le voyage à Vesali
les quatre Nobles
Vérités
1.
Alors le Béni du Ciel s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Allons, Ananda, allons à Kotigama."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et le Béni du Ciel
prit ses quartiers à Kotigama de même qu'une
grande
communauté de bhikkhus.
2.
Et le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant:
"Bhikkhus, c'est par défaut de réalisation, par
défaut de pénétration des Quatre
Nobles Vérités
que vous et moi avons subi et sommes entrés dans cette
longue
course de la naissance et de la mort.
Que
sont ces quatre?
Ce
sont la noble vérité de la souffrance;
la
noble vérité de l'origine de la souffrance;
la
noble vérité de la cessation de la souffrance;
et
la noble vérité du chemin de la cessation de la
souffrance.
Mais
maintenant, bhikkhus, que ces vérités ont
été
réalisées et
pénétrées, tranché
est le désir insatiable pour l'existence, détruit
est
ce qui mène au renouvellement du devenir, et il n'y a plus
de
nouveau devenir."
3.
Ainsi fut dit par le Béni du Ciel. Et le Béni du
Ciel,
le Maître, dit encore:
"De
n'avoir pas vu les Quatre Nobles Vérités,
Long
fut le dur chemin de naissance à naissance.
Dès
qu'on les connaît, saute la cause de la renaissance,
Arrachée
la racine du chagrin; alors prend fin la renaissance."
4.
Et à Kotigama aussi le Béni du Ciel donnait
souvent
ainsi conseil aux bhikkhus: "Telle et telle est la vertu; telle
et telle est la concentration; et telle et telle est la sagesse.
Grand devient le fruit, grand est le gain de la concentration
lorsqu'elle est pleinement développée par la
conduite
vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain de la sagesse
lorsqu'elle est pleinement développée par la
concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions de la luxure, du devenir, et de l'ignorance.."
5.
Lorsque le Béni du Ciel eut resté à
Kotigama
aussi longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Allons, Ananda, allons à Nadika."
"Qu'il
en soit ainsi, Seigneur." Et le Béni du Ciel prit ses
quartiers à Nadika de même qu'une grande
communauté
de bhikkhus, demeurant dans la Maison de Briques.
les quatre
réussites spécifiques
6.
Alors le Vénérable Ananda s'approcha du
Béni du
Ciel et, après l'avoir salué respectueusement,
s'assit
d'un côté. Et il dit au Béni du Ciel:
"Ici à
Nadika, Seigneur, sont décédés le
bhikkhu Salha
et la bhikkhuni Nanda. De même sont
décédés
le laïc Sudatta et la laïque Sujata; de
même les
laïcs Kakudha, Kalinga, Nikata, Katissabha, Tuttha, Santuttha,
Bhadda, et Subhadda. Quel est leur destin, Seigneur? Quel est leur
futur état?"
7.
"Le bhikkhu Salha, Ananda, grâce à la destruction
des pollutions a atteint en cette vie-même à la
délivrance sans tache de l'esprit et à la
délivrance
grâce à la sagesse, l'ayant connu directement et
l'ayant
réalisé par lui-même. [17]
"La
bhikkhuni Nanda, Ananda, grâce à la destruction
des cinq
chaînes inférieures (qui lient les êtres
au monde
des sens), est montée spontanément (dans le
Suddhavasa
des devas) et arrivera à la cessation finale dans en cet
endroit-même, non susceptible de revenir de ce monde
(anagami).
"Le
laïc Sudatta, Ananda, grâce à la
destruction des
trois chaînes (l'auto-persuasion, le doute, et la foi dans
l'efficacité des rituels et des observances), et
l'amoindrissement de la luxure, de la haine, et de l'illusion, est
devenu un ne-revient-qu'une-fois (sakadagami) et il est en mesure de
mettre fin à la souffrance après n'être
revenu
qu'une fois de plus à ce monde.
"La
laïque Sujata, Ananda, grâce à la
destruction des
trois chaînes, est devenue une
entrée-dans-le-courant
(sotapanna), et ne risque plus de tomber dans les états de
misère, assurée qu'elle est, et partie pour
l'Éveil.
"Le
laïc Kakudha, Ananda, grâce à la
destruction des
cinq chaînes inférieures (qui lient les
êtres au
monde des sens), est monté spontanément (parmi
les
Suddhavasa des devas), et arrivera à la cessation finale en
cet endroit-même, non susceptible de revenir de ce monde.
"Il
est ainsi de Kalinga, Nikata, Katissabha, Tuttha, Santuttha, Bhadda,
et Subhadda, et de plus de cinquante laïcs à
Nadika. Plus
de quatre-vingt-dix laïcs qui sont
décédés
à Nadika, Ananda, grâce à la
destruction des
trois chaînes, et l'amoindrissement de la luxure, de la
haine,
et de l'illusion, sont devenus des ne-revient-qu'une-fois et sont en
mesure de mettre fin à la souffrance après
n'être
revenus qu'une fois de plus à ce monde.
"Plus
de cinq cent laïcs qui sont
décédés à
Nadika, Ananda, grâce à la complète
destruction
des trois chaînes sont devenus des
entrés-dans-le-courant,
et ne risquent plus de tomber dans les états de
misère,
assurés qu'ils sont, et partis pour l'Éveil.
le Miroir du Dhamma
8.
"Mais en vérité, Ananda, il n'est en rien
étrange
que les êtres humains doivent mourir. Mais si tu dois venir
trouver le Tathâgata à chaque fois que cela se
produit
et l'interroger à leur propos de la sorte, cela le
dérangerait
effectivement. En conséquence, Ananda, je vais te donner
l'enseignement appelé le Miroir du Dhamma, dont le noble
disciple lorsqu'il le possède, et s'il devait en avoir
l'envie, peut déclarer de lui-même: 'Il n'y a plus
de
renaissance pour moi en enfer, ni en tant qu'animal ou que
fantôme,
ni dans aucun domaine de malheur. Je suis en
entré-dans-le-courant,
ne risquant plus de tomber dans les états de
misère,
assuré que je suis et parti pour l'Éveil.'"
9.
"Et quel est, ô Ananda, cet enseignement appelé le
Miroir du Dhamma, en possession dont le noble disciple peut ainsi se
déclarer?
"En
ce cas, Ananda, le noble disciple possède une foi
inébranlable
dans le Bouddha de cette manière: 'Le Béni du
Ciel est
un Arahat, un Pleinement Eveillé, parfait en connaissance et
en conduite, le Bienheureux, le connaisseur du monde, le
suprême
entraîneur des êtres, l'enseignant des dieux et des
hommes, l'Éveillé, le Béni du Ciel.'
"Il
possède une foi inébranlable dans le Dhamma de
cette
manière: 'Bien exposé par le Béni du
Ciel est le
Dhamma, évident, hors du temps, [18] il invite à
l'examen, il conduit à l'émancipation, pour que
les
sages le comprennent, chacun pour lui-même.'
"Il
possède une foi inébranlable dans l'Ordre des
Disciples
du Béni du Ciel de cette manière: 'Bien portant
est
l'Ordre des Disciples du Béni du Ciel, correctement,
sagement,
et selon le devoir: c'est à dire, les quatre paires des
hommes, les huit classes de personnes. L'Ordre des Disciples du
Béni
du Ciel est digne d'honneur, d'hospitalité, d'offrandes, de
vénération -- le champ suprême d'actes
méritoires
dans le monde.'
"Et
il possède des vertus qui sont chères aux
Personnes
Nobles, qui sont complètes et parfaites, sans tache et
pures,
qui sont libératoires, louées par les sages,
non-influencées (par des préoccupations
mondaines), et
favorable à la concentration de l'esprit.
10.
"Ceci, Ananda, est l'enseignement appelé le Miroir du
Dhamma, par où le noble disciple peut ainsi savoir de
lui-même: 'Il n'y aura plus pour moi de renaissance en enfer,
ni en tant qu'animal ou que fantôme, ni dans aucun domaine de
malheur. Je suis un entré-dans-le-courant, qui ne risque
plus
de tomber dans les états de misère,
assuré que
je suis et parti pour l'Éveil.'"
11.
Et à Nadika aussi, dans la Maison de Briques, le
Béni
du Ciel souvent donnait conseil aux bhikkhus ainsi: "Telle et
telle est la vertu; telle et telle est la concentration; et telle et
telle est la sagesse. Grand devient le fruit, grand est le gain de la
concentration lorsqu'elle est pleinement
développée par
la conduite vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain de
la sagesse lorsqu'elle est pleinement développée
par la
concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions de la luxure, du devenir, et de l'ignorance.."
12.
Lorsque le Béni du Ciel eut resté à
Nadika aussi
longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa au
Vénérable
Ananda, en disant: "Allons, Ananda, allons à Vesali."
"Qu'il
en soit ainsi, ô seigneur." Et le Béni du Ciel
prit
ses quartiers dans Vesali de même qu'une grande
communauté
des bhikkhus, et il demeura dans le bosquet d'Ambapali.
attention et claire
compréhension
13.
Alors le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en disant: "Il
faudrait que vous demeuriez attentifs, bhikkhus, en état de
comprendre clairement; je vous y exhorte.
14.
"Et comment, bhikkhus, un bhikkhu se montre-t-il attentif?
Lorsqu'il demeure dans la contemplation du corps dans le corps,
sincèrement, en état de comprendre clairement, et
attentif, après avoir surmonté le
désir et le
chagrin par rapport au monde; et quand il demeure dans la
contemplation des sensations dans les sensations, de l'esprit dans
l'esprit, des objets mentaux dans les objets mentaux,
sincèrement,
en état de comprendre clairement, et attentif,
après
avoir surmonté le désir et le chagrin par rapport
au
monde, alors dit-on de lui qu'il est attentif.
15.
"Et comment, bhikkhus, un bhikkhu a-t-il une claire
compréhension? Lorsqu'il reste pleinement conscient de ses
allées et venues, de ses actions de regarder devant lui ou
de
détourner le regard, de se plier ou de s'étirer,
de
porter sa robe et son bol, de manger ou de boire, de mastiquer et de
savourer, de déféquer et d'uriner, de marcher, de
rester debout, d'être assis ou couché, d'aller
dormir ou
de rester éveillé, de parler ou de garder le
silence,
alors dit-on de lui qu'il a une claire compréhension.
"Il
faudrait que vous demeuriez attentifs, bhikkhus, en état de
comprendre clairement; je vous y exhorte."
Ambapali et les Licchavis
16.
Alors Ambapali la courtisane vint à savoir: "Le
Béni
du Ciel, dit-on, est arrivé à Vesali et demeure
maintenant dans mon bosquet de manguiers." Et elle ordonna de
préparer un grand nombre de magnifiques voitures, monta dans
l'une d'elles, et accompagnée par le reste, sortit de Vesali
vers son parc. Elle alla en voiture aussi loin que celle-ci put
aller, avant de descendre; et s'approchant du Béni du Ciel
à
pied, elle le salua respectueusement et s'assit d'un
côté.
Et le Béni du Ciel instruisit Ambapali la courtisane dans le
Dhamma et la stimula, l'édifia, et la réjouit.
17.
Après cela Ambapali la courtisane s'adressa au
Béni du
Ciel, en disant: "Puisse le Béni du Ciel, ô
seigneur, avoir la bonté d'accepter mon invitation pour le
repas de demain, ensemble avec la communauté des bhikkhus."
Et par son silence le Béni du Ciel consentit.
Assurée,
dès lors, de l'assentiment du Béni du Ciel,
Ambapali la
courtisane se leva de son siège, le salua respectueusement,
et
tournant son côté droit vers lui, prit
congé.
18.
Alors les Licchavi de Vesali vinrent à savoir: "Le
Béni
du Ciel, dit-on, est arrivé à Vesali et demeure
maintenant dans le bosquet d'Ambapali." Et ils ordonnèrent
de préparer un grand nombre de magnifiques voitures, chacun
en
prit une, et accompagné par le reste, sortit de Vesali. Or,
de
ces Licchavis, certains étaient en bleu, avec des
vêtements
et des ornements tout bleus, cependant que d'autres étaient
en
jaune, rouge, et blanc.
19.
Et Ambapali la courtisane en vint donc à croiser les jeunes
Licchavis, essieu par essieu, roue par roue, et joug par joug.
Là-dessus les Licchavis s'exclamèrent: "Pourquoi
viens-tu ainsi à notre rencontre, Ambapali?" "C'est
ainsi, effectivement, mes princes, et pas autrement! Car le
Béni
du Ciel est invité par moi pour le repas de demain, ensemble
avec la communauté des bhikkhus!" "Laisse tomber le
repas, Ambapali, pour cent mille!" Mais elle répliqua:
"Même si vous deviez me donner Vesali, messeigneurs,
ensemble avec ses terres tributaires, je ne laisserais pas tomber un
repas d'une telle importance." Alors les Licchavis
claquèrent
des doigts de déplaisir: "Voyez, les amis! Nous sommes
vaincus par cette fille aux manguiers! Nous sommes
complètement
surpassés par cette fille aux manguiers!" Mais ils
continuèrent leur route jusqu'au bosquet d'Ambapali.
20.
Et le Béni du Ciel vit venir de loin les Licchavis. Alors il
s'adressa aux bhikkhus, en disant: "Ceux d'entre vous, bhikkhus,
qui n'ont pas encore vu les Trente-trois dieux, peuvent regarder
l'assemblée des Licchavis, et peuvent les contempler, car
ils
sont comparables à l'assemblée des Trente-trois
dieux."
21.
Alors les Licchavis allèrent en voiture aussi loin que
celles-ci purent aller, avant de descendre; et s'approchant du
Béni
du Ciel à pied, ils le saluèrent respectueusement
et
s'assit d'un côté. Le Béni du Ciel
instruisit les
Licchavis dans le Dhamma, et les stimula, les édifia, et les
réjouit.
22.
Après cela les Licchavis s'adressèrent au
Béni
du Ciel, en disant: "Puisse le Béni du Ciel, ô
seigneur, avoir la bonté d'accepter notre invitation pour le
repas de demain, ensemble avec la communauté des bhikkhus."
"L'invitation pour le repas de demain, Licchavis, je l'ai
acceptée d'Ambapali la courtisane." Alors les Licchavis
claquèrent des doigts de déplaisir: "Voyez, les
amis! Nous sommes vaincus par cette fille aux manguiers! Nous sommes
complètement surpassés par cette fille aux
manguiers!"
Et alors les Licchavis, approuvant les paroles du Béni du
Ciel
et s'en régalant, se levèrent de leurs
sièges,
le saluèrent respectueusement, et tout en gardant leur
côté
droit tourné vers lui, prirent congé.
23.
Alors, après qu'ait passé la nuit, Ambapali la
courtisane fit préparer des mets de choix, durs et tendres,
dans son parc, et l'annonça au Béni du Ciel: "Il
est temps, ô seigneur; le repas est prêt."
Là-dessus
le Béni du Ciel se prépara dans l'avant-midi, et
prenant son bol et sa robe, il partit ensemble avec la
communauté
des bhikkhus pour la demeure d'Ambapali, et là il prit le
siège préparé pour lui. Et Ambapali
elle-même
servit la communauté des bhikkhus conduite par le Bouddha,
et
les servit avec des mets de choix, durs et tendres.
24.
Et quand le Béni du Ciel eut fini son repas et eut
enlevé
sa main de son bol, Ambapali la courtisane prit un siège
bas,
et se plaçant d'un côté, s'adressa au
Béni
du Ciel, en disant: "Ce parc, ô seigneur, je l'offre la
communauté des bhikkhus conduite par le Bouddha." Et le
Béni du Ciel accepta le parc. Il instruisit alors Ambapali
dans le Dhamma, et l'ayant stimulé,
édifié, et
réjoui, il se leva de son siège et partit.
25.
Et à Vesali aussi, dans le bosquet d'Ambapali, le
Béni
du Ciel souvent donnait conseil aux bhikkhus ainsi: "Telle et
telle est la vertu; telle et telle est la concentration; et telle et
telle est la sagesse. Grand devient le fruit, grand est le gain de la
concentration lorsqu'elle est pleinement
développée par
la conduite vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain de
la sagesse lorsqu'elle est pleinement développée
par la
concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions de la luxure, du devenir, et de l'ignorance.."
26.
Lorsque le Béni du Ciel eut resté dans le bosquet
d'Ambapali aussi longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa au
Vénérable Ananda, en disant: "Allons, Ananda,
allons au village de Beluva." "Qu'il en soit ainsi,
Seigneur." Et le Béni du Ciel prit ses quartiers dans le
village de Beluva de même qu'une grande communauté
des
bhikkhus
la maladie mortelle du
Béni du Ciel
27.
A ce moment, le Béni du Ciel s'adressa aux bhikkhus, en
disant: "Allez maintenant, bhikkhus, et trouvez refuge n'importe
où dans les environs de Vesali où ou vous soyez
les
bienvenus, parmi vos connaissances et amis, et passez là la
saison des pluies. Quant à moi, je vais passer la saison des
pluies ici même, dans le village de Beluva." "Qu'il
en soit ainsi, ô seigneur," répondirent les
bhikkhus.
28.
Mais quand le Béni du Ciel fut entré dans la
saison des
pluies, surgit en lui une sévère maladie, et des
douleurs aiguës et mortelles lui vinrent. Et le
Béni du
Ciel les supporta avec attention, en état de comprendre
clairement et imperturbable.
29.
Alors il apparut au Béni du Ciel que: "Il ne serait pas
convenable que j'en arrive à mon décès
final
sans m'adresser à ceux qui m'ont servi, sans prendre
congé
de la communauté des bhikkhus. Alors il faudra donc que je
supprime cette maladie par force de volonté, que je me
résolve
à maintenir le processus de la vie, et que je survive."
30.
Et le Béni du Ciel supprima la maladie par force de
volonté,
se résolut à maintenir le processus de la vie, et
survécut. C'est ainsi que la maladie du Béni du
Ciel
fut soulagée.
31.
Et le Béni du Ciel se remit de cette maladie; et peu
après
son rétablissement il sortit de sa demeure et s'assit
à
l'ombre de l'immeuble, sur un siège
préparé pour
lui. Alors le Vénérable Ananda s'approcha du
Béni
du Ciel, le salua respectueusement, et s'assit d'un
côté,
puis il s'adressa au Béni du Ciel, en disant: "Il est
heureux pour moi, ô Seigneur, que je puisse voir le
Béni
du Ciel à l'aise à nouveau! Il est heureux pour
moi, ô
seigneur, que je puisse voir le Béni du Ciel se remettre!
Car
en vérité, Seigneur, quand j'ai vu la maladie du
Béni
du Ciel ce fut comme si mon propre corps était devenu aussi
faible qu'un ver, toute chose tout autour m'était devenue
floue, et mes sens m'ont trahi. Et pourtant, Seigneur, il me restait
encore un peu de réconfort à l'idée
que le Béni
du Ciel n'arriverait pas à son décès
final avant
d'avoir donné de dernières instructions
à propos
de la communauté des bhikkhus."
32.
Ainsi parla le Vénérable Ananda, mais le
Béni du
Ciel lui répondit en disant: "Qu'est-ce que la
communauté
des bhikkhus attend de plus de moi, Ananda? J'ai prononcé le
Dhamma sans faire de distinction de doctrine
ésotérique
et exotérique; il n'y a rien, Ananda, par rapport aux
enseignements que le Tathâgata retienne jusqu'à la
fin
du poing fermé d'un enseignant qui retient des choses
[secrètes]. Quiconque croit qu'il est celui qui doit mener
la
communauté des bhikkhus, ou que la communauté
dépend
de lui, est celui qui devrait laisser de dernières
instructions par rapport à eux. Mais, Ananda, le
Tathâgata
n'a aucune idée à l'effet que ce devrait
être lui
qui devrait mener la communauté des bhikkhus, ou que la
communauté dépendrait de lui. Quelles
instructions
devrait-il donc donner par rapport à la
communauté des
bhikkhus?
"Je
suis frêle désormais, Ananda, vieux,
âgé,
très avancé en années. Ceci est ma
quatre-vingtième année, et ma vie est
passée. De
même qu'une vieille charette, Ananda, n'est plus maintenue
ensemble qu'avec beaucoup de difficulté, de même
le
corps du Tathâgata ne continue à fonctionner
qu'avec des
soutiens. Ce n'est, Ananda, que lorsque le Tathâgata, ne
tenant
plus compte des objets extérieurs, avec la cessation de
certaines sensations, atteint et demeure dans la concentration de
l'esprit sans signes, [19] que son corps est plus confortable.
33.
"En conséquence, Ananda, soyez des îles pour
vous-mêmes, des refuges pour vous-mêmes, et ne
cherchez
aucun refuge extérieur; avec le Dhamma pour votre
île,
le Dhamma pour votre refuge, ne cherchez aucun autre refuge.
"Et
comment, Ananda, un bhikkhu est-il une île pour
lui-même,
un refuge pour lui-même, et ne cherche-t-il aucun autre
refuge;
avec le Dhamma pour son île, le Dhamma pour son refuge, ne
cherche--t-il aucun autre refuge?
34.
"Lorsqu'il demeure dans la contemplation du corps dans le corps,
sincèrement, en état de comprendre clairement, et
attentif, après avoir surmonté le
désir et le
chagrin par rapport au monde; quand il demeure dans la contemplation
des sensations dans les sensations, de l'esprit dans l'esprit, des
objets mentaux dans les objets mentaux, sincèrement, en
état
de comprendre clairement, et attentif, après avoir
surmonté
le désir et le chagrin par rapport au monde, alors, en
vérité,
il est une île pour lui-même, un refuge pour
lui-même,
ne cherchant pas de refuge extérieur; ayant le Dhamma pour
son
île, le Dhamma pour son refuge, il ne cherche aucun autre
refuge.
35.
"Ces miens bhikkhus, Ananda, qui maintenant ou après mon
départ, seront ainsi une île pour
eux-mêmes, un
refuge pour eux-mêmes, ne chercheront aucun autre refuge;
qui,
ayant le Dhamma pour leur île et refuge, ne chercheront aucun
autre refuge: ce sont eux qui deviendront les plus hauts, [20] s'ils
ont le désir d'apprendre."

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