au Maghada
1.
Ainsi l'ai-je entendu. Un jour le Béni du Ciel [1] demeurait
à
Rajagaha, sur la colline appelée Pic du Vautour. A cette
époque, le roi de Magadha, Ajatasattu, fils de la reine
Videhi, [2] voulut faire la guerre aux Vajjis. Il parla de la sorte:
"Ces Vajjis, puissants et glorieux comme ils le sont, je vais
les annihiler, je vais les faire périr, je vais
complètement
les détruire."
2.
Et Ajatasattu, le roi de Magadha, s'adressa à son premier
ministre, le brahmane Vassakara, en disant: "Allons, brahmane,
va trouver le Béni du Ciel, rends-lui hommage en mon nom
à
ses pieds, souhaite lui bonne santé, force, aisance,
vigueur,
et réconfort, et dis-lui ceci: 'O Seigneur, Ajatasattu, le
roi
de Magadha, désire faire la guerre aux Vajjis. Il a dit de
la
sorte: "Ces Vajjis, puissants et glorieux comme ils le sont, je
vais les annihiler, je vais les faire périr, je vais
complètement les détruire."' Et quoi que te
réponde le Béni du Ciel, garde-le bien
à
l'esprit et informe m'en; car les Tathagatas [3] ne parlent pas
faussement."
3.
"Très bien, sire," dit le brahmane Vassakara en
assentiment à Ajatasattu, roi de Magadha. Et il ordonna
qu'un
grand nombre de voitures magnifiques fut préparé,
en
monta un lui-même, et accompagné par le reste,
sortit de
Rajagaha en direction du Pic du Vautour. Il poursuivit aussi loin que
put aller la voiture, puis, en étant descendu de voiture, il
s'approcha du Béni du Ciel à pied.
Après avoir
échangé de courtoises salutations avec le
Béni
du Ciel, de même que bien des paroles agréables,
il
s'assit d'un côté et s'adressa comme suit au
Béni
du Ciel: "Vénérable Gotama, Ajatasattu, le roi de
Magadha, rend hommage aux pieds du Vénérable
Gotama et
lui souhaite bonne santé, force, aisance, vigueur, et
réconfort. Il désire faire la guerre aux Vajjis,
et il
s'est prononcé de la sorte: 'Ces Vajjis, puissants et
glorieux
comme ils le sont, je vais les annihiler, je vais les faire
périr,
je vais complètement les détruire.'"
condition du bien
être d'une nation
4.
A ce moment le Vénérable Ananda [4] se tenait
derrière
le Béni du Ciel, en train de l'éventer, et le
Béni
du Ciel s'adressa ainsi au Vénérable Ananda:
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis se rassemblent
fréquemment,
et est-ce que leurs rassemblement sont bien courus?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, qu'il en est ainsi."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis s'assemblent et se dispersent
en paix et s'occupent de leurs affaires en concorde?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, que c'est ce qu'ils font."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis n'ont ni promulgué de
nouveaux décrets ni aboli ceux qui existent, mais
procèdent
en accord avec leurs antiques constitutions?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, que c'est ce qu'ils font."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis honorent, estiment, montrent
du respect, et de la vénération envers leurs
anciens et
pensent qu'il vaut la peine des écouter?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, que c'est ce qu'ils font."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis évitent d'enlever les
femmes et les jeunes filles de bonne famille et des détenir?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, qu'ils évitent du faire."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis honorent, estiment, montrent
du respect, et de la vénération envers leurs
sanctuaires, autant ceux qui sont à l'intérieur
de la
cité que ceux qui sont à l'extérieur,
et ne les
privent pas des justes offrandes ainsi données et
précédemment
à eux faites?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, qu'ils vénèrent
effectivement
leurs sanctuaires, et qu'ils ne les privent pas de leurs offrandes."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin.
"Qu'as-tu
entendu, Ananda: est-ce que les Vajjis protègent et gardent
dûment les arahats, de sorte que ceux qui ne sont pas venus
en
leur royaume pourraient le faire, et que ceux qui y sont
déjà
puissent y vivre en paix?"
"J'ai
entendu dire, Seigneur, que c'est ce qu'ils font."
"Pour
le moment, Ananda, comme c'est le cas, on peut s'attendre à
la
croissance des Vajjis, pas à leur déclin."
5.
Et le Béni du Ciel s'adressa au brahmane Vassakara en ces
paroles: "Un jour, brahmane, je demeurais à Vesali, au
sanctuaire Sarandada, et ce fut là que j'enseignai aux
Vajjis
ces sept conditions qui mènent au bien-être (d'une
nation). [5] Pour le moment, brahmane, ces conditions perdurent
toujours chez les Vajjis, et les Vajjis sont connus pour elles, on
peut donc s'attendre à leur croissance, pas à
leur
déclin."
Là-dessus
le brahmane Vassakara parla ainsi au Béni du Ciel: "Si
les Vajjis, Vénérable Gotama,
n'étaient dotés
que d'une seule ou d'une autre de ces qui conduisent au
bien-être,
on pourrait s'attendre à leur croissance, pas à
leur
déclin. Alors toutes les sept? Aucun mal, effectivement, ne
peut être fait aux Vajjis au combat par le roi de Magadha,
Ajatasattu, à part par traîtrise ou discorde.
Bien, dans
ce cas, Vénérable Gotama, nous allons prendre
congé,
car nous avons beaucoup à faire, beaucoup de travail
à
effectuer."
"Fais
comme bon te semble, brahmane." Et le brahmane Vassakara,
premier ministre de Magadha, approuvant les paroles du Béni
du
Ciel et ravi par elles, se leva de son siège et partit.
condition du bien
être des bikkhus
6.
Alors, peu après le départ de Vassakara, le
Béni
du Ciel s'adressa comme suit au Vénérable Ananda:
"Va
maintenant, Ananda, et rassemble dans la salle d'audience tous les
bhikkhus qui vivent aux alentours de Rajagaha."
"Très
bien, Seigneur." Et le Vénérable Ananda fit comme
on lui avait demandé et informa le Béni du Ciel:
"La
communauté des bhikkhus est rassemblée, Seigneur.
Que
le Béni du Ciel fasse maintenant comme il le
désire."
Là-dessus
le Béni du Ciel se leva de son siège, monta
à la
salle d'audience, y prit sa place, et s'adressa ainsi aux bhikkhus:
"Je vais exposer sept conditions qui conduisent au bien-être,
bhikkhus. et soyez attentifs à ce que je vais dire."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils s'assembleront
fréquemment
et en grand nombre; se rencontreront et se disperseront en paix et
s'occuperont des affaires du Sangha en concorde; tant qu'ils ne
promulgueront pas de nouvelles règles, et n'aboliront pas
celles qui existent, mais procéderont en accord avec le code
d'entraînement (Vinaya); tant qu'ils honoreront, estimeront,
montreront du respect, et de la vénération envers
les
anciens bhikkhus, ceux de longue pratique, depuis longtemps
passés,
les pères et chefs du Sangha, et penseront qu'il vaut la
peine
des écouter; tant qu'ils ne tomberont pas au pouvoir de
l'envie insatiable qui conduit à un nouveau devenir; tant
qu'ils chériront les profondeurs de la forêt pour
leur
demeure; tant qu'ils s'établiront dans l'attention, de sorte
que les frères vertueux de l'Ordre qui n'y sont pas encore
venus puissent le faire, et que ceux qui y sont
déjà
venus puissent vivre en paix; tant et si longtemps, bhikkhus, que ces
sept conditions qui conduisent au bien-être perdureront parmi
les bhikkhus et que les bhikkhus seront connus pour elles, on pourra
s'attendre à leur croissance, pas à leur
déclin.
7.
"Je vais exposer sept conditions supplémentaires qui
conduisent au bien-être, bhikkhus. et soyez attentifs
à
ce que je vais dire." "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils ne se
régaleront
pas, ne se complairont pas, et n'apprécieront pas les
activités, la conversation, le sommeil, et la compagnie;
tant
qu'ils n'hébergeront pas..., ne tomberont pas sous l'emprise
des, mauvais désirs; n'auront pas de mauvais amis,
associés,
ou compagnons; et tant qu'ils ne s'arrêteront pas
à
mi-chemin en raison de quelque résultat mineur. Dans cette
mesure, bhikkhus, tant que ces sept conditions qui conduisent au
bien-être perdureront parmi les bhikkhus et que les bhikkhus
seront connus pour cela, on pourra s'attendre à leur
croissance, pas à leur déclin.
Sept
bonnes qualités [6]
8.
Je vais exposer sept conditions supplémentaires qui
conduisent
au bien-être, bhikkhus. et soyez attentifs à ce
que je
vais dire." "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils auront foi, tant qu'ils
auront de la pudeur et la crainte de l'inconduite, qu'ils seront
compétents dans l'étude, résolus,
attentifs, et
sages. Dans cette mesure, bhikkhus, tant que ces sept conditions qui
conduisent au bien-être perdureront parmi les bhikkhus, et
que
les bhikkhus seront connus pour cela, on pourra s'attendre à
leur croissance, pas à leur déclin.
Sept
facteurs de l'Éveil [7]
9.
Je vais exposer sept conditions supplémentaires qui
conduisent
au bien-être, bhikkhus. Écoutez et soyez attentifs
à
ce que je vais dire." "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils cultiveront les sept
facteurs de l'Éveil, c'est-à-dire: l'attention,
l'investigation des phénomènes,
l'énergie, la
béatitude, la tranquillité, la concentration, et
l'équanimité. Dans cette mesure, bhikkhus, tant
que ces
sept conditions qui conduisent au bien-être perdureront parmi
les bhikkhus, et que les bhikkhus seront connus pour cela, on pourra
s'attendre à leur croissance, pas à leur
déclin.
Sept
perceptions
10.
Je vais exposer sept conditions supplémentaires qui
conduisent
au bien-être, bhikkhus. et soyez attentifs à ce
que je
vais dire." "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils cultiveront la perception
de l'impermanence, du non-soi, de l'impureté (du corps), de
la
misère (du corps), de l'abandonner, du
dépassionnement,
et de la cessation. Dans cette mesure, bhikkhus, tant que ces sept
conditions qui conduisent au bien-être perdureront parmi les
bhikkhus, et que les bhikkhus seront connus pour cela, on pourra
s'attendre à leur croissance, pas à leur
déclin.
Six
conditions à se rappeler [8]
11.
"Je vais exposer six conditions supplémentaires qui
conduisent au bien-être, bhikkhus. et soyez attentifs
à
ce que je vais dire." "Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
"On
peut s'attendre à la croissance des bhikkhus, pas
à
leur déclin, bhikkhus, tant qu'ils auront mutuellement soin
les uns des autres avec bonté en faits, en paroles et en
pensées, autant en public qu'en privé; tant
qu'ils
respecteront ce qu'ils reçoivent dûment comme
offrandes,
même le contenu de de leurs bols à
aumônes, qu'ils
n'en feront pas usage sans en partager avec des membres vertueux de
la communauté; tant que, en compagnie de leurs
frères,
ils s'entraîneront, autant en public qu'en privé,
aux
règles de conduite, qui sont complètes et
parfaites,
sans tache et pures, libératoires, louées par les
sages, non-influencées (par des préoccupations
mondaines), et favorables à la concentration de l'esprit; et
en compagnie de leurs frères, préserveront,
autant en
public qu'en privé, la pénétration qui
est noble
et libératoire, et conduit celui qui agit dessus
à la
totale destruction de la souffrance. Dans cette mesure, bhikkhus,
tant que ces six conditions qui conduisent au bien-être
perdureront parmi les bhikkhus, et que les bhikkhus seront connus
pour cela, on pourra s'attendre à leur croissance, pas
à
leur déclin.
Conseil
aux bhikkhus
12.
Et le Béni du Ciel, lorsqu'il vivait à Rajagaha,
sur la
colline appelée Pic du Vautour, souvent donnait ainsi
conseil
aux bhikkhus:
"Telle
et telle est la vertu; telle et telle est la concentration; et telle
et telle est la sagesse. [9] Grand devient le fruit, grand est le
gain de la concentration lorsqu'elle est pleinement
développée
par la conduite vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain
de la sagesse lorsqu'elle est pleinement
développée par
la concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions [10] de la luxure, du devenir, et de l'ignorance."
13.
Quand le Béni du Ciel eut resté à
Rajagaha aussi
longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa ainsi au
Vénérable
Ananda: "Allons, Ananda, allons à Ambalatthika."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
Et
le Béni du Ciel prit ses quartiers à
Ambalatthika, de
même qu'une grande communauté des bhikkhus.
14.
A Ambalatthika le Béni du Ciel vint demeurer dans la maison
de
repos du roi; et là, aussi, le Béni du Ciel
souvent
donnait ainsi conseil aux bhikkhus:
"Telle
et telle est la vertu; telle et telle est la concentration; et telle
et telle est la sagesse. Grand devient le fruit, grand est le gain de
la concentration lorsqu'elle est pleinement
développée
par la conduite vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain
de la sagesse lorsqu'elle est pleinement
développée par
la concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions de la luxure, du devenir, et de l'ignorance."
15.
Quand le Béni du Ciel eut resté à
Ambalatthika
aussi longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa au
Vénérable
Ananda ainsi: "Allons, Ananda, allons à Nalanda."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur."
Et
le Béni du Ciel prit ses quartiers à Nalanda de
même
qu'une grande communauté des bhikkhus, et vint demeurer dans
le bosquet de manguiers de Pavarika.
le
rugissement de lion de Sariputta
16.
Alors le Vénérable Sariputta alla trouver le
Béni
du Ciel, les salua respectueusement, s'assit d'un
côté,
et lui parla comme suit:
"J'ai,
Seigneur, cette foi dans le Béni du Ciel, qu'il n'y a pas
été,
qu'il n'y aura pas, ni y a-t-il maintenant, d'autre reclus ou
brahmane plus exalté dans l'Éveil que le
Béni du
Ciel."
"Noble
effectivement est ce discours que tu fais, Sariputta, et seigneurial!
Fiers propos, et véritable rugissement d'un lion! Mais
comment
est-cela, Sariputta? Ces Arahats, Pleinement
Éveillés
du passé -- as-tu connaissance directe et personnelle de
tous
ces Bénis du Ciel, ainsi que de leurs vertus, de leur
méditation, [12] de leur sagesse, de leurs demeures, et de
leur émancipation?" [13] "Ce n'est pas le cas,
Seigneur."
"Alors
comment est-cela, Sariputta? Ces Arahats, Pleinement
Éveillés
du futur -- as-tu connaissance directe et personnelle de tous ces
Bénis du Ciel, ainsi que de leurs vertus, de leur
méditation,
de leur sagesse, de leurs demeures, et de leur
émancipation?"
"Ce n'est pas le cas, Seigneur."
"Alors
comment est-cela, Sariputta? De moi, qui suis à
présent
l'Arhat, le Pleinement Éveillé, as-tu
connaissance
directe et personnelle, ainsi que de ma vertu, de ma
méditation,
de ma sagesse, de mes demeures, et de mon émancipation?"Ce
n'est pas le cas, Seigneur."
"Alors
il est clair, Sariputta, que tu n'a pas une telle connaissance
directe et personnelle des Arahats, des Pleinement
Éveillés
du passé, du futur, et du présent. Comment
oses-tu donc
prononcer un discours aussi noble et seigneurial, des propos aussi
fiers, un véritable rugissement de lion, en disant: 'J'ai,
Seigneur, cette foi dans le Béni du Ciel, qu'il n'y a pas
été,
qu'il n'y aura pas, ni y a-t-il maintenant, d'autre reclus ou
brahmane plus exalté dans l'Éveil que le
Béni du
Ciel.?"
17.
"Je n'ai effectivement pas une telle connaissance directe et
personnelle, Seigneur, des Arahats, des Pleinement
Éveillés
du passé, du futur, et du présent; et pourtant
j'en
suis venu à reconnaître la
légitimité du
Dhamma. Supposons, Seigneur, qu'une forteresse frontalière
d'un roi soit fortement fortifiée, avec de forts remparts et
tourelles, et qu'elle n'avait qu'une seule porte, et qu'il y avait
là
un portier, intelligent, expérimenté, et prudent,
qui
empêcherait l'étranger d'entrer mais permettrait
à
l'ami d'entrer. En patrouillant le sentier qui fait le tour de la
forteresse, il ne perçoit pas de trou ou de fissure dans les
remparts même assez grands pour permettre à un
chat de
s'y glisser. Il en vient donc à la conclusion: 'Quelles que
soient les choses vivantes qui doivent entrer ou quitter cette
cité,
elles devront toutes passer par cette porte.' De même,
Seigneur, j'en suis venu à connaître la
légitimité
du Dhamma.
"Car,
Seigneur, tous les Bénis du Ciel, Arahats, Pleinement
Éveillés
du passé avaient abandonné les cinq
empêchements,
[14] les souillures mentales qui affaiblissent la sagesse; avaient
bien établi leurs esprits dans les quatre fondations de
l'attention; [15] avaient dûment cultivé les sept
facteurs de l'éveil, et étaient pleinement
éveillé
dans l'Éveil suprême et insurpassé.
"Et,
Seigneur, tous les Bénis du Ciel, Arahats, Pleinement
Éveillés
du futur vont abandonner les cinq empêchements, les
souillures
mentales qui affaiblissent la sagesse; vont bien établir
leurs
esprits dans les quatre fondations de l'attention; vont
dûment
cultiver les sept facteurs de l'éveil, et vont
être
pleinement éveillés dans l'Éveil
suprême
insurpassé.
"Et
le Béni du Ciel aussi, Seigneur, étant
à présent
l'Arhat, le Pleinement Eveillé, a abandonné les
cinq
empêchements, les souillures mentales qui affaiblissent la
sagesse; a bien établi son esprit dans les quatre fondations
de l'attention; a dûment cultivé les sept facteurs
de
l'éveil, et est pleinement éveillé
dans l'Éveil
suprême et insurpassé."
18.
Et aussi à Nalanda, dans le bosquet de manguiers de
Pavarika,
le Béni du Ciel souvent donnait conseil aux bhikkhus ainsi:
"Telle
et telle est la vertu; telle et telle est la concentration; et telle
et telle est la sagesse. Grand devient le fruit, grand est le gain de
la concentration lorsqu'elle est pleinement
développée
par la conduite vertueuse; grand devient le fruit, grand est le gain
de la sagesse lorsqu'elle est pleinement
développée par
la concentration; l'esprit qui est pleinement
développé
dans la sagesse est complètement
libéré des
pollutions de la luxure, du devenir, et de l'ignorance.."
19.
Lorsque le Béni du Ciel eut resté à
Nalanda
aussi longtemps qu'il lui avait plu, il s'adressa au
Vénérable
Ananda ainsi: "Allons, Ananda, allons à Pataligama."
"Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et le Béni du Ciel
prit ses quartiers à Pataligama de même qu'une
grande
communauté des bhikkhus.
20.
Alors les dévots de Pataligama vinrent à savoir:
"Le
Béni du Ciel, dit-on, est arrivé à
Pataligama."
Et ils approchèrent le Béni du Ciel, le
saluèrent
respectueusement, s'assirent d'un côté, et
s'adressèrent
à lui ainsi: "Puisse le Béni du Ciel, Seigneur,
nous faire la bonté de visiter notre salle du conseil."
Et le Béni du Ciel consentit par son silence.
21.
Connaissant le consentement du Béni du Ciel, les
dévots
de Pataligama se levèrent de leurs sièges, le
saluèrent
respectueusement, et tout en gardant leur côté
droit
tourné vers lui, partirent pour la salle du conseil. Alors
ils
préparèrent la salle du conseil en couvrant le
sol de
partout, en disposant des sièges et de l'eau, et en
installant
une lampe à huile. Cela fait, ils retournèrent
auprès
du Béni du Ciel, le saluèrent respectueusement,
et
debout d'un côté, annoncèrent:
"Seigneur, la
salle du conseil est prête, avec le sol recouvert de partout,
des sièges et de l'eau ont été
disposés,
et qu'une lampe à huile a été
préparée.
Que vienne le Béni du Ciel, Seigneur, à son
gré.
22.
Et le Béni du Ciel se prépara, et prenant son bol
et sa
robe, il s'en alla à la salle du conseil en compagnie de
plusieurs bhikkhus. Après s'être lavé
les pieds,
le Béni du Ciel entra dans la salle du conseil et prit place
tout près du pilier du milieu, face à l'est. La
communauté des bhikkhus, après s'être
lavé
les pieds, entra elle aussi dans la salle du conseil et prit place
près du mur ouest, face à l'est, de sorte que le
Béni
du Ciel se trouva devant eux. Et les dévots de Pataligama,
après s'être lavé les pieds et
être entrés
dans la salle du conseil, s'assirent près du mur est, face
à
l'ouest, de sorte que le Béni du Ciel se trouva face
à
eux.
les fruits d'une vie morale
et d'une vie immorale
23.
Là-dessus le Béni du Ciel s'adressa ainsi aux
dévots
de Pataligama: "L'homme immoral, maîtres de maison, en
s'éloignant de la vertu, va à l'encontre de cinq
périls: de grandes pertes de fortune à cause de
l'insouciance; une mauvaise réputation; un comportement
timide
et troublé dans toute société, que ce
soit celle
des nobles, des brahmanes, des maîtres de maison, ou des
ascètes; la mort dans l'hébétude; et,
à
la dissolution du corps après la mort, à une
renaissance dans un domaine de misère, dans un
état
malheureux, dans le monde inférieur, en enfer.
24.
"Cinq bénédictions, maîtres de maison,
échoient à l'homme honnête à
cause de sa
pratique de la vertu: grande augmentation de fortune à cause
de sa diligence; une réputation favorable; une prestance
assurée, sans timidité, dans toute
société,
que ce soit celle de nobles, de brahmanes, de maîtres de
maison, ou d'ascètes; une mort sereine; et, à la
dissolution du corps après la mort, une renaissance dans un
état heureux, dans un monde céleste."
25.
Et le Béni du Ciel passa une grande partie de la nuit
à
instruire les dévots de Pataligama dans le Dhamma, les
incitant, les édifiant, et les réjouissant,
après
quoi il leur donna congé, en disant: "La nuit est
très
avancée, maîtres de maison. Vous pouvez y aller
à
votre gré. "Qu'il en soit ainsi, Seigneur." Et les
dévots de Pataligama se levèrent de leurs
sièges,
saluèrent respectueusement le Béni du Ciel, et
tout en
gardant leur côté droit tourné vers
lui,
partirent. Et le Béni du Ciel, peu après leur
départ,
se retira dans ses quartiers.
26.
A ce moment-là Sunidha et Vassakara, les principaux
ministres
de Magadha, étaient à construire une forteresse
à
Pataligama en défense contre les Vajjis. Et des devas en
grand
nombre, comptés par milliers, avaient pris possession de
sites
à Pataligama. Dans la région où des
devas de
grand pouvoir prévalaient, des officiels de grand pouvoir
s'occupaient à construire des édifices; et
là où
des devas de moyen et de moindre pouvoirs prévalaient, des
officiels de moyen et de moindre pouvoirs s'occupaient à
construire des édifices.
27.
Et le Béni du Ciel vit avec l'oeil céleste, pur
et
transcendant la faculté des hommes, des devas,
comptés
par milliers, là où ils avaient pris possession
de
sites dans Pataligama. Et se levant avant que la nuit fut
passée,
avant l'aube, le Béni du Ciel s'adressa ainsi au
Vénérable
Ananda: "Qui est-ce, Ananda, qui est en train de construire une
cité à Pataligama?" "Sunidha et Vassakara,
Seigneur, les principaux ministres de Magadha, sont en train de
construire une forteresse à Pataligama, en
défense
contre les Vajjis."
28.
"C'est, Ananda, comme si Sunidha et Vassakara avaient pris
conseil avec les dieux des Trente-trois. Car j'ai observé,
Ananda, avec l'oeil céleste, pur et transcendant la
faculté
des hommes, un grand nombre de devas, comptés par milliers,
qui ont pris possession de sites à Pataligama. Dans la
région
où des devas de grand pouvoir prévalent, des
officiels
de grand pouvoir s'occupent de construire des édifices; et
là
où des devas de moyen et moindre pouvoirs
prévalent,
des officiels de moyen et moindre pouvoirs s'occupent de construire
des édifices. En vérité, Ananda, aussi
loin que
s'étendent la race aryenne et les routes commerciales, cela
sera la très importante cité de Pataliputta, un
centre
du commerce. [16] Mais Pataliputta, Ananda, va être assailli
par trois périls -- le feu, l'eau, et les dissensions."
29.
Alors Sunidha et Vassakara allèrent trouver le
Béni du
Ciel, et après avoir courtoisement salué le
Béni
du Ciel, et avoir échangé beaucoup de paroles
agréables, ils se tinrent d'un côté et
s'adressèrent à lui ainsi: "Puisse le
Vénérable
Gotama daigner accepter notre invitation au repas de demain, ensemble
avec la communauté des bhikkhus." Et le Béni du
Ciel consentit par son silence.
30.
Connaissant le consentement du Béni du Ciel, Sunidha et
Vassakara partirent pour leurs propres demeures, où ils
firent
préparer des mets de choix, durs et tendres. Et quand il fut
temps, ils annoncèrent au Béni du Ciel: "Il est
temps, Vénérable Gotama; le repas est
prêt."
Là-dessus le Béni du Ciel se prépara
dans
l'avant-midi, et prenant son bol et sa robe, il partit ensemble avec
la communauté des bhikkhus chez Sunidha et Vassakara,
où
il prit le siège préparé pour lui. Et
Sunidha et
Vassakara eux-mêmes servirent la communauté des
bhikkhus
conduite par le Bouddha, et les servirent avec des mets de choix,
durs et tendres. Lorsque le Béni du Ciel eut fini son repas
et
eut enlevé sa main de son bol, ils prirent des
sièges
bas et s'assirent d'un côté.
31.
Et le Béni du Ciel les remercia avec ces stances:
"Partout
où il habite, l'homme prudent
Pourvoit
aux besoins du chaste et du vertueux;
Et
ayant fait des dons à ces dignes personnes,
Il
partage ses mérites avec les devas locaux.
Et
ainsi honorés, ils l'honorent en retour,
Ils
lui sont gracieux ainsi qu'une mère
L'est
envers son propre fils unique;
Et
qui jouit ainsi de la grâce des devas,
Et
est aimé par eux, il voit sa bonne fortune."
Après
ceci, le Béni du Ciel se leva de son siège et
partit.
la traversée du
gange
32.
Alors Sunidha et Vassakara suivirent derrière le
Béni
du Ciel, pas à pas, en disant: "Quelle que soit la porte
par laquelle sortira l'ermite Gotama aujourd'hui, on l'appellera la
Porte Gotama; et le gué par lequel il traversera le Gange,
on
l'appellera le gué de Gotama." Et il en fut ainsi, en ce
qui concerne la porte.
33.
Mais quand le Béni du Ciel arriva au Gange, ce dernier
était
en pleine crue, de sorte que les corneilles pouvaient en boire. Et
des gens partirent à la recherche d'un bateau ou d'un bac,
cependant que d'autres assemblaient un radeau, parce qu'ils
désiraient traverser. Mais le Béni du Ciel, aussi
vite
qu'un homme fort pourrait étendre son bras plié,
ou
replier son bras étendu, disparut de ce
côté du
Gange, et se retrouva de l'autre côté.
34.
Et le Béni du Ciel vit les gens qui désiraient
traverser chercher un bateau ou un bac, cependant que d'autres
assemblaient des radeaux. Et alors le Béni du Ciel, les
voyant
ainsi, prononça cette phrase solennelle:
"Ceux
qui ont franchi le vaste océan,
Laissant
loin derrière les terres basses,
Alors
que d'autres attachent encore leurs frêles radeaux,
Sont
sauvés par la sagesse sans pareille."

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