XX
DANTABHUMI SUTTA
Le domptage de l'éléphant
Verset
20.1
Ainsi
ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait
à
l'endroit appelé Kalandakanivapa, dans le bois de bambous,
près de la ville de Rajagaha. En ce temps-là, le
novice
Aciravata demeurait dans la cabane de bois. Le prince Jayasena, qui
se promenait ici et là, s'approcha un jour du novice
Aciravata. S'étant approché, il
échangea avec
lui des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis
il s'assit à l'écart sur un
côté.
Verset
20.2
S'étant
assis à l'écart sur un côté,
le prince
Jayasena dit au novice Aciravata: J'ai entendu dire, ô ami
Aggivessana, que, si un moine demeure ici (dans cette cabane de
bois), diligent, ardent et bien déterminé, il
peut
atteindre la concentration de la pensée. - C'est vrai,
ô
prince, c'est vrai. Un moine qui demeure ici, diligent, ardent et
bien déterminé, peut atteindre la concentration
de la
pensée , répondit le novice Aciravata.
Verset
20.3
Le
prince Jayasena demanda alors: Le révérend
Aggivessana
peut-il m'enseigner la doctrine comme il l'a apprise, comme il l'a
pratiquée? - Je ne suis pas capable, ô prince, de
vous
enseigner la doctrine comme je l'ai apprise et comme je l'ai
pratiquée, dit le novice Aciravata. Si je vous enseignais la
doctrine comme je l'ai apprise et comme je l'ai pratiquée et
si vous ne comprenez pas le vrai sens de ce que je dis, ce serait
pour moi fatigant et ennuyeux.
Verset
20.4
Le
prince Jayasena demanda à nouveau: Que le
révérend
Aggivessana m'enseigne la doctrine comme il l'a apprise et comme il
l'a pratiquée. Peut-être pourrai-je comprendre ce
qu'il
dit. - Si je vous enseigne la doctrine comme je l'ai apprise et comme
je l'ai pratiquée, ô prince, si vous pouviez
comprendre
ce que je dis, ce serait bon. Si vous ne pouviez pas comprendre ce
que je dis, vous devriez vous arrêter là. Vous ne
devriez pas m'interroger davantage sur cette matière.
Verset
20.5
Que
le révérend Aggivessana m'enseigne la doctrine
comme il
l'a apprise et comme il l'a pratiquée. Si je ne peux
comprendre ce qu'il me dit, je m'arrêterai là. Je
n'interrogerai pas davantage le révérend
Aggivessana.
Verset
20.6
Le
novice Aciravata parla alors de la doctrine comme il l'avait apprise
et comme il l'avait pratiquée. Quand il eut
terminé, le
prince Jayasena dit: "C'est impossible, ami Aggivessana. Il est
impossible qu'un moine puisse atteindre la concentration de la
pensée
en demeurant ici, diligent, ardent et résolu." Ce disant,
le prince Jayasena quitta la place où il était
assis et
s'en alla.
Verset
20.7
Dès
que le prince Jayasena fut parti, le novice Aciravata s'approcha du
Bienheureux. S'étant approché, il rendit hommage
au
Bienheureux, puis s'assit à l'écart sur un
côté,
il raconta au Bienheureux la discussion qu'il avait eue avec le
prince Jayasena.
Verset
20.8
Ayant
entendu le novice Aciravata, le Bienheureux dit: A quoi bon,
ô
Aggivessana ? Il est impossible que le prince Jayasena, vivant au
milieu des plaisirs sensuels, jouissant des plaisirs sensuels,
consumé par la pensée des plaisirs sensuels,
brûlé
par la fièvre des plaisirs sensuels, passionné
par la
recherche des plaisirs sensuels, il est impossible qu'il puisse
savoir ou voir ou atteindre ou réaliser ce que l'on peut
savoir par le renoncement (aux plaisirs sensuels), voir par le
renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser par le
renoncement. Cela ne peut être.
Verset
20.9
Supposons
Aggivessana, que, parmi les éléphants, ou les
chevaux,
ou les boeufs qui doivent être domptés, il y ait
deux
éléphants, ou deux chevaux, ou deux boeufs, bien
domptés et bien entraînés, et deux qui
ne soient
ni bien domptés ni bien entraînés.
Qu'en
pensez-vous, ô Aggivessana? Est-ce que les premiers qui
doivent
être domptés et qui sont
déjà bien domptés
et bien entraînés ne pourront pas atteindre un
haut
niveau de domptage et d'entraînement ? - Si, Bienheureux,
répondit le novice Aciravata.
Verset
20.10
Cependant,
les deux éléphants, ou les deux chevaux, ou les
deux
boeufs, qui devaient être domptés mais qui
n'étaient
ni domptés ni entraînés,
atteindront-ils un haut
niveau de domptage et d'entraînement comme ce fut le cas pour
les deux éléphants, ou les deux chevaux, ou les
deux
boeufs, bien domptés et bien entraînés
? - Non,
Bienheureux.
Verset
20.11
De
même, ô Aggivessana, il est impossible que le
prince
Jayasena vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant des
plaisirs sensuels, consumé par la pensée des
plaisirs
sensuels brûlé par la fièvre des
plaisirs
sensuels, passionné par la recherche des plaisirs sensuels,
il
est impossible qu'il puisse savoir ou voir ou atteindre ou
réaliser
ce qu'on peut savoir par le renoncement (aux plaisirs sensuels), voir
par le renoncement, atteindre par le renoncement, réaliser
par
le renoncement. Cela ne peut être.
Verset
20.12
Supposons,
Aggivessana, qu'il y ait un versant de montagne près duquel
se
trouve un village, une petite ville. Deux amis arrivent, la main dans
la main, dans ce village ou cette petite ville, et s'approchent du
pied de la montagne. Arrivé là, un des amis veut
rester
au pied de la montagne, tandis que l'autre veut la gravir jusqu'au
sommet. Alors, l'ami qui est resté au pied de la montagne
dit
à celui qui est monté au sommet: "Mon ami,
maintenant que vous êtes sur le sommet, que voyez-vous ? "
L'autre répond: "Debout sur le sommet de la montagne, mon
ami, je vois des jardins ravissants, des bois ravissants, des
terrains ravissants." Cependant, l'autre dit: "C'est
impossible! Cela ne peut être, mon ami, que vous voyiez des
jardins ravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants."
Verset
20.13
L'ami
qui était sur le sommet de la montagne, étant
redescendu, ayant pris la main de son ami, le conduit alors au sommet
et, lui laissant le temps de souffler, lui dit: "Maintenant, mon
ami, maintenant que vous êtes debout au sommet de la
montagne,
que voyez-vous? " L'autre répond: "Mon ami,
maintenant que je suis debout au sommet de la montagne, je vois des
jardins ravissants, des bois ravissants, des terrains ravissants."
L'autre dit: "Tout à l'heure, j'ai compris ce que vous
avez dit: "C'est impossible! Cela ne peut pas être (...)"
cependant, maintenant, je comprends ce que vous dites: "Je vois
des jardins ravissants, des bois ravissants (...)". L'autre
répond: "Mon ami, c'était parce que
j'étais
au pied de la montagne. Je n'avais pas vu ce qu'il y avait à
voir."
Verset
20.14
De
même, ô Aggivessana, mais encore plus, le prince
Jayasena
est enserré, bloqué, entravé,
enveloppé
par ce tas d'ignorances. En vérité, ce prince
Jayasena,
vivant au milieu des plaisirs sensuels, jouissant des plaisirs
sensuels (...) il est impossible que ce prince Jayasena puisse savoir
ou voir ou atteindre ou réaliser ce qu'on peut savoir par le
renoncement (aux plaisirs sensuels), voir par le renoncement,
atteindre par le renoncement, réaliser par le renoncement.
Cela ne peut pas être.
Verset
20.15
O
Aggivessana, si vous aviez raconté ces deux paraboles au
prince Jayasena, alors il aurait pu mettre sa confiance en vous;
ayant confiance, il aurait pu agir à la façon de
quelqu'un qui aurait confiance en vous.
Verset
20.16
Le
novice Aciravata répondit: "O Bienheureux, comment
aurais-je pu raconter ces deux paraboles au prince Jayasena? Je vois
que ces deux paraboles sont spontanées chez vous et,
d'ailleurs, je n'avais jamais entendu ces deux paraboles."
Verset
20.17
Le
Bienheureux s'adressa à nouveau au novice Aciravata: "O
Aggivessana, imaginons qu'un roi qui a été
sacré
s'adresse à un capteur d'éléphants, en
disant:
"O bon capteur d'éléphants, allez à la
forêt où se trouvent des
éléphants.
Allez-y sur l'éléphant royal. Lorsque vous y
verrez un
éléphant sauvage, attachez-le au cou de
l'éléphant
royal." Le capteur d'éléphants ayant
répondu
en disant " Bien, sire ", se rend dans la forêt des
éléphants sauvages. Y ayant trouvé un
éléphant
sauvage, il l'attache au cou de l'éléphant royal.
Ensuite, l'éléphant royal amène
l'éléphant
sauvage hors de la forêt. Cependant, celui-ci a une seule
envie: retourner à la forêt des
éléphants
sauvages.
Verset
20.18
Le
capteur d'éléphants informe le roi qu'il a
amené
l'éléphant sauvage hors de la forêt. Le
roi
demande alors à un dompteur
d'éléphants: "Venez,
ô bon dompteur d'éléphants. Domptez cet
éléphant
sauvage afin de réduire sa conduite sauvage, afin de
réduire
ses souvenirs sauvages, afin de réduire ses aspirations
sauvages, afin de réduire ses angoisses, afin de
réduire
son chagrin et afin de réduire son désir pour la
forêt
sauvage, en lui faisant aimer la vie dans les villages, en
l'habituant aux méthodes des êtres humains."
Verset
20.19
Le
dompteur d'éléphants répond alors "
Bien,
sire" et il plante un grand pilier dans la cour, y attache
l'éléphant sauvage, puis il le dompte afin de
réduire
sa conduite sauvage (...) pour qu'il aime la vie dans les villages,
qu'il s'habitue aux méthodes des êtres humains. Le
dompteur s'adresse à cet éléphant avec
des mots
gentils, agréables aux oreilles, affectueux, cordiaux, des
mots urbains, agréables à tout le monde,
plaisants à
tout le monde.
Verset
20.20
Le
dompteur, ô Aggivessana, s'étant
adressé à
lui avec des mots gentils, agréables aux oreilles (...)
l'éléphant sauvage se met à
écouter, à
ouvrir ses oreilles, et il commence à apprendre.
Désormais,
le dompteur d'éléphants lui donne à
manger et à
boire. Lorsque l'éléphant est prêt
à
manger et à boire, le dompteur arrive à la
conclusion
que l'éléphant du roi va vivre.
Verset
20.21
Puis,
il lui donne des ordres en disant " Prends ceci " et "
Dépose cela". Lorsque l'éléphant est
obéissant et lorsqu'il prend ou dépose selon les
ordres
du dompteur, celui-ci donne d'autres ordres en disant "Avance "
et " Recule". Lorsque l'éléphant est
obéissant et lorsqu'il avance et recule selon les ordres du
dompteur, celui-ci donne d'autres ordres en disant "
Lève-toi
" et " Assieds-toi".
Verset
20.22
Lorsque
l'éléphant est obéissant et lorsqu'il
se lève
et s'assied selon les ordres du dompteur, celui-ci fait un autre
essai appelé " immobilité". Pour cela, le
dompteur attache un bouclier à la trompe de
l'éléphant.
Un homme qui porte une lance se tient assis sur son cou, et des
hommes qui portent des lances se tiennent debout autour de lui, de
tous les côtés, et le dompteur lui-même
prend une
lance avec un long manche et se tient debout devant
l'éléphant.
Pendant ce temps, l'animal reste immobile, il ne bouge ni ses
antérieurs ni ses postérieurs; il ne bouge ni son
avant-train ni son arrière-train; il ne bouge ni la
tête,
ni une oreille, ni une défense, ni la queue, ni la trompe.
Verset
20.23
Cet
éléphant du roi, désormais, supporte
les
attaques des épées, des haches, des
flèches, des
hachettes, et il supporte le tapage retentissant des tambours, des
timbales, des conques et des tam-tams.
Verset
20.24
Comme
l'or purifié, lavé de toutes ses
impuretés et
scories, cet éléphant convient
désormais pour un
roi, pour une procession royale; il est également
considéré
comme un symbole royal.
Verset
20.25
De
même, ô Aggivessana, il apparaît (de
temps en temps
dans le monde) un Tathagata, qui est un Arahant,
complètement
et parfaitement éveillé, parfait en sa sagesse,
parfait
en sa conduite, arrivé correctement à son but,
dompté,
connaisseur des mondes, incomparable guide des êtres qui
doivent être dirigés, instructeur des dieux et des
êtres
humains, l'Eveillé, le Bienheureux.
Verset
20.26
Ayant
connu par lui-même ce monde-ci, avec ses dieux, avec ses
Mara(s) et ses Brahma(s), avec ses religieux et ses brahmanes, avec
ses êtres divins et humains, il le fait connaître.
Verset
20.27
Il
enseigne la doctrine, bonne en son début, bonne en son
milieu,
bonne en sa fin, bonne dans sa lettre et dans son esprit, et il
exalte la Conduite pure parfaitement pleine et parfaitement pure.
Verset
20.28
Un
chef de maison, ou le fils d'un chef de maison, ou une personne
née
dans une quelconque famille, entend cette doctrine. L'ayant entendue,
il atteint la confiance sereine dans le Tathagata.
Verset
20.29
Parce
qu'il a atteint la confiance sereine et qu'il en est pourvu, il
réfléchit ainsi: "Cette vie à la
maison est
pleine d'obstacles, elle est un chemin poussiéreux; la vie
religieuse est comparable au plein air. Il n'est pas aisé de
pratiquer la Conduite pure entièrement pleine,
entièrement
pure, parfaite comme une conque gravée, en demeurant dans la
vie domestique. Il faut donc que, m'étant rasé la
barbe
et les cheveux, ayant couvert mon corps de vêtements ocre, je
quitte ma maison pour mener une vie religieuse, sans maison."
Verset
20.30
Plus
tard, ayant abandonné l'ensemble de ses biens quelle qu'en
soit la valeur, ayant abandonné ses parents et son entourage
quel qu'en soit le nombre, s'étant rasé la barbe
et les
cheveux, ayant couvert son corps des vêtements ocre des
religieux, il quitte sa maison pour mener une vie religieuse, sans
maison. A ce point, le disciple religieux atteint la liberté.
Verset
20.31
Pourtant,
ô Aggivessana, les dieux et les êtres humains
désirent
les cinq sortes de plaisirs sensuels.
Verset
20.32
Le
Tathagata entraîne alors son disciple, en disant: "Venez,
ô moine, soyez vertueux, vivez en maîtrisant les
sens par
les restrictions, vivez en pratiquant la bonne conduite et vivez en
voyant du danger même dans les moindres fautes, vivez en vous
entraînant vous-même dans le Code de discipline."
Verset
20.33
Lorsque
le disciple religieux est vertueux, lorsqu'il vit en
maîtrisant
ses sens par les restrictions, lorsqu'il vit en pratiquant la bonne
conduite et en voyant du danger dans les moindres fautes, lorsqu'il
vit en s'entraînant lui-même dans le Code de
discipline,
le Tathagata alors l'entraîne à nouveau, en
disant:
"Venez, ô moine, soyez vigilant, à propos de vos
organes sensoriels.
Verset
20.34
Par
exemple, ayant vu une forme matérielle au moyen de votre
oeil,
ne soyez pas plongé dans ses apparences
générales
ni dans ses détails car, en conséquence de ce que
cet
organe de l'oeil demeure non maîtrisé, les choses
mauvaises et vicieuses, la convoitise et la tristesse peuvent
s'introduire dans votre pensée. Maîtrisez donc
bien
l'organe de l'oeil et achevez le domptage de l'organe de l'oeil.
Verset
20.35
Egalement,
ayant écouté un son au moyen de votre oreille
(...)
Verset
20.36
Ayant
senti une odeur au moyen de votre nez (...)
Verset
20.37
Ayant
goûté une saveur au moyen de votre langue (...)
Verset
20.38
Ayant
senti une chose tangible au moyen de votre corps (...)
Verset
20.39
Ayant
reconnu un objet mental au moyen de votre pensée, ne soyez
pas
plongé dans ses apparences générales
ni dans ses
détails car, en conséquence de ce que cet organe
de la
pensée demeure non maîtrisé, les choses
mauvaises
et vicieuses, la convoitise et la tristesse peuvent s'introduire dans
votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de la
pensée
et achevez le domptage de l'organe de la pensée."
Verset
20.40
Lorsque,
ô Aggivessana, le disciple religieux a
maîtrisé
ses organes sensoriels, le Tathagata alors l'entraîne
à
nouveau, en disant: "Venez, ô moine, soyez
modéré
lorsque vous mangez. Mangez attentivement en
réfléchissant:
Je me sers de cette nourriture non pour le plaisir, non pour
l'exagération de la vigueur, non pour
l'esthétique, non
pour la beauté, mais simplement pour maintenir l'existence
de
ce corps, pour supprimer la souffrance, pour favoriser la Conduite
pure car, ainsi, je mettrai fin à la souffrance ancienne, je
ne produirai pas de nouvelles souffrances et, de cette
façon,
mon existence sera irréprochable et heureuse."
Verset
20.41
Lorsque,
ô Aggivessana, le disciple religieux est devenu
modéré
dans ses repas, le Tathagata l'entraîne à nouveau,
en
disant: "Venez, ô moine, vivez en vigilance. Pendant la
journée, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile,
purifiez votre pensée des états mentaux
entravés.
Pendant la première partie de la nuit, couchez-vous en la
posture du lion, consciemment, en réfléchissant
à
l'intention de vous lever, le lendemain matin. Puis, dans la
dernière
partie de la nuit, lorsque vous vous levez, lorsque vous marchez,
lorsque vous restez immobile, lorsque vous vous asseyez, purifiez
votre pensée des états mentaux
entravés."
Verset
20.42
Lorsque,
ô Aggivessana, le disciple religieux est tout entier
vigilant,
le Tathagata l'entraîne à nouveau, en disant:
"Venez,
ô moine. Vous possédez l'attention et la
conscience.
Soyez quelqu'un qui agit avec conscience. Soyez attentif et
conscient. Allant ou revenant, soyez parfaitement conscient.
Regardant devant ou autour de vous, soyez parfaitement conscient.
Etendant ou repliant vos membres, soyez parfaitement conscient.
Portant le bol à aumône et les vêtements
monastiques, soyez parfaitement conscient. Mangeant, buvant,
mâchant,
soyez parfaitement conscient. Déféquant, urinant,
soyez
parfaitement conscient. Marchant, étant debout, vous
asseyant,
vous endormant, vous éveillant, parlant, vous taisant, soyez
parfaitement conscient."
Verset
20.43
Lorsque,
ô Aggivessana, le disciple religieux possède
l'attention
et la conscience dans ses actes quotidiens, le Tathagata alors
l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez,
ô
moine, choisissez un logement solitaire, dans la forêt, au
pied
d'un arbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un
cimetière,
un plateau boisé, un endroit découvert, une meule
de
paille." Il choisit alors un logement solitaire, dans la
forêt
(...)
Verset
20.44
Etant
revenu de sa tournée d'aumône, après
son repas,
il s'assied en repliant et croisant les jambes, posant son corps bien
droit, fixant son attention.
Verset
20.45
Ainsi,
ayant abandonné la convoitise en ce monde, il demeure, la
pensée débarrassée de convoitise; il
purifie sa
pensée de la convoitise.
Verset
20.46
Ayant
abandonné la haine et la méchanceté il
demeure,
la pensée débarrassée de
méchanceté;
il purifie sa pensée de la haine et de la
méchanceté.
Verset
20.47
Ayant
abandonné la paresse et la torpeur, il demeure, la
pensée
débarrassée de la paresse et de la torpeur;
attentif,
pleinement conscient de ce qu'il voit, il purifie sa pensée
de
la paresse et de la torpeur.
Verset
20.48
Ayant
abandonné l'agitation et le regret, il demeure, la
pensée
débarrassée d'agitation; la pensée
apaisée
intérieurement, il purifie sa pensée de
l'agitation et
du regret.
Verset
20.49
Ayant
abandonné le doute, il demeure ayant franchi le doute; ne se
posant plus de questions concernant les choses bonnes, il purifie sa
pensée du doute.
Verset
20.50
Le
disciple religieux, ayant abandonné ces cinq entraves, qui
sont des souillures de la pensée, qui affaiblissent la
sagesse
intuitive, demeure, observant le corps selon la fonction du corps,
d'une façon ardente, consciencieuse, afin de pouvoir
maîtriser
la convoitise et la tristesse.
Verset
20.51
Puis
il demeure, observant les sensations selon les fonctions des
sensations, d'une façon ardente et consciencieuse afin de
pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.
Verset
20.52
Ensuite,
il demeure, observant la pensée selon les fonctions de la
pensée, d'une façon ardente et consciencieuse
afin de
pouvoir maîtriser la convoitise et la tristesse.
Verset
20.53
Puis
il demeure, observant les divers objets mentaux selon leur fonction,
d'une façon ardente et consciencieuse, afin de pouvoir
maîtriser la convoitise et la tristesse.
Verset
20.54
Tout
comme, ô Aggivessana, un dompteur
d'éléphants,
ayant planté un grand pilier dans la cour, y attache un
éléphant sauvage par le cou afin de
réduire sa
conduite sauvage, ses souvenirs sauvages (...) et afin de l'habituer
aux méthodes des êtres humains; de même,
ô
Aggivessana, ces quatre Attentions sont des moyens de la
pensée,
chez un disciple religieux, pour réduire les
manières
propres aux chefs de famille, réduire les aspirations
propres
aux chefs de famille, réduire l'angoisse propre aux chefs de
famille, réduire l'agitation, la fièvre des chefs
de
famille. Elles sont les moyens qui conduisent le disciple religieux
à
la voie correcte, à réaliser le nibbana.
Verset
20.55
Le
Tathagata entraîne alors à nouveau son disciple
religieux, en disant: "Venez, ô moine, demeurez en
observant le corps selon les fonctions du corps, mais ne vous
appliquez pas vous-même à une série de
pensées
concernant le corps.
Verset
20.56
Demeurez
en observant les sensations selon les fonctions des sensations, mais
ne vous appliquez pas vous-même à une
série de
pensées concernant les sensations.
Verset
20.57
Demeurez
en observant la pensée selon les fonctions de la
pensée,
mais ne vous appliquez pas vous-même à une
série
de pensées concernant la pensée.
Verset
20.58
Demeurez
en observant les divers objets mentaux selon les fonctions des divers
objets mentaux, mais ne vous appliquez pas vous-même
à
une série de pensées concernant les divers objets
mentaux."
Verset
20.59
Ainsi,
ayant mis fin au raisonnement et à la réflexion,
le
disciple religieux entre et demeure dans le deuxième
recueillement (dutiyajjhana) qui est apaisement intérieur,
unification de la pensée, qui est dépourvu de
raisonnement et de réflexion, né de la
concentration,
et consiste en bonheur.
Verset
20.60
Puis
se détournant du bonheur, le disciple vit dans
l'indifférence,
conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur, en sorte
que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui,
indifférent
et attentif, demeure heureux ", il entre ainsi et demeure dans
le troisième recueillement (tatiyajjhana).
Verset
20.61
Enfin,
s'étant débarrassé du bonheur et
s'étant
débarrassé de la peine, ayant supprimé
la gaieté
et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure
dans
le quatrième recueillement (catutthajjhana) où ne
sont
ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite
d'attention et d'indifférence.
Verset
20.62
Ensuite,
ayant une pensée ainsi réglée, ainsi
purifiée,
sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable,
stable,
arrivée à l'impassibilité, le disciple
religieux
dirige sa pensée vers la connaissance pour se rappeler ses
anciennes " existences".
Verset
20.63
Il
se rappelle ainsi une série d'anciennes existences: une
naissance, deux naissances, trois, cinq, dix, vingt, trente,
quarante, cinquante, cent, mille, cent mille, etc., et beaucoup de
naissances pendant un kappa d'intégration, et beaucoup de
naissances pendant un kappa de désintégration, et
beaucoup de naissances pendant un kappa d'intégration et de
désintégration, en voyant: "Je fus connu par tel
ou tel nom, étant né dans telle race portant
telle ou
telle couleur. J'ai été nourri de telle ou telle
façon.
J'ai senti telles et telles sensations et de telle ou telle
façon
ma vie là-bas est arrivée à sa fin.
Verset
20.64
Après
la fin de ma vie là-bas, j'ai eu une autre naissance et une
autre vie dans laquelle j'ai été
appelé par tel
ou tel nom, dans telle ou telle race, portant telle ou telle couleur
(...)
Verset
20.65
Après
la fin de cette vie, je suis né à nouveau ici-bas
(...)"
Verset
20.66
De
cette façon, le disciple religieux se rappelle ses diverses
existences en tous leurs modes et détails.
Verset
20.67
Ensuite,
ayant une pensée ainsi réglée, ainsi
purifiée,
sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable,
stable,
arrivée à l'impassibilité, le disciple
religieux
dirige sa pensée vers la connaissance de la
manière
dont les êtres meurent et naissent encore et encore.
Verset
20.68
Avec
une faculté de clairvoyance qui surpasse la vision ordinaire
des êtres humains il voit comment les êtres partent
d'ici
et comment ils renaissent.
Verset
20.69
Il
comprend que, si les êtres deviennent ainsi excellents ou
ordinaires, laids ou élégants, heureux ou
malheureux,
c'est la conséquence de leurs actions, et il
réfléchit:
"En vérité, tels ou tels êtres
respectables,
mais qui ont eu une mauvaise conduite avec leur corps, une mauvaise
conduite en parole, une mauvaise conduite en pensée, qui ont
adopté des opinions fausses, se sont engagés dans
de
mauvaises actions encouragées par des opinions fausses, ces
êtres, après la dissolution de leur corps,
après
la mort, sont nés dans des lieux malheureux comme l'enfer.
Verset
20.70
Cependant,
tels et tels êtres respectables, qui ont eu une bonne
conduite
avec leur corps, une bonne conduite en parole, une bonne conduite en
pensée, qui ne se sont pas moqué des Arahants,
qui ont
adopté des opinions correctes et ont fait de bonnes actions
encouragées par des opinions correctes, ces
gens-là,
après la dissolution de leur corps, après leur
mort,
sont nés dans des états heureux, par exemple,
dans les
cieux.
Verset
20.71
Ensuite,
ayant une pensée ainsi réglée, bien
purifiée,
sans défauts, sans souillures, bien souple, maniable,
stable,
arrivée à l'impassibilité, le disciple
religieux
dirige sa pensée vers la connaissance qui permet de
détruire
les souillures.
Verset
20.72
Il
comprend les choses telles qu'elles sont: "Voilà, ceci
est le dukkha, ceci est la cause du dukkha, ceci est la cessation du
dukkha, ceci est la voie conduisant à la cessation du
dukkha."
Verset
20.73
Il
comprend ainsi les choses telles qu'elles sont: "Voilà,
celles-ci sont des souillures, ceci est la cause des souillures, ceci
est la cessation des souillures, ceci est la voie conduisant
à
la cessation des souillures."
Verset
20.74
Ayant
compris ainsi, ayant vu ainsi, sa pensée se
libère des
souillures concernant la ré-existence et le re-devenir (dans
le cycle des renaissances). Sa pensée se libère
des
souillures concernant les plaisirs sensuels. Sa pensée se
libère des souillures concernant l'ignorance. Quand il est
libéré, vient la connaissance: "Voici la
libération " et il sait: "Toute naissance nouvelle
est anéantie, la Conduite pure est vécue, ce qui
devait
être accompli est accompli, plus rien ne demeure à
accomplir."
Verset
20.75
Enfin,
ce moine est capable de supporter la chaleur, le froid, la faim, la
soif, les piqûres des moustiques, les piqûres des
taons,
le vent, le soleil, les serpents venimeux, les paroles abusives
venant d'autrui, les paroles méchantes venant d'autrui. Il
est
capable de supporter les sensations corporelles douloureuses,
aiguës,
coupantes, insupportables, pénibles, et des sensations
fatales.
Verset
20.76
Délivré
de toutes les scories et impuretés de l'attachement (aux
choses mondaines), délivré de la
méchanceté
et de l'illusion, ce moine est tout à fait digne de recevoir
des dons, des offrandes, des marques de respect et d'hommage. Il est
un des plus grands champs de mérites pour le monde.
Verset
20.77
O
Aggivessana, si un éléphant du roi,
âgé,
non dompté et non entraîné, meurt, il
est
considéré comme un éléphant
mort dans un
état non dompté. Egalement, ô
Aggivessana, si un
éléphant du roi, d'âge moyen, non
dompté
et non entraîné, meurt, il est
considéré
comme un éléphant mort dans un état
non dompté.
Egalement, ô Aggivessana, si un
éléphant du roi,
jeune, non dompté et non entraîné,
meurt, il est
considéré comme un éléphant
mort dans un
état non dompté.
Verset
20.78
De
même, ô Aggivessana, si un moine
âgé, non
dompté et non entraîné, meurt, il est
considéré
comme quelqu'un mort dans un état non dompté. Si
un
moine d'âge moyen, non dompté et non
entraîné
meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans
un
état non dompté. Si un moine jeune, non
dompté
et non entraîné, meurt il est
considéré
comme quelqu'un mort dans un état non dompté.
Verset
20.79
Par
contre, ô Aggivessana, si un éléphant
du roi,
âgé, bien dompté et bien
entraîné,
meurt, il est considéré comme un
éléphant
mort dans un état bien dompté. Si un
éléphant
du roi, d'âge moyen, bien dompté et bien
entraîné,
meurt, il est considere comme un éléphant mort
dans un
état bien dompté. Si un
éléphant du roi,
jeune, bien dompté et bien entraîné
meurt, il est
considéré comme un éléphant
mort dans un
état bien dompté.
Verset
20.80
De
même, ô Aggivessana, si un moine
âgé, ayant
éliminé ses souillures, meurt, il est
considéré
comme quelqu'un mort dans un état bien dompté. Si
un
moine d'âge moyen, ayant éliminé ses
souillures,
meurt, il est considéré comme quelqu'un mort dans
un
état bien dompté. Si un moine jeune ayant
éliminé
ses souillures, meurt, il est considéré comme
quelqu'un
mort dans un état bien dompté.
Verset
20.81
Ainsi,
parla le Bienheureux. Ravi, le novice Aciravata se réjouit
de
ce qu'avait dit le Bienheureux

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