II
AGGI SUTTA
le
principe de non-violence
Verset 2.1
Une fois,
le Bienheureux séjournait au monastère
fondé par Anathapindika, dans le parc Jeta, près
de la ville de Savatthi. En ce temps-là, un grand sacrifice
avait été organisé par le brahmane
Uggatasarira. Les animaux: cinq cents taureaux, cinq cents jeunes
boeufs, cinq cents génisses, cinq cents chèvres,
cinq cents béliers, avaient été
amenés au poteau sacrificiel afin d'être
immolés.
Verset 2.2
Alors, le
brahmane Uggatasarira rendit visite au Bienheureux. S'étant
approché du Bienheureux, il échangea avec lui des
compliments de politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit
à l'écart sur un côté.
Verset 2.3
Le
brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: "O
vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait
d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et
très fructueuses."
Verset 2.4
Le
Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire
que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait
d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses
avantageuses et très fructueuses."
Verset 2.5
Le
brahmane Uggatasarira dit pour la deuxième fois: "O
vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait
d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et
très fructueuses."
Verset 2.6
Le
Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire
que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait
d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses
avantageuses et très fructueuses."
Verset 2.7
Pour la
troisième fois, le brahmane Uggatasarira dit: "O
vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait
d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et
très fructueuses."
Verset 2.8
Le
Bienheureux aussi répéta alors: "Moi aussi,
ô brahmane, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de
sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel
étaient des choses avantageuses et très
fructueuses."
Verset 2.9
Enfin, le
brahmane dit: "Dans ce cas, nous avons donc le même point de
vue! Mon opinion et celle du vénérable Gotama
sont tout à fait semblables sur ce point!" Pendant cette
discussion, l'Ayasmanta Ananda était là en
écoutant.
Verset 2.10
Lorsque le
brahmane Uggatasarira eut ainsi parlé, l'Ayasmanta Ananda
dit: O brahmane, le Tathagata ne doit pas être
interrogé ainsi, en disant: "O
vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait
d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et
très fructueuses", mais vous devez formuler votre question
ainsi: "O vénérable, je me prépare
à allumer un feu de sacrifice et à
ériger un poteau sacrificiel. Que le Bienheureux me
conseille! Que le Bienheureux m'instruise pour que ses conseils
m'amènent le bonheur et le bien-être pour
longtemps!"
Verset 2.11
Le
brahmane Uggatasarira alors s'adressa au Bienheureux: "O
Vénérable, je me prépare à
allumer un feu de sacrifice et à ériger un poteau
sacrificiel. Que le Bienheureux me donne des conseils ! Que le
Bienheureux m'instruise pour que ses conseils m'amènent le
bonheur et le bien-être pour longtemps!"
Verset 2.12
Le
Bienheureux dit: O brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu de sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel dresse trois
épées malfaisantes, mauvaises dans leur
efficacité, mauvaises dans leur fruit. Quelles sont ces
trois épées? L'épée des
actions corporelles, l'épée des actions verbales
et l'épée des actions mentales.
Verset 2.13
O
brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui
prépare le feu du sacrifice et qui érige le
poteau sacrificiel fait naître les pensées
suivantes: "Que pour ce sacrifice soient massacrés tant de
taureaux, tant de jeunes boeufs, tant de génisses, tant de
chèvres, tant de béliers."
Verset 2.14
De cette
façon, il fait des démérites, mais en
pensant acquérir des mérites. Il fait une chose
mauvaise, mais en pensant faire une bonne chose. Il prépare
la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en
pensant préparer la voie conduisant à une
destination heureuse.
Verset 2.15
Ainsi,
ô brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel dresse en premier lieu cette
épée des actions mentales, qui est malfaisante,
mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son fruit.
Verset 2.16
Et encore,
ô brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel déclare: "Que pour ce
sacrifice soient massacrés tant de taureaux, tant de jeunes
boeufs, tant de génisses, tant de chèvres, tant
de béliers."
Verset 2.17
De cette
façon, il fait des démérites, mais en
pensant acquérir des mérites. Il fait une chose
mauvaise, mais en pensant faire une chose bonne. Il prépare
la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en
pensant préparer la voie conduisant à une
destination heureuse.
Verset 2.18
Ainsi,
ô brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel dresse en second lieu cette
épée des actions verbales, qui est malfaisante,
mauvaise dans son efficacité mauvaise dans son fruit.
Verset 2.19
Et encore,
ô brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel met en marche lui-même
toute l'affaire, en disant: "Que l'on abatte les taureaux, pour
sacrifier! Que l'on abatte les jeunes boeufs pour sacrifier ! Que l'on
abatte les génisses pour sacrifier! Que l'on abatte les
béliers pour sacrifier!"
Verset 2.20
De cette
façon, il fait des démérites, mais en
pensant acquérir des mérites. Il fait une chose
mauvaise, mais en pensant faire une chose bonne. Il prépare
la voie conduisant à une destination malheureuse, mais en
pensant préparer la voie conduisant à une
destination heureuse.
Verset 2.21
Ainsi,
ô brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu du sacrifice et qui
érige le poteau sacrificiel dresse en troisième
lieu cette épée des actions corporelles qui est
malfaisante, mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son
fruit.
Verset 2.22
De cette
façon, ô brahmane, même avant que le
sacrifice ne commence, celui qui prépare le feu du
sacrifice, et qui érige le poteau sacrificiel dresse ces
trois épées malfaisantes, qui sont mauvaises dans
leur efficacité, qui sont mauvaises dans leur fruit.
Verset 2.23
Il y a,
ô brahmane, trois sortes de feu qu'il faut abandonner, qu'il
faut éloigner, qu'il faut éviter. Quels sont ces
trois feux? Ce sont le feu de l'avidité, le feu de la haine
et le feu de l'illusion.
Verset 2.24
Pourquoi,
ô brahmane, le feu de l'avidité faut-il
l'abandonner, l'éloigner, l'éviter? Avec une
pensée obsédée par
l'avidité, dominée par l'avidité,
impressionnée par l'avidité, on s'engage dans un
cours mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et
mauvais en action mentale. Alors, après la dissolution du
corps, après la mort, on renaîtra dans les enfers,
dans les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.
Verset 2.25
Pourquoi,
ô brahmane, le feu de la haine faut-il l'abandonner,
l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée
obsédée par la haine, dominée par la
haine, impressionnée par la haine, on s'engage dans un cours
mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en
action mentale. Alors, après la dissolution du corps,
après la mort, on renaîtra dans les enfers, dans
les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.
Verset 2.26
Pourquoi,
ô brahmane, le feu de l'illusion faut-il l'abandonner,
l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée
obsédée par l'illusion, dominée par
l'illusion, impressionnée par l'illusion, on s'engage dans
un cours mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et
mauvais en action mentale. Alors, après la dissolution du
corps, après la mort, on renaîtra dans les enfers,
dans les destinations malheureuses, dans le malheur, dans l'enfer.
Verset 2.27
En effet,
ô brahmane, ces trois sortes de feux doivent être
abandonnés, doivent être
éloignés, doivent être
évités.
Verset 2.28
(Cependant)
il y a, ô brahmane, trois sortes de feux qui
amènent le bonheur lorsqu'on les respecte,
vénère et révère. Quels
sont ces trois feux? Le feu des êtres dignes de respect, le
feu des chefs de famille et le feu des êtres dignes de dons.
Verset 2.29
Quel est
le feu des êtres dignes de respect? Considère,
ô brahmane, quelqu'un qui honore sa mère et son
père. La mère et le père sont
appelés "le feu des êtres dignes de respect".
Pourquoi? Parce que ce feu s'est produit. Pour cette raison,
ô brahmane, le feu des êtres dignes de respect,
s'il est respecté, vénéré
et révéré, ne manque pas d'amener le
bonheur.
Verset 2.30
Quel est
le feu des chefs de famille ? Considère, ô
brahmane, quelqu'un qui traite correctement ses enfants et sa femme,
ses esclaves, ses serviteurs, ses travailleurs. Ces êtres
(appartenant au chef de famille) sont appelés "le feu des
chefs de famille". Pour cette raison, ô brahmane, le feu des
chefs de famille, s'il est respecté,
vénéré et
révéré, ne manque pas d'amener le
bonheur.
Verset 2.31
Quel est
le feu des êtres dignes de dons ? Considère,
ô brahmane, les religieux et les prêtres, qui
s'abstiennent de la vaine gloire, de l'orgueil et de l'indolence, qui
supportent tout avec patience et
sérénité, tantôt essayant de
se dompter eux-mêmes, tantôt se dirigeant vers
l'obtention de l'émancipation. Ces êtres sont
appelés "le feu des êtres dignes de dons". Pour
cette raison, ô brahmane, le feu des êtres dignes
de dons, s'il est respecté,
vénéré et
révéré, ne manque pas d'amener le
bonheur.
Verset 2.32
En effet,
ô brahmane, ces trois sortes de feux, s'ils sont
respectés, vénérés et
révérés, ne manquent pas d'amener le
bonheur.
Verset 2.33
Concernant
le feu de bois, ô brahmane, il faut l'allumer de temps en
temps, il doit être maintenu de temps en temps, il doit
être éteint de temps en temps, il doit
être abandonné de temps en temps."
Verset 2.34
Cela dit,
le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: Merveilleux, ô
vénérable Gotama! Merveilleux, ô
vénérable Gotama ! Que le
vénérable Gotama veuille bien m'accepter comme un
disciple laïc qui, de ce jour jusqu'à la fin de sa
vie, le prenne comme refuge.
Verset 2.35
Je laisse,
ô vénérable Gotama, en
liberté ces cinq cents taureaux, je leur donne la vie. Je
laisse en liberté ces cinq cents jeunes boeufs, je leur
donne la vie.
Verset 2.36
Je laisse
en liberté ces cinq cents génisses. Je leur donne
la vie. Je laisse en liberté ces cinq cents
béliers, je leur donne la vie.
Verset 2.37
Que ces animaux mangent de l'herbe comme ils
veulent. Qu'ils boivent l'eau fraîche comme ils veulent. Que
la douceur du vent souffle sur leur corps.

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