LES
DERNIERS JOURS DU BOUDDHA

MAHA-PARINIBBANA SUTTA
Digha
Nikaya 16
introduction
Des
trente-quatre discours (suttas) que comprend le Digha Nikaya
(Collection des Longs Discours), le nôtre, le
seizième,
est le plus long, et occupe donc la première place en tout
et
pour tout, par rapport à la longueur.
Il
préserve l'aspect principal du sutta bouddhiste, en ceci
qu'il
est, tout comme d'autres, une répétition
d'événements
tels qu'ils ont été observés.
Considérant
sa composition spécifique, cependant, il est, plus que
d'autres suttas, capable non seulement de gagner l'affection des
bouddhistes pieux, ainsi qu'il le fait naturellement, mais
également
d'attirer le lecteur en général, puisqu'il est
effectivement un superbe spécimen de littérature
sacrée
universelle.
Il
donne également une bonne idée
générale
des enseignements du Bouddha, même s'il offre bien peu de
choses qu'on ne trouve pas -- et dont on traite souvent de
façon
plus détaillée -- dans d'autres suttas.
A
la fin de sa vie, après presqu'un demi-siècle de
ministère, le Maître avait depuis longtemps
enseigné
tout ce qui était nécessaire pour atteindre
l'idéal.
Au cours de la dernière période, sa
première
préoccupation fut donc de persuader ses disciples de la
nécessité de mettre en pratique sans broncher ces
enseignements mêmes: prière qui pouvait
difficilement,
certes, manquer à exciter leurs coeurs plus que jamais
auparavant.
Le
Sangha en vint, effectivement, à observer le plus grand
événement de son histoire, et en fut
très
nettement conscient, surtout parce que le Maître avait
annoncé
son Parinibbâna trois mois à l'avance.
L'impression sur
les bhikkhus se rassemblèrent autour de lui en grand nombre
alors qu'il se pressait vers le nord fut énorme, et ne put
manquer d'être reflété de
façon éclatante
dans les compte-rendus oraux. (Le Canon bouddhiste fut, à
l'origine, ainsi qu'on le sait bien, entièrement oral.) A
cause de son importance particulière et de son abondance, ce
matériau fut rapidement assemblé en un seul
corpus, et
ce fut là l'origine de notre sutta.
A
cet égard, il est difficilement possible de ne pas se
rappeler
avec gratitude le Vénérable Ananda. Sa part dans
la
préservation des paroles du Maître est
supérieure
à celle de tout autre bhikkhu, et sa figure est
inséparable
de nos textes. Cela devait devenir manifeste à tout moment
dans le Maha-parinibbana Sutta, qui est carrément
inimaginable
sans lui. Car c'est à Ananda, et toujours à
Ananda, que
s'adresse le Maître, ayant vérifié
pendant
vingt-cinq années son écoute sûre et sa
brillante
mémoire ainsi que son infatigable dévotion
personnelle.
Mais c'est Ananda aussi, ici plus que ailleurs, qui, par ses demandes
constantes, se soucis, et ses étonnements, qui devient sans
le
vouloir la figure centrale à côté du
Maître
lui-même, ce qui sans doute augmente l'attrait du texte.
C'est
donc ainsi qu'Ananda, gentil et agréable ainsi que le veut
son
nom, et se méritant pourtant à travers presque
toute sa
carrière les reproches de ses frères, fut
immortalisé
avec son Maître bien-aimé, et -- ainsi que nous
pourrions ajouter -- avec son étrange position entre louange
et blâme, assuma un caractère mystique dans le
troisième
chapitre.
Ce
troisième chapitre est presque entièrement
consacré
à la description des circonstances en rapport avec
l'abandonner de la vie par Maître, qui est le point culminant
d'une série d'événements. Il fait
irrésistiblement comprendre la signification purement
métaphysique du Parinibbâna, ou du moins le
devrait. Car
le Bouddha n'a ni succombé à sa fatale maladie ni
n'a
cédé à l'appel de Mara (qui est
identique au
non-appel d'Ananda), mais a souverainement laissé filer son
existence à l'heure appropriée, tout comme
quarante-cinq années plus tôt, en devenant
pleinement
éveillé, il avait pris sur lui
l'épuisante tâche
d'enseigner aux hommes. Ceci fait beaucoup
réfléchir,
et entraîne logiquement la conclusion que par son
Parinibbâna,
le Bouddha a effectivement porté le dernier et le plus
élevé
des témoignages qu'il fut possible en faveur de son
Enseignement, ce qui ne permet pas de se laisser aller à une
dernière inclination à la préservation
et la
continuation de soi, mais au contraire atteint la fin la plus
jubilatoire de toutes. Le Parinibbâna du Maître est
donc
cet événement le plus triste de l'histoire du
Bouddhisme qui se révèle, en
définitive, de par
son sens réel, être le plus heureux.
Soeur
Vajira Ceylan Mai 1961

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