XIX
GANAKAMOGGALLANA SUTTA
l'entraînement graduel
Verset
19.1
Ainsi
ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait dans la
résidence monastique fondée par Migara-Mata, dans
le
monastère de l'Est, près de la ville de Savatthi.
Alors, un jour, le brahmane nommé Ganaka-Moggallana
s'approcha
du Bienheureux. S'étant approché, il
échangea
des compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis
s'assit à l'écart sur un
côté.
Verset
19.2
S'étant
assis à l'écart sur un côté,
le brahmane
Ganaka-Moggallana dit au Bienheureux: Tout comme, ô
vénérable
Gotama, dans cette résidence monastique fondée
par
MigaraMata on peut voir un entraînement graduel, une action
graduelle, une pratique graduelle jusqu'au dernier étage, de
même chez les brahmanes on peut voir un
entraînement
graduel, une action graduelle, une pratique graduelle concernant
leurs études (sur les Veda).
Verset
19.3
De
même, ô vénérable Gotama,
chez les archers
on peut voir un entraînement graduel, une action graduelle,
une
pratique graduelle concernant l'archerie. De même,
ô
vénérable Gotama, chez nous dont la profession
est la
comptabilité on peut voir un entraînement graduel,
une
action graduelle, une pratique graduelle concernant le
métier
de comptable.
Verset
19.4
Lorsque
nous trouvons un élève, tout d'abord nous lui
apprenons
à calculer: un-premier, deux-deuxième,
trois-troisième,
quatre-quatrième, cinq-cinquième,
six-sixième,
sept-septième, huit-huitième
neuf-neuvième,
dix-dixième, et ainsi nous lui apprenons d'abord
à
compter jusqu'à cent.
Verset
19.5
De
même, ô vénérable Gotama,
est-il possible
d'indiquer un entraînement graduel, une action graduelle, une
pratique graduelle en ce qui concerne votre Doctrine et votre
Discipline? - Oui, ô brahmane, il est possible d'indiquer un
entraînement graduel, une action graduelle, une pratique
graduelle dans cette Doctrine et dans cette Discipline.
Verset
19.6
Tout
comme un entraîneur de chevaux très habile qui,
ayant
trouvé un cheval de pure race, tout d'abord
l'entraîne
en mettant le mors de bride, et ensuite l'amène aux autres
entraînements, le Tathagata aussi ayant trouvé un
individu domptable, tout d'abord l'entraîne en disant:
"Venez,
ô moine, soyez vertueux, vivez en maîtrisant les
sens par
les restrictions. Vivez en pratiquant la bonne conduite et vivez en
voyant du danger même dans les moindres fautes. Vivez en vous
entraînant vous-même dans le Code de discipline."
Verset
19.7
Lorsque,
ô brahmane, le disciple est vertueux, lorsqu'il vit en
maîtrisant ses sens par les restrictions, lorsqu'il vit en
pratiquant la bonne conduite et en voyant du danger dans les moindres
fautes, lorsqu'il vit en s'entraînant lui-même dans
le
Code de discipline, le Tathagata alors l'entraîne
à
nouveau, en disant: Venez, ô moine, soyez vigilant
à
propos de vos organes sensoriels.
Verset
19.8
Par
exemple, ayant vu une forme au moyen de votre œil, ne soyez
pas
plongé dans ses apparences générales
ni dans ses
détails car, en conséquence de ce que cet organe
de
l'oeil demeure non maîtrisé, les choses mauvaises
et
vicieuses, la convoitise et la tristesse, peuvent s'introduire dans
votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de
l'oeil et
achevez le domptage de l'organe de l'oeil.
Verset
19.9
Egalement,
ayant écouté un son au moyen de votre oreille
(...)
Verset
19.10
Ayant
senti une odeur au moyen de votre nez (...)
Verset
19.11
Ayant
goûté une saveur au moyen de votre langue (...)
Verset
19.12
Ayant
senti une chose tangible au moyen de votre corps (...)
Verset
19.13
Ayant
reconnu un objet mental au moyen de votre pensée, ne soyez
pas
plongé dans ses apparences générales
ni dans ses
détails car, en conséquence de ce que cet organe
de la
pensée demeure non maîtrisé, les choses
mauvaises
et vicieuses, la convoitise et la tristesse, peuvent s'introduire
dans votre pensée. Maîtrisez donc bien l'organe de
la
pensée et achevez le domptage de l'organe de la
pensée.
Verset
19.14
Lorsque,
ô brahmane, le disciple a maîtrisé ses
organes
sensoriels, le Tathagata alors l'entraîne à
nouveau, en
disant: "Venez, ô moine, soyez modéré
lorsque vous mangez. Mangez attentivement en
réfléchissant:
Je me sers de cette nourriture non pour le plaisir, non pour
l'exagération de la vigueur, non pour
l'esthétique, non
pour la beauté, mais simplement pour maintenir l'existence
de
ce corps, pour supprimer la souffrance, pour favoriser la Conduite
pure car, ainsi, je mettrai fin à la souffrance ancienne, je
ne produirai pas de nouvelles souffrances et, de cette
façon~
mon existence sera irréprochable et heureuse."
Verset
19.15
Lorsque,
ô brahmane, le disciple est devenu
modéré dans
ses repas, le Tathagata alors l'entraîne à
nouveau, en
disant: Venez, ô moine, vivez en vigilance. Pendant la
journée,
lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, purifiez votre
pensée des états mentaux entravés.
Pendant la
première partie de la nuit, couchez-vous en la posture du
lion, attentif, en pensant à votre lever du lendemain matin.
Puis, dans la dernière partie de la nuit, lorsque vous vous
levez, lorsque vous marchez, lorsque vous restez immobile, lorsque
vous vous asseyez, purifiez votre pensée des
états
mentaux entravés."
Verset
19.16
Lorsque,
ô brahmane, le disciple est tout entier vigilant, le
Tathagata
alors l'entraîne à nouveau, en disant: "Venez,
ô
moine, vous possédez l'attention et la conscience. Soyez
quelqu'un qui agit avec conscience. Soyez attentif et conscient.
Allant ou revenant, soyez parfaitement conscient. Regardant devant ou
autour de vous, soyez parfaitement conscient. Etendant ou repliant
vos membres, soyez parfaitement conscient. Portant le bol à
aumône et les vêtements monastiques, soyez
parfaitement
conscient. Mangeant, buvant, mâchant, soyez parfaitement
conscient. Déféquant, urinant, soyez parfaitement
conscient. Marchant, étant debout, vous asseyant, vous
endormant, vous éveillant, parlant, vous taisant, soyez
parfaitement conscient."
Verset
19.17
Lorsque,
ô brahmane, le disciple possède l'attention et la
conscience dans ses actes quotidiens, le Tathagata alors
l'entraîne
à nouveau, en disant: "Venez, ô moine, choisissez
un logement solitaire, dans la forêt, au pied d'un arbre,
dans
la montagne, une grotte, une caverne, un cimetière, un
plateau
boisé, un endroit découvert, une meule de paille."
Verset
19.18
Il
choisit alors un logement solitaire, dans la forêt, au pied
d'un arbre, dans la montagne, une grotte, une caverne, un
cimetière,
un plateau boisé, un endroit découvert, une meule
de
paille. Etant revenu de sa tournée d'aumône,
après
son repas, il s'assied en repliant et croisant les jambes, posant son
corps bien droit, fixant son attention.
Verset
19.19
Ainsi,
ayant abandonné la convoitise en ce monde, il demeure, la
pensée débarrassée de convoitise. Il
purifie sa
pensée de la convoitise.
Verset
19.20
Ayant
abandonné la haine et la méchanceté,
il demeure,
la pensée débarrassée de
méchanceté.
Il purifie sa pensée de la haine et de la
méchanceté.
Verset
19.21
Ayant
abandonné la paresse et la torpeur, il demeure, la
pensée
débarrassée de la paresse et de la torpeur.
Attentif,
pleinement conscient de ce qu'il voit, il purifie sa pensée
de
la paresse et de la torpeur.
Verset
19.22
Ayant
abandonné l'agitation et le regret, il demeure, la
pensée
débarrassée d'agitation et de regret. La
pensée
apaisée intérieurement, il purifie sa
pensée de
l'agitation et du regret.
Verset
19.23
Ayant
abandonné le doute, il demeure ayant franchi le doute. Ne se
posant plus de questions concernant les choses bonnes, il purifie sa
pensée du doute.
Verset
19.24
Ayant
éliminé ces cinq entraves qui sont des souillures
de la
pensée et qui sont nuisibles à la sagesse
intuitive,
s'étant séparé des désirs
sensuels,
s'étant séparé des mauvaises
pensées, le
disciple entre dans le premier recueillement (pathamajjhana), pourvu
de raisonnement et de réflexion, qui est joie et bonheur,
né
de la séparation (des choses mauvaises), et il y demeure.
Verset
19.25
Après
cela, ayant mis fin au raisonnement et à la
réflexion,
le disciple entre et demeure dans le deuxième recueillement
(dutiyajjhana), qui est apaisement intérieur, unification de
la pensée, qui est dépourvu de raisonnement et de
réflexion, né de la concentration, et consiste en
bonheur.
Verset
19.26
Puis,
se détournant du bonheur, le disciple vit dans
l'indifférence,
conscient et vigilant, il ressent dans son corps le bonheur, en sorte
que les êtres nobles l'appellent: "Celui qui,
indifférent
et attentif, demeure heureux "; il entre ainsi et demeure dans
le troisième recueillement (tatiyajjhana).
Verset
19.27
Enfin,
s'étant débarrassé du bonheur et
s'étant
débarrassé de la peine, ayant supprimé
la gaieté
et la tristesse antérieures, le disciple entre et demeure
dans
le quatrième recueillement (catutthajjhana), où
ne sont
ni plaisir ni douleur, mais qui est pureté parfaite
d'attention et d'indifférence.
Verset
19.28
Telle
est, ô brahmane, mon instruction pour les disciples qui sont
encore des " étudiants ", qui n'ont pas encore
atteint la perfection, mais qui demeurent dans l'espoir d'obtenir la
libération incomparable par rapport aux liens.
Verset
19.29
Cependant,
en ce qui concerne les disciples qui ont déjà
atteint
la perfection, qui ont détruit les souillures, qui ont
vécu
dans la Conduite pure, qui ont achevé ce qu'ils devaient
achever, qui ont déposé leur fardeau, qui ont
détruit
complètement leurs liens, qui ont été
libérés
par la connaissance - ces instructions sont destinées
à
leur confort ici et maintenant et à leur séjour
attentif et vigilant.
Verset
19.30
Cela
étant dit, le brahmane Ganaka-Moggallana dit au Bienheureux:
Alors, ô vénérable Gotama,
étant exhortés
ainsi, étant instruits ainsi, tous les disciples du
vénérable
Gotama atteignent-ils la libération définitive ou
bien
certains parmi eux ne l'atteignent-ils pas ?
Verset
19.31
Le
Bienheureux dit: "Certains parmi mes disciples, ô
brahmane, étant exhortés ainsi, étant
instruits
ainsi, atteignent la libération définitive, mais,
étant
exhortés ainsi et étant instruits ainsi, certains
disciples ne l'atteignent pas."
Verset
19.32
Le
brahmane Ganaka-Moggallana demanda: Quelle est la cause, ô
vénérable Gotama, quelle est la raison? Bien que
la
libération existe, bien que la voie conduisant à
cette
libération existe, bien que le
vénérable Gotama
existe en tant que conseiller, étant exhortés
ainsi,
étant instruits ainsi, pourquoi certains parmi vos disciples
atteignent-ils la libération définitive et
d'autres ne
l'atteignent-ils pas?
Verset
19.33
-
Dans ce cas, ô brahmane, afin de répondre
à cette
question, je vous pose une question. Répondez comme vous
voulez. Qu'en pensez-vous, ô brahmane? Etes-vous capable
d'indiquer la voie conduisant à Rajagaha? - Oui, ô
Vénérable. Je suis capable d'indiquer la voie
conduisant à Rajagaha.
Verset
19.34
-
Qu'en pensez-vous, ô brahmane ? Un homme qui aurait besoin
d'aller à Rajagaha viendrait ici. S'étant
approché
de vous, il dirait: J ai besoin d'aller à Rajagaha.
Monsieur,
montrez-moi la voie conduisant à Rajagaha." Vous lui
diriez: "Oui, mon ami, cette route va dans la direction de
Rajagaha. Suivez cette voie pendant un certain temps. Suivez-la
pendant un certain temps et vous verrez un village. Continuez encore
pendant un certain temps. En continuant pendant un certain temps,
vous verrez un bourg nommé Amuka. Continuez encore pendant
un
certain temps. En continuant pendant un certain temps, vous verrez
Rajagaha avec ses jardins ravissants, avec ses bois ravissants, avec
ses rizières ravissantes, avec ses étangs
ravissants."
Bien qu'exhorté ainsi et instruit ainsi par vous, cet homme
prendrait une mauvaise voie et irait dans la direction de l'ouest.
Verset
19.35
Un
deuxième homme qui aurait besoin d'aller à
Rajagaha
viendrait ici. S'étant approché de vous, il
dirait:
"J'ai besoin d'aller à Rajagaha. Monsieur, montrez-moi la
voie conduisant à Rajagaha." Vous lui diriez: "Oui,
mon ami, cette route va dans la direction de Rajagaha. Suivez cette
voie pendant un certain temps (...) " Ainsi exhorté et
instruit par vous, il arriverait à Rajagaha sain et sauf.
Quelle en est la cause, ô brahmane, quelle en est la raison?
Verset
19.36
Bien
que Rajagaha existe, bien que la voie conduisant à Rajagaha
existe, bien que vous soyez là en tant que conseiller, l'un
des deux hommes, bien qu'il ait été
exhorté et
instruit par vous, prendrait une mauvaise voie et partirait vers
l'ouest, tandis que l'autre arriverait à Rajagaha sain et
sauf? " Le brahmane Ganaka-Moggallana répondit: Que
puis-je faire, dans ce cas, ô vénérable
Gotama?
Je suis seulement le montreur de la voie!
Verset
19.37
De
même, ô brahmane, la libération existe,
la voie
conduisant à la libération existe, j'existe en
tant que
conseiller. Cependant, certains parmi mes disciples, étant
exhortés et étant instruits par moi, atteignent
la
libération définitive et d'autres parmi mes
disciples
ne l'atteignent pas. Que puis-je faire, dans ce cas, ô
brahmane
? Je suis seulement le montreur de la voie.
Verset
19.38
Lorsque
cela fut dit, le brahmane Ganaka-Moggallana s'adressa ainsi au
Bienheureux: O vénérable Gotama, en ce qui
concerne de
tels individus qui ont abandonné la vie laïque pour
assumer la vie religieuse, sans une confiance sereine, mais qui
cherchent simplement un moyen de vivre et qui sont rusés,
fraudeurs, trompeurs, agités, arrogants, instables,
bruyants,
bavards, dont les portes des sens ne sont pas gardées,
s'adonnant à la gourmandise, manquant de vigilance,
indifférents à l'égard de la vie
religieuse, non
respectueux de l'entraînement, aimant l'abondance, retombant
encore et encore dans l'erreur, ayant abandonné la solitude,
paresseux, manquant d'énergie, oublieux, inconscients, ayant
une pensée non concentrée, ayant une
pensée
errante, manquant de sagesse, imbéciles, le
vénérable
Gotama n'est pas en communion avec telles personnes.
Verset
19.39
Cependant,
en ce qui concerne les fils de famille qui ont renoncé
à
la vie laïque pour assumer la vie religieuse à
cause de
la confiance sereine, qui ne sont ni rusés, ni fraudeurs, ni
trompeurs, ni agités, ni arrogants, ni instables, ni
bruyants,
ni bavards, dont les portes des sens sont gardées, ne
s'adonnant pas à la gourmandise, vigilants, ayant de la
considération pour la vie religieuse, respectueux de
l'entraînement, n'aimant pas l'abondance, consciencieux, ne
retombant pas dans l'erreur, attachés à la
solitude,
actifs, énergiques, ayant une mémoire en
éveil,
conscients, ayant une pensée concentrée, ayant
une
pensée unifiée, doués de sagesse,
intelligents,
quant à de tels individus, le
vénérable Gotama
est en communion avec eux.
Verset
19.40
Tout
comme la kalanusarika est considérée comme la
meilleure
parmi les parfums des racines, tout comme le santal rouge est
considéré comme le meilleur parmi les parfums des
bois,
tout comme le jasmin est connu comme le meilleur parmi les parfums
des fleurs, de même l'exhortation du
vénérable
Gotama est la meilleure parmi les exhortations d'aujourd'hui.
Verset
19.41
Merveilleux,
ô vénérable Gotama, merveilleux. C'est
comme si
l'on redressait ce qui a été renversé,
ou
découvrait ce qui a été
caché, ou
montrait le chemin à celui qui s'est
égaré, ou
apportait une lampe dans l'obscurité pour que ceux qui ont
des
yeux puissent voir. Ainsi, le vénérable Gotama a
rendu
claire la vérité de maintes façons. Je
prends
refuge dans le vénérable Gotama, dans le dhamma
(l'Enseignement) et dans le sangha (la Communauté). Que le
vénérable Gotama veuille bien m'accepter comme
disciple
laïc, de ce jour jusqu'à la fin de ma vie.

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