous vienne l'idée: 'Terminée est la
parole du
Maître; nous n'avons plus de Maître.' Mais il ne
faudrait
pas, Ananda, voir les choses comme cela. Car ce que j'ai
proclamé
et fait connaître comme le Dhamma et la Discipline, c'est
là
ce qui sera votre Maître quand je serai parti.
2.
"Et, Ananda, alors que maintenant les bhikkhus s'adressent les
uns aux autres ainsi 'ami,' que ce ne soit plus le cas quand je serai
parti. Les bhikkhus anciens, Ananda, pourront s'adresser aux plus
jeunes par leur nom, leur nom de famille, ou ainsi 'ami'; mais les
bhikkhus plus jeunes devront s'adresser aux plus anciens ainsi
'vénérable vénérable' ou
'révérend.'[55]
3.
"Si on le souhaite, Ananda, le Sangha pourra, quand je serai
parti, abolir les règles mineures et moins importantes.[56]
4.
"Ananda, quand je serai parti, imposez la
pénalité
la plus grande au bhikkhu Channa."[57]
"Mais
quelle est, Seigneur, la pénalité la plus grande?"
"Le
bhikkhu Channa, Ananda, pourra dire ce qu'il voudra, mais les
bhikkhus ne devront ni converser avec lui, ni l'exhorter, ni
l'admonester."
5.
Alors le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant: "Il
se pourrait, bhikkhus, qu'un de vous soit dans le doute ou la
perplexité par rapport au Bouddha, au Dhamma, ou au Sangha,
au
sentier ou à la pratique. Alors posez vos questions,
bhikkhus!
Ne faites pas en sorte d'avoir plus tard des remords avec la
pensée:
'Le Maître était avec nous face à face,
et
pourtant face à face nous ne lui avons pas
demandé.'"
6.
Mais quand ceci fut dit, les bhikkhus gardèrent le silence.
Et
pourtant une seconde et une troisième fois le
Béni du
Ciel leur dit: "Il se pourrait, bhikkhus, qu'un de vous soit
dans le doute ou la perplexité par rapport au Bouddha, au
Dhamma, ou au Sangha, au sentier ou à la pratique. Alors
posez
vos questions, bhikkhus! Ne faites pas en sorte d'avoir plus tard des
remords avec la pensée: 'Le Maître
était avec
nous face à face, et pourtant face à face nous ne
lui
avons pas demandé.'"
Et
pour une seconde et troisième fois les bhikkhus
gardèrent
le silence. Alors le Béni du Ciel leur dit: "Il se
pourrait, bhikkhus, que par respect pour le Maître vous ne
lui
posiez pas de questions. Alors, bhikkhus, que l'ami le communique
à
l'ami." Et pourtant toujours les bhikkhus gardèrent le
silence.
7.
Et le Vénérable Ananda s'adressa au
Béni du
Ciel, en disant: "C'est merveilleux, ô seigneur, vraiment
c'est vraiment extraordinaire! Cette foi que j'ai dans la
communauté
des bhikkhus, que pas même un bhikkhu ne soit dans le doute
ou
la perplexité par rapport au Bouddha, au Dhamma, ou au
Sangha,
au sentier ou à la pratique."
"C'est
par foi, Ananda, que tu parles ainsi. Mais ici, Ananda, le
Tathâgata
sait avec certitude que parmi cette communauté de bhikkhus
il
n'y a pas même un bhikkhu qui soit dans le doute ou la
perplexité par rapport au Bouddha, au Dhamma, ou au Sangha,
au
sentier ou à la pratique. Car, Ananda, parmi ces cinq cent
bhikkhus même le plus bas est un
entré-dans-le-courant,
à l'abri de la chute, assuré, et en marche vers
l'éveil."
8.
Et le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant: "Soyez
attentifs maintenant, bhikkhus, je vous y exhorte: Toutes choses
composées sont sujettes à disparaître.
Efforcez-vous avec sincérité!"[58]
Ce
furent les dernières paroles du Tathâgata.
le passage en nibbana
9.
Et le Béni du Ciel entra dans le premier jhâna. En
sortant du premier jhâna, il entra dans le second
jhâna.
En sortant du second jhâna, il entra dans le
troisième
jhâna. En sortant du troisième jhâna, il
entra
dans le quatrième jhâna. Et en sortant du
quatrième
jhâna, il entra dans la sphère de l'espace infini.
En
sortant de l'accès à la sphère de
l'espace
infini, il entra dans la sphère de la conscience infinie. En
sortant de l'accès à la sphère de la
conscience
infinie, il entra dans la sphère de la vacuité.
En
sortant de l'accès à la sphère de la
vacuité,
il entra dans la sphère de la
ni-perception-ni-non-perception.
Et en sortant de l'accès à la sphère
de la
ni-perception-ni-non-perception, il atteint à la cessation
de
la perception et de la sensation.
10.
Et le Vénérable Ananda s'adressa au
Vénérable
Anuruddha, en disant: "Vénérable Anuruddha, le
Béni du Ciel est décédé."
"Non,
ami Ananda, le Béni du Ciel n'a pas disparu. Il est
entré
dans l'état de la cessation de la perception et de la
sensation."[59]
11.
Alors le Béni du Ciel, sortant de la cessation de la
perception et de la sensation, entra dans la sphère de la
ni-perception-ni-non-perception. En sortant de l'accès
à
la sphère de la ni-perception-ni-non-perception, il entra
dans
la sphère de la vacuité. En sortant de
l'accès à
la sphère de la vacuité, il entra dans la
sphère
de la conscience infinie. En sortant de l'accès à
la
sphère de la conscience infinie, il entra dans la
sphère
de l'espace infini. En sortant de l'accès à la
sphère
de l'espace infini, il entra dans le quatrième
jhâna. En
sortant du quatrième jhâna, il entra dans le
troisième
jhâna. En sortant du troisième jhâna, il
entra
dans le second jhâna. En sortant du second jhâna,
il
entra dans le premier jhâna.
En
sortant du premier jhâna, il entra dans le second
jhâna.
En sortant du second jhâna, il entra dans le
troisième
jhâna. En sortant du troisième jhâna, il
entra
dans le quatrième jhâna. Et, en sortant du
quatrième
jhâna, le Béni du Ciel immédiatement
trépassa.
l'écho du monde
12.
Et quand le Béni du Ciel eut trépassé,
simultanément avec son Parinibbâna se produisit un
terrible tremblement de terre, épouvantable et
abasourdissant,
et le tonnerre roula à travers les cieux.
13.
Et quand le Béni du Ciel eut trépassé,
simultanément avec son Parinibbâna, Brahma
Sahampati[60]
prononça cette stance:
"Tout
doit partir -- tous les êtres qui ont la vie. Doivent quitter
leur aggrégat des formes. Oui, même quelqu'un,
Un
Maître tel que lui, un être sans pareil,
Puissant
dans la sagesse, l'Éveillé, est
décédé."
14.
Et quand le Béni du Ciel eut trépassé,
simultanément avec son Parinibbâna, Sakka, roi des
dieux,[61] prononça cette stance:
"Transitoires
sont les choses composées,
Sujettes
à survenir et à disparaître;
Etant
venues à l'existence elles disparaissent;
Bonne
est la paix quand elles cessent pour toujours."
15.
Et quand le Béni du Ciel eut trépassé,
simultanément avec son Parinibbâna, le
Vénérable
Anuruddha prononça cette stance:
"Sans
mouvement de la respiration, mais d'un coeur assuré,
Libéré
du désir et tranquille -- c'est ainsi que le sage
Arrive
à sa fin. Par les affres de la mort
inébranlé,
Son
esprit, tel une flamme éteinte, trouve la
libération."
16.
Et quand le Béni du Ciel eut trépassé,
simultanément avec son Parinibbâna, le
Vénérable
Ananda prononça cette stance:
"Alors
terreur il y eut, et les cheveux se hérissèrent,
quand
lui,
Le
Tout-accompli, le Bouddha, trépassa."
17.
Alors, quand le Béni du Ciel eut
trépassé,
certains bhikkhus, pas encore libérés de la
passion,
levèrent leurs bras au ciel et pleurèrent; et
certains,
se jetant par terre, se roulèrent d'un
côté à
l'autre et pleurèrent, en geignant: "Le Béni du
Ciel arrive trop tôt à son Parinibbâna!
Le Béni
du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! Trop
tôt l'Oeil du Monde a disparu de notre vue!"
Mais
les bhikkhus qui étaient libérés de la
passion,
attentifs et en état de comprendre clairement,
réfléchirent
comme suit: "Impermanentes sont toutes choses composées.
Comment pourrait-il en être autrement?"
18.
Et le Vénérable Anuruddha s'adressa aux bhikkhus,
en
disant: "Suffit, amis! Ne vous chagrinez pas, ne vous lamentez
pas! Car le Béni du Ciel n'a-t-il pas
déclaré
qu'avec tout ce qui est cher et bien-aimé, il y un
nécessairement changement, séparation et rupture?
De ce
qui est né, qui est venu à être, a
été
composé et qui est sujet à
flétrissure, comment
peut-on dire: 'Puisse cela ne jamais en venir à
dissolution!'?
Les devas, amis, sont affligés."
"Mais,
vénérable, de quels devas le
Vénérable
Anuruddha est-il conscient?"
"Il
y a des devas, ami Ananda, dans l'espace et sur la terre qui ont une
mentalité terrienne; échevelés ils
pleurent, les
bras au ciel ils pleurent; se jetant par terre, ils se roulent d'un
côté à l'autre, en geignant: 'Le
Béni du
Ciel arrive trop tôt à son Parinibbâna!
Le Béni
du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! Trop
tôt l'Oeil du Monde a disparu de notre vue!' Mais ceux des
devas qui sont libérés de la passion, attentifs
et en
état de comprendre clairement,
réfléchissent de
cette façon: 'Impermanentes sont toutes choses
composées.
Comment pourrait-il en être autrement?'"
19.
Or le Vénérable Anuruddha et le
Vénérable
Ananda passèrent le reste de la nuit à parler du
Dhamma. Alors le Vénérable Anuruddha s'adressa au
Vénérable Ananda, en disant: "Va maintenant, ami
Ananda, à Kusinara, et annonce aux Mallas: 'Le
Béni du
Ciel, Vasetthas, est décédé. Faites
maintenant
comme bon vous semble.'" "Qu'il en soit ainsi,
vénérable,"
Et le Vénérable Ananda se prépara dans
l'avant-midi, et prenant son bol et sa robe, partit avec un compagnon
pour Kusinara.
20.
A ce moment les Mallas de Kusinara s'étaient
rassemblés
dans la salle du conseil pour considérer cette
affaire-même.
Et le Vénérable Ananda s'approcha d'eux et
annonça:
"Le Béni du Ciel, Vasetthas, est
décédé.
Faites maintenant comme bon vous semble." Et quand ils
entendirent le Vénérable Ananda dire ces paroles,
les
Mallas avec leurs fils, leurs épouses, et les
épouses
de leurs fils, furent profondément touchés,
touchés
jusqu'au coeur et affligés; et certains, avec leurs cheveux
tout ébouriffés, les bras levés au
ciel de
désespoir, pleurèrent; se jetant par terre, ils
se
roulaient d'un côté à l'autre, en
geignant: "Le
Béni du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna!
"Le Béni du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! Trop tôt l'Oeil du Monde a disparu de
notre
vue!"

haut de page
