KUSINARA : dernier
lieu de repos
1.
Alors le Béni du Ciel s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Allons, Ananda, traversons de l'autre
côté
de la Hiraññavati, et allons au Bosquet de Salas
des
Mallas, aux environs de Kusinara." "Qu'il en soit ainsi,
Seigneur."
2.
Et le Béni du Ciel, de même qu'une grande
compagnie de
bhikkhus, partit de l'autre côté de la
Hiraññavati,
au Bosquet de Salas des Mallas, aux environs de Kusinara. Et
là
il s'adressa au Vénérable Ananda, en disant:
3.
"Je t'en prie,, Ananda, prépare moi une couche entre
entre les arbres sala jumeaux, avec la tête au nord. Je suis
fatigué, Ananda, et je veux m'étendre."[41]
"Qu'il
en soit ainsi, Seigneur." Et le Vénérable Ananda
fit comme le Béni du Ciel lui demandait de faire. Alors le
Béni du Ciel s'étendit sur son
côté droit,
dans la posture du lion, un pied posé sur l'autre, et ainsi
disposé lui-même, attentif et en état
de
comprendre clairement.
4.
A ce moment, les arbres sala jumeaux se mirent à fleurir,
quoique ce ne fut pas la saison de leur floraison. Et les fleurs
plurent sur le corps du Tathâgata et tombèrent et
s'éparpillèrent et furent
étalées sur lui
en vénération pour le Tathâgata. Et des
fleurs de
mandarava célestes et de la poudre céleste de
bois de
santal tombèrent du ciel sur le corps du
Tathâgata, et
tombèrent et s'éparpillèrent et furent
étalées
sur lui en vénération pour le
Tathâgata. Et le
son de voix célestes et d'instruments célestes
fit de
la musique dans l'air par révérence pour le
Tathâgata.
5.
Et le Béni du Ciel s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Ananda, les arbres sala jumeaux sont en
pleine fleur, quoique ce ne soit pas la saison de leur floraison. Et
les fleurs pleuvent sur le corps du Tathâgata et tombent et
s'éparpillent et sont étalées sur lui
en
vénération pour le Tathâgata. Et des
fleurs de
corail célestes et de la poudre céleste de bois
de
santal pleuvent du ciel sur le corps du Tathâgata, et tombent
et s'éparpillent et sont étalées sur
lui en
vénération pour le Tathâgata. Et le son
de voix
célestes et instruments célestes fait de la
musique
dans l'air par révérence pour le
Tathâgata.
6.
"Et pourtant ce n'est pas ainsi, Ananda, que le Tathâgata
est respecté, vénéré,
estimé,
adoré, et honoré au plus haut degré.
Mais,
Ananda, quel que soit le bhikkhu ou la bhikkhuni, le laïc ou
la
laïque, qui demeure par le Dhamma, vit droitement dans le
Dhamma, marche dans la voie du Dhamma, c'est par une telle personne
que le Tathâgata est respecté,
vénéré,
estimé, adoré, et honoré au plus haut
degré.
En conséquence, Ananda, c'est ainsi que vous devriez vous
entraîner: 'Nous demeurerons dans le Dhamma, vivrons
droitement
dans le Dhamma, marcherons dans la voie du Dhamma.'"
le chagrin des dieux
7.
A ce moment le Vénérable Upavana se tenait devant
le
Béni du Ciel, en train de l'éventer. Et le
Béni
du Ciel le réprimanda, en disant: "Mets-toi de
côté,
bhikkhu, ne te tiens pas devant moi."
8.
Et au Vénérable Ananda vint la pensée:
"Ce
Vénérable Upavana est au service du
Béni du Ciel
depuis longtemps, associé de près avec lui et le
servant. Et pourtant maintenant, tout à la fin, le
Béni
du Ciel le réprimande. Quelle pourrait donc être
la
raison, que pourrait-être la cause de ce que le
Béni du
Ciel réprimande le Vénérable Upavana,
en disant:
'Mets-toi de côté, bhikkhu, ne te tiens pas devant
moi'?"
9-10.
Et le Vénérable Ananda dit sa pensée
au Béni
du Ciel. Le Béni du Ciel dit: "A travers le
décuple
système cosmique, Ananda, il n'y a presqu'aucun des devas
qui
ne soit venu se rassembler pour voir le Tathâgata. Car sur
douze yojanas de distance tout autour du Bosquet de Salas des Mallas
aux environs de Kusinara il n'y a pas un seul endroit qu'on pourrait
piquer avec le bout d'un cheveu qui ne soit rempli de puissants
devas. Et ces devas, Ananda, se plaignent: 'De loin sommes nous venus
pour voir le Tathâgata. Car rare dans le monde est
l'apparition
de Tathagatas, d'Arahats, de Pleinement Éveillés.
Et en
ce jour, au cours de la dernière veille de la nuit, le
Parinibbâna du Tathâgata surviendra. Mais ce
bhikkhu de
grand pouvoirs s'est placé juste en face du Béni
du
Ciel, le cachant, de sorte que maintenant, à la toute fin,
sommes empêchés du regarder.' Ainsi, Ananda, se
plaignent les devas."
11.
"De quelles sortes de devas, Seigneur, le Béni du Ciel
est-il conscient?"
12-13.
"Il y a des devas, Ananda, dans l'espace et sur terre, qui ont
une mentalité terrienne; échevelés ils
pleurent,
les bras au ciel ils pleurent; se jetant par terre, ils se roulent
d'un côté à l'autre, en geignant: 'Le
Béni
du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! Le Béni
du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! Trop
tôt va disparaître l'Oeil du Monde, hors de vue!'
14.
"Mais ceux des devas qui sont libérés de passion,
attentifs et comprenant, réfléchissent de cette
façon:
'Impermanentes sont toutes choses composées. Comment
pourrait-il en être autrement? "
Ananda
15.
"Auparavant, Seigneur, en quittant leurs quartiers après
les pluies, les bhikkhus demandaient à voir le
Tathâgata,
et nous avions le gain et le bénéfice de recevoir
et de
nous associer avec ces très révérends
bhikkhus
qui venaient demander audience au Béni du Ciel et venaient
le
servir. Mais, Seigneur, après le départ du
Béni
du Ciel, nous n'aurons plus ce gain et ce
bénéfice."
Quatre
lieux de pélerinage
16.
"Il y a quatre endroits, Ananda, qu'une personne pieuse devrait
visiter et considérer avec des sentiments de
révérence.[42]
Que sont ces quatre?
17.
"'Ici est né le Tathâgata!'[43] Ceci, Ananda, est
un lieu qu'une personne pieuse devrait visiter et considérer
avec des sentiments de révérence.
18.
"'Ici le Tathâgata s'est pleinement
éveillé
dans l'Éveil suprême et
insurpassé!'[44] Ceci,
Ananda, est un lieu qu'une personne pieuse devrait visiter et
considérer avec des sentiments de
révérence.
19.
"'Ici le Tathâgata a mis en route la Roue du Dhamma sans
pareille!'[45] Ceci, Ananda, est un lieu qu'une personne pieuse
devrait visiter et considérer avec des sentiments de
révérence.
20.
"'Ici le Tathâgata est passé dans
l'état de
Nibbana dans lequel ne demeure aucun élément
d'attachement!' Ceci, Ananda, est un lieu qu'une personne pieuse
devrait visiter et considérer avec des sentiments de
révérence.
21.
"Ce sont là, Ananda, les quatre endroits qu'une personne
pieuse devrait visiter et considérer avec des sentiments de
révérence. Et en vérité,
viendront à
ces endroits, Ananda, de pieux bhikkhus et bhikkhunis, laïcs
et
laïques, en se disant que: 'Ici est né le
Tathâgata!
Ici le Tathâgata s'est pleinement
éveillé dans
l'Éveil suprême et insurpassé! Ici le
Tathâgata
a mis en route la Roue du Dhamma sans pareille ! Ici le
Tathâgata
est passé dans l'état de Nibbana dans lequel ne
demeure
aucun élément d'attachement !'
22.
"Et quiconque, Ananda, devrait mourir en un tel pélerinage
avec son coeur établi dans la foi, à la
dissolution du
corps, après la mort, renaîtra dans un domaine de
bonheur céleste."
23.
Alors le Vénérable Ananda dit au Béni
du Ciel:
"Comment, Seigneur, devrions-nous nous comporter envers les
femmes?" "Ne les voyez pas, Ananda." "Mais,
Seigneur, si nous les voyions?" "Ne leur parle pas,
Ananda.""Mais, Seigneur, si elles devaient nous parler?"
"Alors, Ananda, il vous faudra établir l'attention."
24.
Alors le Vénérable Ananda dit: "Comment
devrions-nous agir, Seigneur, pour respecter le corps du
Tathâgata?"
"Ne
vous embarassez pas, Ananda, à honorer le corps du
Tathâgata.
Au contraire, efforcez-vous, Ananda, et soyez
zélés
pour vous mêmes,[46] pour votre propre bien. Sans flancher,
ardemment, et résolument appliquez-vous à votre
propre
bien. Car il y a, Ananda, de sages nobles, de sages brahmanes, et de
sages maîtres de maison qui sont
dévoués au
Tathâgata, et ce sont eux qui vont rendre les honneurs au
corps
du Tathâgata."
25.
Alors le Vénérable Ananda dit: "Mais comment,
Seigneur, devraient-ils agir pour respecter le corps du
Tathâgata?"
"De la même manière, Ananda, que pour le corps
d'un
monarque universel."[47] "Mais comment, Seigneur, font-ils
pour respecter le corps d'un monarque universel?"
26.
"Le corps d'un monarque universel, Ananda, est d'abord
enveloppé
dans du lin neuf, et ensuite dans du coton peigné, et ce
à
concurrence de cinq cent couches de lin et cinq cent de coton.
Lorsque c'est fait, le corps du monarque universel est placé
dans un récipient à huile en fer[48], qui est
enclos
dans un autre récipient en fer, on construit un
bûcher
funéraire de toutes sortes de bois aromatiques, et on
brûle
ainsi le corps du monarque universel; et à un carrefour on
élève un stupa pour le monarque universel. C'est
ainsi
qu'on fait, Ananda, avec le corps d'un monarque universel. Et donc,
Ananda, ainsi qu'il est fait avec le corps d'un monarque universel,
ainsi doit-on faire avec le corps du Tathâgata; et
à un
carrefour également devrait-on élever un stupa
pour le
Tathâgata. Et quiconque apportera à cet endroit
des
guirlandes ou de l'encens ou de la pâte de bois de santal, ou
fera des révérences, et dont l'esprit deviendra
calme à
cet endroit -- ce sera pour son bien-être et son bonheur pour
longtemps.
27.
"Il y a quatre personnes, Ananda, qui sont dignes d'un stupa.
Qui sont ces quatre? Un Tathâgata, un Arahat, un Etre
pleinement éveillé sont dignes d'un stupa; l'est
également un Paccekabuddha,[49] et un disciple d'un
Tathâgata,
ainsi qu'un monarque universel.
28-31.
"Et pourquoi, Ananda, un Tathâgata, un Arahat, un Etre
Pleinement Eveillé sont-ils dignes d'un stupa? C'est parce
que, Ananda, à la pensée: 'Ceci est le stupa de
ce Béni
du Ciel, de cet Arahat, de cet Etre Pleinement Eveillé!' les
coeurs de nombreuses personnes vont être calmés et
rendus heureux; et ainsi calmés et avec leurs esprits ainsi
établis dans la foi, à la dissolution du corps,
après
la mort, ils vont renaître dans un domaine de bonheur
céleste.
Et de même aussi à la pensée: 'Ceci est
le stupa
de ce Paccekabuddha!' ou 'Ceci est le stupa d'un disciple de ce
Tathâgata, Arahat, Etre Pleinement Eveillé!' ou
'Ceci
est le stupa de ce juste monarque qui régna selon le
Dhamma!'
-- les coeurs de nombreuses personnes seront calmés et
rendus
heureux; et ainsi calmés et avec leurs esprits ainsi
établis
dans la foi, à la dissolution du corps, après la
mort,
ils vont renaître dans un domaine de bonheur
céleste. Et
c'est à cause de cela, Ananda, que ces quatre personnes sont
dignes d'un stupa."
Le
chagrin d'Ananda
32.
Alors le Vénérable Ananda partit dans le
vihara[50] et
s'appuya contre l'encadrement de la porte et pleura: "Je ne suis
encore qu'un apprenti,[51] et je dois encore m'efforcer pour ma
propre perfection. Mais, hélas, mon Maître, qui
était
si compatissant envers moi, est sur le point de
décéder!"
33.
Et le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant:
"Où,
bhikkhus, est Ananda?" "Le Vénérable Ananda,
Seigneur, est allé dans le vihara et il est là,
appuyé
contre l'encadrement de la porte à pleurer: 'Je ne suis
encore
qu'un apprenti, et je dois encore m'efforcer pour ma propre
perfection. Mais, hélas, mon Maître, qui
était si
compatissant envers moi, est sur le point de
décéder!'"
34.
Alors le Béni du Ciel demanda à un certain
bhikkhu à
lui amener le Vénérable Ananda, en disant: "Va,
bhikkhu, et dis à Ananda, 'Ami Ananda, le Maître
t'appelle.'" "Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et ce
bhikkhu partit et s'adressa au Vénérable Ananda
comme
le Béni du Ciel le lui avait demandé. Et le
Vénérable
Ananda alla trouver le Béni du Ciel, s'inclina vers lui, et
s'assit d'un côté.
35.
Alors le Béni du Ciel s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Cela suffit, Ananda! Ne te chagrine pas, ne
te plains pas! Car n'ai-je pas enseigné dès le
tout
début qu'avec tout ce qui est cher et bien-aimé,
il y
un nécessairement changement, séparation et
rupture? De
ce qui est né, qui est venu à être, a
été
composé, et qui est sujet à
flétrissure, comment
peut-on dire: 'Puisse cela ne jamais en venir à
dissolution!'?
Il ne peut y avoir un tel état de choses. Or depuis
longtemps,
Ananda, tu as servi le Tathâgata avec amour et
bonté en
actes, en paroles et en pensées, gracieusement, gentiment,
de
tout ton coeur et sans mesure. Un grand bien tu as
rassemblé,
Ananda! Maintenant, il te faut faire preuve d'énergie, et
bientôt, toi aussi tu seras livre de pollutions."[52]
Louange
d'Ananda
36.
Alors le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant:
"Bhikkhus, les Bénis du Ciel, les Arahats, les Pleinement
Éveillés des temps passés avaient eux
aussi
d'excellents et dévoués bhikkhus à
leur service,
comme c'est mon cas avec Ananda. Et il en ira de même,
bhikkhus, des Bénis du Ciel, des Arahats, des Pleinement
Éveillés des temps à venir.
37.
"Capable et judicieux est Ananda, bhikkhus, car il sait quel est
le bon moment pour les audiences des bhikkhus avec le
Tathâgata,
et le bon moment pour les bhikkhunis, le bon moment pour les
laïcs
et les laïques; le bon moment pour les rois et les ministres
d'état; le bon moment pour les enseignants d'autres
écoles
et leurs disciples.
38.
"Chez Ananda, bhikkhus, on trouve quatre qualités rares
et superlatives. Que sont ces quatre? Si, bhikkhus, une compagnie de
bhikkhus va trouver Ananda, ils se réjouissent au voir; et
s'il leur parle ensuite du Dhamma, ils sont réjouis par ses
propos; et quand il se tait, ils sont déçus. Donc
il en
va de même quand bhikkhunis, laïcs, ou
laïques vont
trouver Ananda: ils se réjouissent au voir; et s'il leur
parle
ensuite du Dhamma, ils sont réjouis par ses propos; et quand
il se tait, ils sont déçus.
39.
"Chez un monarque universel, bhikkhus, on trouve quatre
qualités
rares et superlatives. Que sont ces quatre? Si, bhikkhus, une
compagnie de nobles va trouver le monarque universel, ils se
réjouissent au voir; et si ensuite il parle, ils sont
réjouis
par son discours; et quand il se tait, ils sont
déçus.
Donc il en va de même quand une compagnie de brahmanes, de
maîtres de maison, ou d'ascètes va voir un
monarque
universel.
40.
"Et exactement de la même manière, bhikkhus, chez
Ananda on trouve ces quatre rares et superlatives qualités."
la gloire passée
de Kusinara
41.
Lorsque ceci eut été dit, le
Vénérable
Ananda s'adressa au Béni du Ciel, en disant: "Ne
permettez pas, Seigneur, que le Béni du Ciel
décède
dans ce méchant endroit, cette bourgade du milieu de la
jungle, loin de la civilisation, simple poste avancé de
province. Il y a de grandes cités, Seigneur, comme Campa,
Rajagaha, Savatthi, Saketa, Kosambi, et Bénarès
-- que
le Béni du Ciel ait son décès final
dans une
d'elles. Car dans ces cités habitent de nombreux riches
nobles, brahmanes et maîtres de maison qui sont
dévots
du Tathâgata, et ils rendront les honneurs qu'ils
méritent
aux reliques du Tathâgata."
42.
"Ne dis pas ça, Ananda! Ne dis pas: 'Ce méchant
endroit, cette bourgade du milieu de la jungle, loin de la
civilisation, simple poste avancé de province.' Il y a
longtemps, Ananda, il y eut un roi du nom de Maha Sudassana, qui
était un monarque universel, un roi de justice, un
conquérant
des quatre quartiers de la terre, dont le domaine était
établi
dans la sécurité, et qui était
doté des
sept joyaux.[53] Et ce roi Maha Sudassana, Ananda, avait sa
résidence
royale ici à Kusinara, qui s'appelait alors Kusavati, et
elle
s'étendait sur douze yojanas de l'est à l'ouest,
et sur
sept du nord au sud.
43.
"Et puissante, Ananda, était Kusavati, la capitale,
prospère et bien peuplée, très
fréquentée
par les gens, et abondamment fournie en nourriture. Tout comme la
résidence royale des devas, Alakamanda, est puissante,
prospère, et bien peuplée, largement
fréquentée
par les devas et abondamment fournie en nourriture, ainsi
était
la capitale royale de Kusavati.
44.
"Kusavati, Ananda, résonnait sans cesse jour et nuit de
dix sons -- le barrissement des éléphants, le
hennissement des chevaux, le grondement des chariots, les battements
des tambours et des timbales, de la musique et des chants, des
acclamations, des battements de mains, et des cris de 'Mangez, buvez,
et soyez gais!'
lamentations des Mallas
45.
"Va maintenant, Ananda, à Kusinara et annonce aux Mallas:
'Aujourd'hui, Vasetthas, au cours de la dernière veille de
la
nuit, le Parinibbâna du Tathâgata va avoir lieu.
Approchez-vous, O Vasetthas, venez tout près! Ne faites pas
en
sorte d'avoir plus tard des remords à la pensée:
"C'est
dans notre bourgade qu'a eu lieu le Parinibbâna du
Tathâgata,
mais nous n'avons pas été le voir à la
fin!"'-"Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et le
Vénérable Ananda se prépara, et
prenant son bol
et sa robe, partit avec un compagnon à Kusinara.
46.
Or en ce temps-là les Mallas s'étaient
rassemblés
dans la salle du conseil pour quelque affaire publique. Et le
Vénérable Ananda s'approcha d'eux et
annonça:
"Aujourd'hui, Vasetthas, au cours de la dernière veille
de la nuit, le Parinibbâna du Tathâgata va avoir
lieu.
Approchez-vous, Vasetthas, venez tout près! Ne faites pas en
sorte d'avoir plus tard des remords à la pensée:
'C'est
dans notre bourgade qu'a eu lieu le Parinibbâna du
Tathâgata,
mais nous n'avons pas été le voir à la
fin.'"
47.
Quand ils entendirent le Vénérable Ananda
prononcer ces
paroles, les Mallas avec leurs fils, leurs femmes, et les
épouses
de leurs fils, furent profondément touchés,
touchés
jusqu'au coeur et affligés; et certains, avec leurs cheveux
tout ébouriffés, les bras levés au
ciel de
désespoir, pleurèrent; se jetant par terre, ils
se
roulaient d'un côté à l'autre, en
geignant: "Le
Béni du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna!
Le Béni du Ciel arrive trop tôt à son
Parinibbâna! L'Oeil du Monde va trop tôt
disparaître"
48.
Et ainsi affligés et remplis de chagrin, les Mallas, avec
leurs fils, leurs épouses, et les épouses de
leurs
fils, partirent pour le Bosquet de Salas, le parc de détente
des Mallas, à l'endroit où le
Vénérable
Ananda se trouvait.
49.
Et la pensée vint au Vénérable Ananda:
"Si
je dois laisser les Mallas de Kusinara faire des
révérences
au Béni du Ciel un par un, la nuit aura laissé
place à
l'aube avant qu'ils se soient tous présentés
à
lui. En conséquence je vais les répartir par
clans,
chaque famille dans un groupe, et les présenter ainsi au
Béni
du Ciel: 'Le Malla de tel ou tel nom, Seigneur, avec ses
épouses
et enfants, ses serviteurs et ses amis, rend hommage aux pieds du
Béni du Ciel.'"
50.
Et le Vénérable Ananda répartit les
Mallas par
clans, chaque famille dans un groupe, et les présenta au
Béni
du Ciel. C'est ainsi que le Vénérable Ananda fit
que
les Mallas de Kusinara fussent présentés au
Béni
du Ciel par clans, chaque famille dans un groupe, jusqu'au cours de
la première veille de la nuit
un dernier disciple
51.
Or en ce temps-là un ascète errant
nommé
Subhadda habitait à Kusinara. Et Subhadda
l'ascète
errant entendit dire: "Aujourd'hui dans la troisième
veille de la nuit, le Parinibbâna de l'ascète
Gotama va
avoir lieu."
52.
Et la pensée surgit en lui: "Je l'ai entendu dire par de
vieux et vénérables ascètes errants,
maîtres
d'enseignants, que l'apparition de Tathagatas, d'Arahats, Pleinement
Éveillés, est rare dans le monde. Et pourtant en
ce
jour même, au cours de la dernière veille de la
nuit, le
Parinibbâna de l'ascète Gotama va avoir lieu. Or
il me
vient là un doute; mais j'ai tellement foi en
l'ascète
Gotama, qu'il pourrait m'enseigner le Dhamma en sorte de m'enlever ce
doute."
53.
Alors l'ascète errant Subhadda partit au Bosquet de Salas,
le
parc de détente des Mallas, et s'approcha du
Vénérable
Ananda, et dit au Vénérable Ananda sa
pensée. Et
il s'adressa au Vénérable Ananda, en disant: "Ami
Ananda, il serait bon qu'on me permette d'être admis en
présence de l'ascète Gotama."
54.
Mais le Vénérable Ananda lui répondit,
en
disant: "Suffit, ami Subhadda! Ne trouble pas le Tathâgata.
Le Béni du Ciel est fatigué."
55-56.
Et pourtant une seconde et troisième fois
l'ascète
errant Subhadda fit sa requête, et une seconde et
troisième
fois le Vénérable Ananda lui refusa.
57.
Et le Béni du Ciel entendit la discussion entre eux, et il
appela le Vénérable Ananda et dit:
"Arrête,
Ananda! Ne refuse pas Subhadda. Ananda, admets Subhadda en
présence
du Tathâgata. Car quoiqu'il me demande, il le demandera aux
fins de la connaissance, et ce ne sera donc pas une offense. Et la
réponse que je lui donnerai, il la comprendra facilement."
58.
Là-dessus le Vénérable Ananda dit
à
l'ascète errant Subhadda: "Va, dans ce cas, ami Subhadda,
le Béni du Ciel t'en donne la permission."
59.
Alors l'ascète errant Subhadda s'approcha du Béni
du
Ciel et le salua avec courtoisie. Et après avoir
échangé
avec lui d'agréables et civiles salutations,
l'ascète
errant Subhadda s'assit d'un côté et s'adressa au
Béni
du Ciel, en disant: "Il y a, Vénérable Gotama,
des
ascètes et des brahmanes qui sont chefs de grandes
compagnies
de disciples, qui ont d'énormes suites, qui sont chefs
d'écoles, bien connues et renommées, et tenus en
haute
estime par la multitude, des maîtres comme Purana Kassapa,
Makkhali Gosala, Ajita Kesakambali, Pakudha Kaccayana,
Sañjaya
Belatthiputta, Nigantha Nataputta. Ont-ils tous atteint la
réalisation, ainsi que chacun d'eux voudrait le faire
croire,
ou aucun d'entre eux, ou est-ce que certains l'ont atteint et
d'autres pas?"
60
"Suffit, Subhadda! Laisse les faire, qu'ils aient tous atteint
la réalisation, ainsi que chacun d'eux voudrait le faire
croire, ou qu'aucun d'entre eux, ou que certains l'aient atteint et
d'autres pas. Je vais t'enseigner le Dhamma, Subhadda;
écoute
et sois bien attentif, et je vais parler." "Qu'il en soit
ainsi, Seigneur."
Le
rugissement du Lion
61.
Et le Béni du Ciel prit la parole, en disant: "Dans tout
Dhamma et Discipline, Subhadda, où on ne trouve pas le Noble
Octuple Sentier, on ne trouvera pas de véritable
ascète
du premier, second, troisième, ou quatrième
degrés
de sainteté. Mais dans tout Dhamma et Discipline
où on
trouve le Noble Octuple Sentier, on trouve là un
véritable
ascète du premier, second, troisième, et
quatrième
degrés de sainteté.[54] Or dans ce Dhamma et
Discipline, Subhadda, on trouve le Noble Octuple Sentier; et en lui
seul trouve-t-on aussi de véritables ascètes du
premier, second, troisième, et quatrième
degrés
de sainteté. Dépourvus de véritables
ascètes
sont les systèmes des autres maîtres. Mais si,
Subhadda,
les bhikkhus vivent justement, le monde ne sera pas dépourvu
d'arahats.
62.
"En âge je n'avais que vingt-neuf ans, Subhadda,
Lorsque
je renonçai au monde pour chercher le Bien;
Cinquante-et-un
ans ont passé depuis lors, Subhadda,
Et
pendant tout ce temps un voyageur j'ai été
Dans
le domaine de la vertu et de la vérité,
Et
sauf là-dedans, il n'est pas de saint (du premier
degré).
"Et
il n'y en a aucun du second degré, ni du
troisième
degré, ni du quatrième degré de
sainteté.
Dépourvus de véritables ascètes sont
les
systèmes des autres maîtres. Mais si, Subhadda,
les
bhikkhus vivent justement, le monde ne sera pas dépourvu
d'arahats."
63.
Lorsque ceci fut dit, l'ascète errant Subhadda s'adressa au
Béni du Ciel, en disant: "Excellent, ô seigneur,
vraiment excellent, ô seigneur! C'est comme si, Seigneur, on
avait redressé ce qui avait été
renversé,
ou qu'on révélait ce qui avait
été caché,
ou qu'on montrait le chemin à qui s'était
égaré,
ou qu'on allumait une lampe dans l'obscurité de sorte que
ceux
qui ont des yeux puissent voir -- même ainsi, le
Béni du
Ciel a prononcé le Dhamma de plusieurs façons. Et
c'est
pourquoi, ô seigneur, je prend refuge dans le Béni
du
Ciel, le Dhamma, et la Communauté des Bhikkhus.
Puissé-je
recevoir du Béni du Ciel l'admission dans l'Ordre et
également
l'ordination supérieure."
64.
"Quiconque, Subhadda, ayant été auparavant un
disciple d'une autre croyance, souhaite recevoir admission et
ordination supérieure dans ce Dhamma et Discipline, reste en
probation pour une période de quatre mois. A la fin de ces
quatre mois, si les bhikkhus en sont satisfaits, ils lui
concèdent
l'admission et l'ordination supérieure en tant que bhikkhu.
Et
pourtant dans cette affaire, je reconnais des différences de
personnalités."
65.
"Si, ô seigneur, quiconque, ayant été
auparavant un disciple d'une autre croyance, souhaite recevoir
admission et ordination supérieure dans ce Dhamma et
Discipline, reste en probation pour une période de quatre
mois, et qu'à la fin de ces quatre mois, si les bhikkhus en
sont satisfaits, ils lui concèdent l'admission et
l'ordination
supérieure en tant que bhikkhu -- alors je resterai en
probation pour une période de quatre années. Et
à
la fin de ces quatre années, si les bhikkhus sont satisfaits
de moi, alors qu'ils me concèdent l'admission et
l'ordination
supérieure en tant que bhikkhu."
66.
Mais le Béni du Ciel appela le
Vénérable Ananda
et lui dit: "Ananda, qu'il soit accordé à
Subhadda
l'admission dans l'ordre." Et le Vénérable Ananda
répliqua: "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
67.
Alors l'ascète errant Subhadda dit au
Vénérable
Ananda: "C'est un gain pour toi, ami Ananda, c'est une
bénédiction, qu'en présence du
Maître
lui-même tu aies reçu l'aspersion de l'ordination
en
tant que disciple."
68.
Donc il se produisit qu'à l'ascète errant
Subhadda, en
présence du Béni du Ciel, fut donné
l'admission
et l'ordination supérieure. Et à partir du moment
de
son ordination, le Vénérable Subhadda demeura
seul,
reclus, attentif, ardent, et résolu. Et avant longtemps, il
atteint au but pour lequel un homme digne quitte le domicile pour le
sans-domicile-fixe, le but suprême de la vie sainte; et
l'ayant
par lui-même réalisé avec la
connaissance
supérieure, il y demeura. Il sut que: "Détruite
est la naissance; la vie supérieure est accomplie; il ne
reste
plus rien à faire, et au-delà de cette vie plus
rien ne
reste." Et le Vénérable Subhadda devint encore un
autre parmi les arahats, et il fut le dernier disciple converti par
le Béni du Ciel lui-même.

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